ET CONCEPTION DE L'IDÉE
De même un sujet bien arrêté se laisse traiter plus aisément et facilite singulièrement le discours. Du reste, la position, les circonstances, la nature du sujet, y font beaucoup. Il y a des cas où le sujet se détermine tout seul par la nécessité de la situation et la force des choses. Cela devient plus embarrassant quand Torateur en reste le maître, comme dans renseignement, où il peut distribuer sa matière à son gré et faire la part de chaque leçon. Dans tous les cas, et de quelque manière qu'il s'y prenne , il faut que chaque discours ait son unité et constitue un ensemble, afin que l'auditeur embrasse clans son entendement ce qui lui a été dit, le conçoive à sa manière et puisse le reproduire au besoin.
Mais la vue générale du sujet et la formule qui le précise ne suffisent pas; il faut encore en avoir Vidée, l'idée vivante, l'idée mère, qui est la source de la vie du discours, et sans laquelle la parole ne sera qu'une lettre morte
Qu'est-ce que celte idée mère, et comment l'obtenir?
Dans le monde physique tout ce qui a vie sort d'un germe^ et ce germe contenu préalablement dans une autre existence déjà vivante
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y prend vie lui-même, et pour son compte, par la fécondation. Fécondé, il sort de son centre; punctum saliensy il rayonne et tend à se développer en raison de la vie primordiale qu'il porte en lui et de la nourriture qu'il reçoit, et par son évolution graduelle, il forme son organisme et constitue son existence, son individualité, son corps.
Il en va de même dans le monde intellectuel et pour tout ce qui se produit dans notre esprit, et par notre esprit au dehors de lui par le langage et le discours. Il y a dans notre entendement des germes d'existences intelligibles, et quand ils sont excités par l'esprit qui leur est analogue, ils prennent vie, se développent, s'organisent d'abord au sein même de l'entendement, qui en est la matrice, et ensuite passant dans le monde extérieur par la parole qui leur donne un corps, ils s'y incarnent pour ainsi dire, et forment aussi des productions vivantes, et qui ont plus ou moins de vie en raison du germe fécondé, de l'entendement qui l'enfante, et de l'esprit qui le vivifie.
A tout discours, s'il est vivant, il y a une idée mère ou un germe fécond, et toutes les parties du discours sont comme les organes principaux et les membres d'un corps animé. Les proposi-
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lions, les phrases et les mois ressemblent à ces organes secondaires qui lient les principaux, comme les nerfs, les muscles, les vaisseaux, les membranes et la peau, et les attachant Tun à l'autre , les rendent solidaires pour la vie et pour la mort. Puis au milieu de cette masse animée et organisée, il y a l'esprit de vie, qui est dans le sang, qui se répand partout avec le sang, depuis le cœur, centre de la vie, jusqu'à l'épiderme. Ainsi dans l'éloquence, il y a l'esprit de la parole, l'âme de l'orateur inspirée par Icl sujet, son intelligence éclairée par la lumière spirituelle , qui circule à travers tout le corps du discours et y verse la clarté, la chaleur et la vie. Un discours sans une idée mère est un ruisseau sans source, une plante sans racine, un corps sans âme ; ce sont des phrases vides, des sons qui frappent l'air, une cymbale retentissante.
Toutefois, qu'on ne s'y trompe pas, si nous disons qu'il faut au discours une idée mère^ nous ne prétendons point que cette idée soit une idée nouvelle , qui n'ait encore été conçue ni développée par personne. S'il en était ainsi, il n'y aurait plus d'orateur possible, puisque déjà du temps de Saloraon il n'y avait plus rien de nouveau sous le soleil, et que le cycle du temps
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ramène toujours les mêmes choses sous d'autres formes.
Il n'est donc pas probable qu'il y ait, de nos jours, beaucoup plus d'idées vraiment nouvelles qu'à l'époque du roi d'Israël ; mais les idées, comme toutes les existences de ce monde, sa renouvellent en chaque siècle et pour chaque génération. Elles se reproduisent sous des formes diverses, et avec les modifications des circonstances ; non nova, sed novsy dit saint Vincenl de Lérins. Les mêmes choses se manifestent différemment, et par là elles s'approprient aux besoin&des hommes, qui varient avec les temps et les lieux.
'C'est pourquoi l'orateur peut et même doit dire des choses anciennes, quant au fond; mais nies dira d'une autre manière, qui réponde aux dispositions des hommes de son époque, et il y ajoutera l'originalité de sa conception propre el de son expression.
Pour cela il faut que, dans toute la rigueur du mot, il conçoive bien son sujet, pour en avoir l'idée; il faut que cette idée naisse en lui^ s'y développe et s'y organise d'une manière vivante; et comme il n'y a pas de conception sans fécondation, il faut que cette fécondation spirituelle lui vienne du dehors,