CARACTÈRES DU STYLE LOMBARD. — CONCLUSION
Les innovations les plus importantes, celles qui ont le plus contribué à donner au style lombard sa physionomie particulière, sont : l’usage des contreforts extérieurs très proéminents, des nervures saillantes dans les voûtes, des piliers cantonnés de colonnes; l’emploi des archivoltes multiples dans les baies, du double ébrasement dans les fenêtres; celui du chapiteau cubique et des différentes variétés de l’arcature. A la vérité, la plupart de ces formes existaient en germe dans l’architecture romaine ou dans l’architecture byzantine primitive ; mais il revient aux constructeurs du moyen âge de les avoir employées comme éléments essentiels et usuels, et d’en avoir tiré parti pour obtenir cette expression détaillée du système de construction, cette rigoureuse et minutieuse correspondance de la forme avec la fonction, qui caractérisent l’art de leur époque et particulièrement le style lombard.
Ces qualités ne remontent ni à l’art romain, ni à l’art byzantin. Elles ont pris naissance dans le milieu rajeuni qui s’est formé par le mélange des populations romaines avec les conquérants barbares. L’action de ceux-ci sur l’architecture n’a donc pas été seulement de l’abaisser par l’effet immédiat d’un régime violent et grossier, mais encore de contribuer à la longue à sa rénovation.
C’est au style purement lombard, c’est-à-dire à celui des édifices bâtis au centre de la Lombardie, que se rapporte surtout la présente étude. Les principales églises voûtées de cette région offrent, dans leur architecture, des caractères bien tranchés en même temps qu’une remarquable unité d’expression. La tribune, le transsept et les nefs s’attachent bien ensemble, distribués comme ils le sont autour de la coupole; celle-ci leur sert de lien et, surmontant l’autel, compose en vaste baldaquin saillant au dehors. Les voûtes en berceau des croisillons du chevet et les voûtes d’arête des nefs sont bien appropriées à leurs appuis respectifs, continus dans le chevet, discontinus dans les nefs ; elles conviennent également aux exigences de l'éclairage, qui sont différentes pour des vaisseaux simples, tels que les croisillons, et pour un vaisseau triple, tel que celui des nefs. Les nervures des voûtes, les cordons des piliers et les contreforts extérieurs marquent une ossature apparente, logiquement coordonnée dans toutes ses parties. Le double ébrasement des fenêtres facilite l’introduction de la lumière, protège le vitrail en l’éloignant du parement extérieur, et présente encore l’avantage d’agrandir par un large encadrement des baies souvent étroites. Enfin, de la création du chapiteau cubique s’ensuit un type simple, robuste, géométriquement défini, qui tient dans le style romano-byzantin le rang qu’occupe le chapiteau dorique dans l’architecture de l’antiquité.
La décoration, traitée dans le même esprit, résulte avant tout de l’expression complète et détaillée de la structure; à peine a-t-on, dans le but d’orner l’édifice développé quelques parties de l’organisme au delà du nécessaire; encore les ébrasements à ressauts multiples des portes et des fenêtres procèdent ils du système de construction des arcs et des piliers.
Les sculptures des chapiteaux forment à l’intérieur le principal ornement. On ajouta des mosaïques et des peintures quand les ressources le permirent. La décoration est sobre ,à l’extérieur. Sauf quelques bas-reliefs ou quelques plats de faïence, distribués sur les façades ou les coupoles, il n’existe pas de membres décoratifs en dehors de ceux que fournit la construction elle-même. On a surtout tiré parti des portes, en couvrant leurs ébrasements de sculptures, et des corniches de couronnement, en y introduisant diverses formes d’arcatures, destinées : soit à porter une tablette saillante, comme les frises à petits arcs simples ou entre-croisés ; soit à évider les reins des voûtes dans les coupoles et les absides, comme les arcatures profondes ; soit enfin à former des galeries de circulation extérieures, comme les arcatures sur colonnettes. Quelques bandes murales ou quelques colon-nettes grêles, rattachées aux arcatures de la corniche, subdivisent, dans les intervalles des contreforts , les parois des façades et des absides; mais on n’usa de ces nervures montantes qu’avec ménagement, de manière à réserver de vastes surfaces lisses, piopres à faire valoir par contraste les parties ornées et à conserver aux édifices un caractère simple et grave. Jamais on ne couvrit les murailles de colonnettes, d’areatures, d’arcades appliquées, de frises, de bandeaux, comme on le fit en d’autres contrées par suite d’une recherche plus grande de l’ornementation. La décoration par petits arcs était d ailleurs, dans les monuments lombards, parfaitement appropriée à la nature des matériaux usuels, qui consistaient en briques. Ce système tient évidemment sa raison d’être et son origine de l’emploi des petits matériaux; c est par extension qu’il s introduisit plus tard dans les constructions en pierres de taille.
Ainsi 1 architecture lombarde témoigne partout dans ses édifices, aussi bien dans leurs corniches extérieures que dans leurs voûtes et leurs piliers, d’une exacte adaptation des formes aux nécessités de la structure et aux exigences de la fonction. Son principe fondamental, qui est d’exprimer en détail la construction, se trouve fianchement et logiquement appliqué ; on ne s’en est même pas départi sous prétexte de décoration.