‹ Étude sur l'art de parler en publicChapitre 33 sur 51 · INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

INTELLECTUELLE

souvent au prix de la vérité et de Fintérét du discours. Cestun feu d'artifice qui vous éblouit et vous charme un instant, pour vous replonger dans l'obscurité.

Ce n'est point là une éloquence sincère et efficace ; c'est la parodie de l'éloquence, et, j'oserai le dire, la parade de la parole , une sorte de I chariatanisme dans Tart oratoire. Malheur àl'oi rateurqui emploie de pareilles ressources! Il s'épuisera bientôt par les artifices de son esprit à chercher des effets nouveaux , et sa parole , I qui vise au sublime, à l'extraordinaire, devien- I dra parfoisVidicule et presque toujours impuissante.

I II ne faut pas non plus se confier aux notes I qu'on peut avoir sous la main pour aider au dé- 1 veloppement, et s'empêcher de rester court. I Sans ^lie elles peuvent être utiles, surtout dans les sujets oùl'on parle d'affaires, comme au barreau, dans les conseils ou dans les assemblées délibérantes. Elles sont même quelquefois nécessaires pour rappeler des faits ou présenter des chiffres. C'est la partie matérielle, le bagage de l'éloquence, et elle doit l'alléger et s'en débarrasser le plus qu'il est possible.

Du re^te, elles ne servent de rien , là où il semble qu'il faudrait le plus de secours. Dans

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les moments les plus vifs de l'improx isation , quand la lumière abonde et que le feu sacré échauffe, quand l'esprit est entraîné par le flot des pensées et que la parole , docile à son impulsion , se prête merveilleusement à ses mouvements et lui prodigue ses trésors d'expression , tout doit venir du dedans. Le regard est fout m teneur , absorbé par le sujet et parles idées; on ne distingue rien au dehors» et on ne peut plus même lire les notes sur le papier. On en voit les caractères sans les comprendre , et elles deviennent un embarras au lieu d'un aide.

Rien ne refroidit plus le mouvement oratoire que de consulter ces malheureuses notes. Rien n'est plus contraire au prestige de l'éloquence. Elles rabattent à terre l'orateur et l'auditoire.

Tachez donc, quand vous devez parler, de porter tout avec vous-même , comme le philosophe Bias ; et après vous être préparé consciencieusement , le mieux qu'il vous a été possible, plein de votre sujet, laissez-vous entraîner par le courant des idées, par le flot de la parole, et surtout par l'esprit d'en haut qui illumine et inspire. Celui qui ne peut parler qu'avec des notes ne sait point parler, et ne sait pas

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