CRITIQUE DE L INFINI ET DU CONTINU
un composé, et, de même, il y a une étrange aberration à ne pas voir qu'une multiplicité d'éléments simples peut engendrer des relations étrangères à un élément isolé.
Mais n'y a-t-il pas, au contraire, quelque chose de surprenant à ce qu'une grandeur en soi soit formée d'éléments irréductibles en nombre fini, dont la nature ne ressemble en rien au résultat de leur addition, bien qu'on leur attribue un minimum de grandeur portant la même quahfication? Des longueurs qui ne se divisent plus en longueurs, des durées qui ne se divisent plus en durées, selon les expressions mêmes de M. Évellin \ nous apjtaraissent comme privées d'un des attributs essentiels de la longueur et de la durée et comme des choses en soi complètement inconnaissables. D'autre part, M. Pillon, après avoir montré que M. Évellin n'a fait que reproduire, sur une base nouvelle, une théorie de Hume, leur oppose à tous deux une argumentation de Pascal. « Les indivisibles qui composent un lieu réel doivent se toucher, sans quoi ils seraient séparés par des intervalles où il n'y aurait pas d'indivisibles. Or, deux indivisibles ne peuvent se toucher qu'en tout ou en partie : s'ils se touchent en tout, ils coïncident, et, s'ils coïncident, ils ne font qu'un ; s'ils ne se touchent qu'en partie, ils ne sont donc pas indivisibles '^. » Quoi qu'il en soit, nous devons protester contre l'assertion de M. Évellin que le partisan des indivisibles formule l'affirmation de longueurs et de durées telles qu'il les conçoit, car on peut être partisan non moins résolu que lui des indivisibles et ne rien affirmer de tel, l'affirmation des atomes indivisibles pouvant être séparée de celles de durées et de longueurs indivisibles et la négation de ces dernières n'entraînant pas la réalité de quantités continues. Enfin, il nous
1. Le Mouvement et les partisans des indivisibles dans la Revue de Métaphysique et de Morale de 1893, p. 384.