‹ Étude sur l'art de parler en publicChapitre 26 sur 51 · KT ORGANOGÊNÊSIE DE L'IDÉE · texte numérisé non relu

KT ORGANOGÊNÊSIE DE L'IDÉE

faire son plan. Dans la nature, la vie a toujours besoin d'un temps marqué pour s'organiser, et il n'y a que les êtres éphémères qui se forment vite, parce qu'ils passent vite. Tout ce qui doit durer s'accroît lentement , et la solidité et la force des existences est en raison directe de la longueur de l'accroissement et de la maturation du produit.

Quand donc vous avez conçu une idée, à moins qu'elle ne vous soit parfaitement claire tout d'abord, ne vous pressez pas de la jeter en moule. Portez-la quelque temps dans votre esprit, comme la mère porte son fruit, et dans cette période de gestation, par cela même que le germe vit dans votre entendement et de sa vie, il tendra de lui-même à se développer et à se compléter. Par l'incubation spirituelle de la méditation, il passera de l'état d'œuf à celui d'embryon et de fœtus, et quand il sera mûr pour paraître au jour, il fera effort pour rompre les entraves de sa prison et descendre dans la région de la lumière : ce sera le moment d'écrire.

On ne peut pas plus expliquer à fond l'organogénésie des idées que celle des corps. Le travail de la nature est mystérieux d'un côté comme de l'autre ; seulement , comme dans la

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sphère intellectuelle, et pour la production des pensées, la liberté et la conscience interviennent, nous y voyons un peu plus clair, et notre activité y prend plus de part.

L'entendement, en effet, est une matrice spirituelle, qui se sent, se connaît, et connaît jusqu'à un certain point tout ce qui se passe en elle. Nous ne pouvons pas concevoir une idée sans en avoir la conscience; carie propre d'une conception spirituelle est de former en nous une connaissance; et ainsi nous ne sommes point livrés , sous ce rapport , comme dans la conception physique, à l'action des forces aveugles de la nature.

La mère des Machabées disait à ses enfants :

Je ne sais pas comment vous avez été formés dans mon sein , ni comment la vie que vous avez reçue s'y est coagulée. L'entendement , qui est la mère de ses idées, puisqu'elles y sont engendrées et y vivent, a le privilège, non-seulement de sentir, mais de voir cette formation; car sans cela il ne serait point l'entendement. 11 assiste au développement de ses idées et il y coopère d'une manière active et intelligente, par les opérations de la pensée, par la réflexion, par la méditation, par le travail de l'esprit. C'est la différence de la

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nature physique et de la nature morale , de la vie du corps et de celle de l'âme, de l'activité de la matière animée et de celle de l'intelligence.

La pensée s'applique à la considération fréquente de l'idée conçue, elle la tourne et la retourne dans tous les sens, la regarde sous toutes les faces, la place dans toutes sortes de rap-^ ports ; puis, elle la pénètre de sa lumière, scrute son fond et l'examine successivement dans ses parties principales, qui commencent à saillir, à se distinguer, à se déterminer, ainsi qu'on voit dans l'embryon les premiers rudiments du C(çur et de la tête, puis des autres organes apparaître l'un après l'autre comme des points vitaux , ou comme des linéaments confus d'abord et qui se dessinent peu à peu.

De même l'idée, dans les moments successifs de sa formation, apparaît chaque jour plus développée à l'esprit qui la porte , et qui s'assure de ses progrès par une méditation persévérante.

11 y a souvent de bonnes idées qui meurent dans l'entendement des hommes, comme des enfants dans le sein de leur mère, soit par le manque de nourriture, soit à cause de la faiblesse de l'esprit, qui, par légèreté, paresse ou

entraînement, ne réagit pas assez par la réflexion sur ce qu'il a conçu. On remarque même que ceux qui conçoivent le plus vite et le plus facilement, enfantent en général par la pensée et la parole des produits faibles et peu durables, soit qu'ils ne se donnent pas le temps de mûrir ce qu'ils ont conçu, entraînés à mettre au jour prématurément par la vivacité de leurs sentiments et de leur imagination, soit à cause de rimpressionnabililé et de l'activité de leur esprit, qui, cédant toujours à de nouvelles impressions , s'épuisant en réactions trop promptes, n'a pas la force de méditer avec patience, et laisse échapper de son entendement des productions à moitié formées, des pensées à peine ébauchées et qui ne naissent pas viables. Nous pouvons donc beaucoup pour favoriser la maturation de nos idées, et les mener heureusement à terme.

Toutefois, nous devons le reconnaître et l'avouer humblement, tout en faisant la part de la raison et de la liberté, incontestable ici comme ailleurs et peut-être encore plus qu'ailleurs, il y a beaucoup d'involontaire dans tout ce travail, et le mérite propre de l'homme y est peu de chose en comparaison des dons immenses et gratuits qu'il reçoit. Qui donne au génie,

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OU même au talent, cet entendement remarquable, par lequel il conçoit promptement et nettement les choses : capacité ou matrice féconde des idées , qui réagit à la moindre irapression des objets, et en reproduit si merveilleusement les types?

Qui leur donne cette intelligence puissante , dont le regard pénétrant va au fond des idées, en saisit tous les rapports, en discerne toutes les nuances; cette imagination ardente, qui revêt des couleurs les plus brillantes tout ce qui est conçu; cette mémoire sûre, qui en conserve fidèlement tous les traits et les reproduit à volonté, séparément ou par vue d'ensemble, pour les besoins du travail de la pensée et de la méditation?

Qui leur donne cette vigueur de l'attention, cette prise si forte de l'esprit, qui saisit et maintient avec énergie et persévérance devant l'œil de l'intelligence ce qu'elle doit considérer et approfondir ; cette patience de l'observation , qui est aussi une sorte de génie, surtout dans l'étude de la nature ?

Toutes ces riches facultés peuvent se développer par l'exercice, se perfectionner par l'art; mais ni l'un ni l'autre ne les procurent.

Puis comme dans l'ordre intellectuel ou de

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la science, ainsi que dans le monde physique, nous ne voyons rien sans la lumière qui éclaire les objets, d'où vient à ces esprits d'élite la lumière intelligible, qui les illumine plus abondamment que les autres, et leur fait apercevoir dans les choses et dans leurs idées ce que les autres n'y voient pas ; en sorte que, suivant l'expression magnifique du prophète royal, ils voient la lumière dans la lumière? D'où viennent les hautes inspirations, les illuminations soudaines du génie, qui produisent en lui de grandes idées, des idées nouvelles, si profondément, si fortement conçues, et qui deviennent par leur rayonnement des foyers de clarté, des flamheaux pour l'humanité ? Pourquoi, en face de la nature et de la société, sont-ils tellement impressionnés, pénétrés, qu'ils voient et comprennent ce qui est ténèbres et néant pour d'autres ?

C'est demander pourquoi une terre est plus fertile qu'une autre, pourquoi sous tel climat le soleil est plus ardent et sa lumière plus pure* Dieu dispense ses trésors et ses grâces comme . il lui plaît, dans le monde moral comme dans le monde physique. Dans cette dispensation aux peuples et aux individus, en général ou en particulier, il a toujours en vue la manifestation

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de sa vérité, de sa puissance et de sa miséricorde, et là où il allume le plus de lumière et de feu, là où il fait jaillir la vie avec plus d'abondance, là où la grandeur de ses dons éclate le plus merveilleusement, c'est qu'il y a choisi des organes de sa volonté, des témoins de sa vérité, des hérauts de sa science, des représentants de sa gloire, et des bienfaiteurs de l'humanité.

Là se trouve le secret de ces merveilles de puissance, de vertu, de génie, qui apparaissent de temps à autre parmi les hommes. C'est Dieu qui se fait connaître par ses envoyés, qui agit par ses instruments; et la gloire et le bonheur des wnset des autres, s'ils sont intelligents et libres, c'est de concourir par toutes leurs forces et de toute leur volonté au grand avènement du règne de Dieu sur la terre, et à la réalisation, aussi pleine qu'il est possible, de ses idées éternelles.

Il en est donc, sous ce rapport, des œuvres de l'esprit de l'homme dans la science, comme des actes de sa volonté dans la pratique du bien. 11 ne peut pas faire une bonne action sans la vouloir, et il ne peut la vouloir que par l'exercice de sa liberté; mais l'inspiration du bien, ce qui le porte à le choisir et lui donne la force de l'ac-

complir ne vieûnent pas de lui, mais de la grâce« C'est pourquoi il est dit que de nous-mêmes nous ne pouvons former une bonne résolution, ni faire une bonne action, et cependant nous voulons, nous agissons librement, puisque nous sommes responsables !

De même, dans la conception et l'expression de nos idées nous ne pouvons rien tout seuls. Il faut la vie de notre entendement toujours renouvelée ; il faut la vie ou l'impression des choses, qui le pénètrent plus ou moins profondément; il faut la lumière qui féconde, qui fait tout naître et croître ; il faut enfin la vie qui entoure les esprits comme les corps, atmosphère morale qui excite, nourrit et développe tout ce qui s'y meut. Et au milieu de tout cela et avec tout cela il faut la coopération énergique de l'esprit qui sent, conçoit et pense, et sans laquelle rien d'humain ne peut se faire.

Ainsi donc dans l'ordre spéculatif et pour les productions de l'esprit, comme dans l'ordre moral et pour l'accomplissement de nos actions, tout en maintenant notre liberté, tout en exerçant l'activité de notre intelligence, qui ont leur droit, leur part et leur rôle, comptons avant tout sur celui qui a en lui la vie, qui est la vie même, qui illumine les esprits et les

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féconde, comme il pénètre les volontés et les dirige, et dont la vertu, en se communiquant aux hommes, devient la source des dons parfaits, des conceptions lumineuses, des grandes idées, comme des bonnes inspirations, des saintes résolutions et des actions vertueuses.

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