OBSERVATION III
(Due à M. le docteur Charcot.)
Marie-Louise B... Entrée à la Salpêtrière le 18 juin 1862, morte le 19 octobre 1862, à l'âge de 52 ans.
DÉBUT. Cette femme, aveugle depuis trois ans, aurait été frappée, cinq semaines avant son entrée, de paralysie avec perte de la parole.
Etat mental. La malade paraît comprendre ce qu'on lui dit, on peut lui faire tirer la langue ; mais, quand on essaye de la faire parler, elle remue les lèvre» et répond par un grognement tout à fait inintelligible. On ne l'a jamais entendue prononcer une seule parole. Lorsque ses parents venaient la voir elle paraissait les reconnaître à la voix, elle répondait alors à leurs embrassements; quand on lui demandait si elle reconnaissait sa fille, elle faisait entendre un grognement et se mettait à pleurer.
Quand on l'interrogeait et qu'elle voulait répondre oui, elle faisait un grognement et souvent un léger signe de tête. Elle a toujours
gâté; fèces et urines.
Etat des sens. La cécité paraît complète, les pupilles sont dilatées,
les milieux de l'œil troubles.
Etat de la face. Très-légère déviation de la bouche à gauche; la
langue n'est pas déviée.
Etat des membres et attittjde. Hémiplégie droite, décubitus dorsal, un peu latéral droit. Membre supérieur droit étendu, plutôt flasque que roide; Tavant-bras est en pronation; les doigts sont fléchis en crochet, si on veut les étendre, on éprouve une certaine résistance, et ils reprennent de suite leur position habituelle. La cuisse droite est légèrement fléchie, la jambe fléchie à angle droit sur la cuisse; tout le membre inférieur repose sur sa face externe. On peut le redresser, mais cela parait causer de la douleur à la malade. Les membres droits sont libres. Sensibilité conservée dans les membres paralysés.
Accidents ultimes. Le 21 septembre, rotation de la tête et des yeux à droite.
Le 1'^' octobre, roideur dans le coude gauche; le 15 octobre, roideur dans les deux membres du côté gauche, élévation de la température du bras droit. Eschare. Mort le 19 octobre.
AUTOPSIE
Le crâne enlevé, la dure-mère paraît déprimée, ridée, froncée au niveau des lobes antérieurs, surtout vers la partie latérale du lobe antérieur gauche.
Cerveau. La dure-mère étant incisée, il s'écoula une grande quantité de liquide, et on constata que l'hémisphère gauche avait subi une perte de substance considérable, par suite de la destruction d'un grand nombre de circonvolutions.
Cette perte de substance comprenait :
l'La troisième circonvolution frontale en totalité;
2° La partie la plus inférieure des circonvolutions transversales ou marginales) antérieure et postérieure;
3° La circonvolution margmale inférieure et Tinsula en totalité ; toutes les circonvolutions qui se voient dans la scissure de Sylvius étaient atrophiées;
40 La plus grande partie des circonvolutions de la face externe des lobes moyen et postérieur à partir de la circonvolution transversale postérieure restée saine jusque vers l'extrémité postérieure de l'hémisphère.
Les parties où manquent les circonvolutions forment de larges plaques déprimées, d'un jaune ocré, sur lesquelles se dessinent d'abondantes ramifications vasculaires ; la pie-mère sur les parties altérées
paraît ridée et froncée. Sous ces plaques jaunes existe un ramollissement grisâtre occupant la substance blanche, mais ne s'étendant pas jusqu'au ventricule. Le corps strié est altéré dans la plus grande partie de son étendue ; la queue et toute la portion externe sont ramollies, jaunâtres vers la surface venticulaire, grisâtres vers l'insula. Couche optique saine.
L'hémisphère droit est relativement sain. On y observe seulemen un foyer de ramollissement occupant l'extrémité postérieure du lobe postérieur, du volume d'une noix, ne s'étendant pas jusqu'au ventricule, jaunâtre à la surface, grisâtre à l'intérieur. Au niveau de ce foyer, les circonvolutions n'ont pas encore subi l'atrophie qui existe du côté gauche.
Le corps strié et la couche optique sont sains.
Le cei'velet, les pédoncules cérébraux, la protubérance et la moelle allongée ne présentent aucune altération appréciable. Pas d'atrophie de l'une ni de l'autre pyramide.
Artèresdu cerveau. Athéromateuses. La sylvienne gauche, très-athéromateuse dans l'étendue de 1 centimètre, parait à peu près oblitérée. Les ramifications artérielles qui se rendent dans les parties ramollies présentent çà et là la dégénérescence athéromateuse sous forme de nœuds.