‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 90 sur 112 · CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — ÉCOLES LIMITROPHES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — ÉCOLES LIMITROPHES

construite près d un siècle plus tôt. Comme cette dernière, elle n’a point de coupole : des colonnes y alternent de même avec des piliers à nervures; et ceux-ci portent des arcs-doubleaux qui partagent les nefs en grandes travées. Les suites d'arcades appliquées, motif habituel de la décoration extérieure des églises pisanes et lucquoises, se développent contre les enceintes des Dômes de Modène et de Ferrare. Enfin, la sculpture de la cathédrale de Modène, plus sobrement employée, plus châtiée dans l’exécution, plus avancée, en un mot, que celle des monuments lombards, tient plus de l’art pisan que de celui du centre de la Lombardie.

On retrouve à Bologne, dans l'église des Saints-Vital-et-Agricola, l’alternance de piliers à nervures et de colonnes qui existe au Dôme de Modène; et la rotonde du Saint- Sépulcre est décorée au rez-de-chaussée, sur une partie de son pourtour, d’arcades appliquées retombant sur des bandes murales. Mais ce qu’il y a de plus original dans 1 architecture de ce dernier édifice consiste dans les mosaïques de terre cuite et de marbre qui décorent la majeure partie de ses parements extérieurs. Le caractère de ces ornements est bien oriental ; et, comme plusieurs églises byzantines d’un style avancé en portent de semblables, il est à présumer que la rotonde du Saint-Sépulcre n’offre pas seulement dans son nom, mais encore dans sa parure polychrome, le témoignage de l'action exercée par l’Orient sur l’art chrétien de l’Italie.

C’est donc surtout à l’influence de l’architecture toscane, et partiellement à celle de l’architecture byzantine, qu’est due la physionomie particulière des monuments lombards de l'Emilie.

Architecture vérovaise. — Les églises véronaises de style lombard, dont Saint- Zénon offre le type le plus remarquable, appartiennent presque toutes à une période artistique très avancée. Ce sont de spacieuses basiliques, qui doivent à la hauteur des murailles et aux proportions élancées des appuis intérieurs un caractère prononcé de hardiesse et de légèreté. Elles surpassent sous ce rapport la plupart des autres constructions italiennes du même temps ; et ce mérite tient sans doute pour beaucoup à l’excellente qualité de la pierre qu’on employa pour les bâtir.

Les traits communs aux monuments en question apparaissent surtout dans leursparties extérieures. Plusieurs de ces caractères, tels que les colonnettes jumelles employées à soutenir des arcatures profondes, les bandes murales sveltes et rapprochées les unes des autres qui décorent les façades et les absides, les ornements très fins à reliefs méplats, sculptés sur les frises des corniches et sur les bandeaux, parais-

sent témoigner d’une influence exercée par l’art byzantin : en effet, ils se rencontrent aussi, soit dans les églises d’un style avancé bâties dans l’empire grec, soit dans les basiliques du littoral vénitien.

Les monuments lombards de Vérone et ceux de la région comprise entre cette ville et l’Adriatique pourraient donner lieu à des observations étendues; mais, faute de place, nous avons dû nous tenir, en ce qui les concerne, à un rapide examen. Aussi bien il suffisait, pour l’objet que nous avons en vue, de signaler leur physionomie particulière et d’indiquer à quel art étranger se rapportent surtout leurs traits distinctifs. Il a fallu nous resteindre également pour les églises du Piémont, et même pour celles de l’Emilie. Seuls parmi les édifices des régions attenantes à la Lombardie centrale, les monuments comasques ont été complètement décrits et appréciés. Leur proche voisinage des églises milanaises, les relations continuelles de Côme avec Milan et l’intérêt qui s’attache au rôle joué dans l’architecture du moyen âge par les artisans comasques, motivaient le développement donné à cette partie de notre travail.

Résumé et Conclusiox. — L’architecture lombarde, forme du style romano-byzantin particulière à la Lombardie, est aussi la plus ancienne expression de ce style. Elle s’est constituée dès le neuvième siècle, par suite de l’action exercée de très bonne heure par l’art byzantin sur l’architecture de l’Italie septentrionale. Les monuments antérieurs à l’an mil sont rares; ceux des onzième et douzième siècles subsistent en grand nombre.

L’influence byzantine apparaît surtout dans le type de la basilique voûtée, le plus complet et le plus original de ceux qu’ait produits l’architecture lombarde. Elle se montre : dans la structure du chevet, par la coupole dressée sur la croisée et accompagnée sur trois côtés par des berceaux ; dans la construction, par l’usage de voûtes poussant leurs appuis et par l’exhaussement domical des voûtes d’arête ; dans l’ornementation, par le style de la sculpture et par le caractère oriental de diverses formes décoratives.

L'action primordiale de l’art romain se manifeste principalement par la persistance du type de la basilique à files de colonnes ; par le maintien, dans les nefs de l’église lombarde voûtée, de l’ordonnance basilicale, c’est-à-dire de l'ordonnance par travées; par l’imitation des chapiteaux à feuillages de l’architecture romaine, et par la conservation de quelques-unes des anciennes méthodes de construction.

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