Même revue, 189i, p
3. On remarquera cet emploi de l'expression « lois de la mécanique », pour désigner exclusivement des lois ne faisant dépendre les forces que de la position relative des atomes; c'est dans ce sens étroit que M. Poincaré s'est cru fondé à déclarer le mécanisme condamné par l'expérience. Cet emploi du mot « mécanisme « est sans inconvénient, lorsqu'on a bien présent à l'esprit la définition qu'il suppose ; mais il n'est pas sans danger en ce qu'il peut induire, môme des hommes tout à fait supérieurs,
RÉVEK^IBIUTÉ DE l'uNIVERS 13 J
toujours par un état très voisin de son état initial, » tandis que les lois expérimentales nous montrent l'univers tendant vers un élat final dont il ne pourra sortir. Cette énonciation donne lieu à deux remarques : l'une concernant le théorème invoqué, et l'autre l'interprétation donnée aux lois (^\l»énmenlales. Sur le premier point, nous ferons seulement remarquer que le thé'orème suppose certaines conditions restrictives que nous ne saurions malheureusement faire connaître avec précision, et dont nous ne pouvons par suite discuter la portée. D'autre part, on peut admettre i[\w l'état final vers lequel paraît tendre l'univers, ne sera [»as une immobilité absolue et que, après un très long repos api)arent, le monde en sortira pour repasser par des états analogues aux anciens, grâce à une réversibilité indirecte. Enfin comme l'a montré M. Coutuiat, dans une discussion fort intéressante ', le théorème de M. Poincaré comporte^ comme cas particulier, la marche vers un état limite qui ne
conserver les conclusions sans rester bien fidèles au sens spécial qui les justifiaient. Ainsi, M. Boutroux, dans son cours sur Vidée de loi naturelle, affirme l'irréductibilité de la physique à la mécanique en s'appuyant sur ce que « le caractère essentiel d'un phénomène mécanique est la réversibilité » (p. 53). Or, cet emploi restreint du mot « mécanique » lui ôte toute portée philosophique. L'hypothèse du mécanisme de l'univers consiste à admettre que tous ses états successifs sont reliés les uns aux autres par des équations mathématiques, sous réserve du rôle quon peut attribuer aux êtres animés. Dans l'établissement de ces équations, lesquelles définissent les actions mutuelles des points matériels, on a été amené, au moins provisoirement^ à admettre l'existence de termes qui deviennent négligeables^ lorsque les points sont à des distances sensibles ; les formules^ ainsi simplifiées satisfont au principe de réversibilité, et l'on peut, sans doute, les désigner spécialement sous le nom de formules mécaniques ; mais, si l'on ne veut pas être la dupe des mots, on doit bien se rendre compte qu'il n'y a là qu'un classement comluode, mais superficiel, ne pouvant donner naissance qu'à une irréductibilité purement verbale entre la physique et la mécanique. 1. Hevuede Métaphysique et de Morale, 1893, p. 564.
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serait atteint qu'au bout d'un temps infini Or, la possibilittî de ce cas particulier, rapprochée de Tinstabilité caract«:Tisant les systèmes à marche inverse de celle de noire univers, ne montre-t-elle pas que la réalisation dudit cas, bien loin de n'avoir qu'une chance infiniment petite de se produire, doit le faire de préférence aux autres combinaisons ?
Nous ne saurions, du reste, insister davantage, car nous nous sommes déjà un peu éloigné de notre sujet. Ce qui nous a amené à parler de la réversibilité, c'est, en effet, la difliculté ou mieux l'impossibilité qui paraît en résulter de distinguer l'avant de l'après, le passé de l'avenir. Or, nous avons vu que, même en admettant l'existence de la réversibilité directe, la seule qui donne lieu à la difficulté en question, l'enchaînement des phénomènes naturels ne présente pas le même caractère, suivant qu'on le considère dans un sens on dans l'autre : nous n'avions pas autre chose à montrer, et, si l'expérience amène à repousser absolument cette réversibilité, cela ne fera que supprimer une difficulté. En résumé, si la notion complète du temps suppose peut-être la considération des i)hénomènes psychi(iues, on ne saurait dire sans exagération que la mécanique, même restreinte à la considération de forces fonctions des seules distances, soit impuissante à servir de base à cette notion.
Nous ne pensons pas, d'ailleurs, qu'il y ait lieu d'insister sur le caractère franchement absurde (jue présenterait le monde moral supposé réverti ; comme, du reste, il existe une liaison intime entre les deux ordres de phénomènes, on voit qu'on ne saurait admettre la réversion des [>hénomènes matériels avec le maintien des lois qui constilucnl ce qu'on appelle l'union de l'âme et du corps. Du niomeiil qu'on sort de la physique pour entrer dans le domaine df la psychologie, le temps prend un cararlère nettement déterminé, tenant à ce qu'il est impossible, en général, de renverser la liaison causale qui unit deux ithénomènes.