‹ Étude sur l'Aréopage athénienChapitre 11 sur 20 · II. — Attributions religieuses · texte numérisé non relu

II. — Attributions religieuses

A Athènes, comme à Rome, la religion tenait une place importante dans l’État ; ce n’était pas une affaire de conscience à débattreentre l’homme et Dieu ; c’était une institution politique, à laquelle il fallait se soumettre comme aux autres obligations qu’entraînait le titre de citoyen. Dans l’antiquité, du reste, grâce à ce dogme de la responsabilité partagée par tous les membres de la même famille, de la même cité, de la même nation, il y avait un intérêt public à ce que rien ne se passât dans l’enceinte des murs qui pût rendre les dieux malveillants. Là où la censure existait, elle devait nécessairement s’exercer avec un soin tout particulier sur les choses religieuses, et l’Aréopage était, comme le premier corps de l’État et comme le gardien de la république, aussi bien que par sa vénérable antiquité, appelé à cette haute fonction.

Les cérémonies du culte étaient réglées par une sorte de code sacré fait à mesure, selon les circonstances, mais qui n’en remontait pas moins aux dieux mêmes, ou du moins aux héros fils de ces dieux : on devait donc les respecter et les pratiquer telles qu’on les avait reçues des ancêtres. L’Aréopage y veillait, et si par hasard une occasion grave se présentait d’introduire de nouveaux rites ou même quelque culte emprunté à l’étranger, il en était le juge et prononçait. Toute innovation non reconnue était poursuivie et punie par lui. On appelait les cérémonies

nouvellement adoptées èiciOéTou; éopràç, l'êtes additionnelles. « Il y avait ! 1 Mes fêtes solennelles de tradition, puis d’autres, votées par le peuple, que l’on appelait additionnelles. On donnait aussi ce nom aux cérémonies qui n’étaient pas indigènes et sur lesquelles prononçait le Sénat de l’Aréopage. »

Une infraction aux rites sacrés était considérée comme une offense contre la république, aussi bien que contre les dieux. Un archonte-roi <*> fut condamné par l’Aréopage, pour avoir confié à sa femme, qui était étrangère, des sacrifices qui ne devaient être accomplis que par une Athénienne.

Le vol commis dans un sanctuaire < 1 2 3) , quand on considérait l’outrage fait aux dieux plutôt que l’attentat contre la société, était déféré à l’Aréopage. C’était lui encore qui Veillait sur ces arbres qui ont une place dans les légendes, on pourrait presque dire dans l’histoire d’Athènes, les oliviers sacrés. Les avoir coupés ou maltraités, avoir seulement renversé la palissade qui les isolait des autres (aîjxoç), et avoir défriché le sol autour d’eux, était puni d’une amende ou de

(1) Suidas, iiriOétouç éoptôç : cf. Isocr , Aréop ., p. 163, §29. — Lysias, contre Nicomaq., p. 376, § 17-21.

(2) Démosth., contre Néère, p. 566, § 79-82.

(3) L’argument du discours de Démosth., contre Aristog., cite l’exemple d’un tspooùXoç cité devant les Héliastes. Dans l’affaire d'îspoeuXta, où Sophocle joua, à la suite d’un songe, le rôle de révélateur, Cicéron (De Divinat., I, 25) fait saisir et condamner le coupable par l’Aréopage, le Biographe du poète par le peuple. — Le discours de Lysias, Sur un Sacrilège, n’est pas adressé à l’Aréopage, mais & un tribunal d'Héliastes.

l’exil <*>. L’Aréopage consacrait tous les mois une séance à ces arbres, et chaque année il envoyait des inspecteurs vérifier leur nombre et leur état. En un mot, toute atteinte portée en action ou en parole à la religion de la patrie donnait lieu à des poursuites ; le poète comique qui la tournait en ridicule, le philosophe qui voulait l’épurer au nom de la morale et de la vérité avaient à répondre de leur conduite devant l’Aréopage, comme les voleurs de vases sacrés ou les violateurs d’un sanctuaire.

Ces attributions religieuses de l’Aréopage tenaient à la fois de ses fonctions censoriales et de ses fonctions judiciaires. Sa surveillance sur les cérémonies, sa vigilance à empêcher que des dogmes nouveaux ne fussent introduits à Athènes, rentraient dans les premières et avaient un but préventif. « Platon <'* ne jugeait pas prudent à Athènes, à cause de l’Aréopage, de citer le nom de Moïse à l’appui du dogme de l’unité de Dieu. » Au contraire, en cas de sacrilège ou de vol dans un sanctuaire, quand un homme était convaincu d’avoir outragé la religion par des paroles ou des actions impies, l’Aréopage agissait comme juge, et rendait une sentence. Nous verrons plus tard comment il arriva cependant que la plupart des procès d’impiété, que l’antiquité nous fait connaître, ont été portés devant le tribunal des Héliastes. Il n’en parait pas moins certain que l’Aréopage, grâce au caractère vénérable dont il était revêtu, avait seul cette haute

(!) Lys., Aréop., p. 2 22, § 25, 28, 29.

(I) Saint Justin, Exhort. aux Gentils, p. 61.

tutelle sur les choses religieuses, et qu'il l’exerça pendant presque toute la durée de son existence. Son autorité varia, il est vrai, et même sur ce terrain il se trouva en compétition avec l’ambition démocratique ; mais on a le droit de compter le jugement des crimes contre la religion parmi les attributions qui lui furent le plus fidèlement conservées. Une des preuves les plus concluantes, c’est que le jugement de ces sortes de délits appartenait à l’archonte-roi. Or, les compétences de cet archonte et celles de l’Aréopage étaient presque identiques, du moins à l’origine.

Les peines qu’entraînaient les attentats sacrilèges étaient, selon la gravité, une amende, l’exil, la confiscation et la mort. Elles étaient réglées par le code sacré, dont, l’Aréopage était le dépositaire, et qui remontait sans doute, comme la législation sur le meurtre, bien avant Dracon, et jusqu’aux premiers temps de la république. Le livre mystérieux était dérobé à la connaissance du vulgaire : on le regardait comme un saint dépôt confié à la discrétion de l’Aréopage, et. il ne devait être, sous peine de sacrilège, communiqué à personne. De la fidélité à garder ce secret dépendait la prospérité d’Athènes O. Le public ignorant faisait à ce sujet toutes sortes de Conjectures. Ainsi, on supposait que cette connaissance transmise avec tant de soin de génération en génération concernait le tombeau d’Œdipe ou quelque autre objet de ce genre, auquel étaient attachés les intérêts

(1) Dinarq,. contre üémosth., p. 149, § 9.

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de la patrie. On trouve de fréquentes allusions à cet énigmatique silence de l’Aréopage 0), à ce dépôt irrévélable qu’il conservait : « Garde les secrets, comme le Sénat de Mars à Athènes (s) .»

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