Voir, par exemple, sa troisième lettre à Clarke
rence au moins, l'idée des relations spatiales à celle des relations temporelles.
Nous verrons tout à l'heure qu'il semble possible de soulever le voile qui couvre le mystère de ces dernières relations ; mais, pour les relations spatiales, nous n'avons ni trouvé dans les écrits des pliilosophes, ni pu découvrir quelque hypothèse satisfaisante sur leur nature intime. Ce n'est pas que Boscovich n'ait su poser sur ce point quelques principes de haut intérêt ; mais nous ne saurions voir qu'une pierre d'attente dans ce qu'il a dit à ce sujet. M. de Vorges a su bien faire ressortir le sens profond des aperçus contenus dans sa Théorie de la Philosophie naturelle, et nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter le passage suivant ' :
« Boscovich dit au début que ses points sont placés dans le vide. Mais ceci n'est qu'une concession à l'imagination et au langage vulgaire. Dès qu'il s'agit de serrer de près la question: qu'est-ce qu'une distance? il s'exprime tout autrement. — Il déclare expressément que les distances ne sont point des vides interposés, le vide n'étant rien, mais des modes réels d'existence produisant des relations réelles; que la variété des distances n'est pas autre chose que la variété de ces modes, que ces modes sont indivisibles, inétendus, immuables dans leur ordre 2. » Ces dernières expres-
1. La Notion de l'Étendue et ses Causes objectives (extrait de la Revue des Questions scientifiques, janvier 1883), p. 36.
2. « Spatium constat par me non solis punctis, sed punctis habentibus relationes distantiarum ad se invincem : eaerelationes in mea theoria non constituuntur a spatio vacuo intermedio, quod spatium nihil est actu existons, sed est aliquid solum possibile a nobis indefinite conceptum, nimirum possibilitas realium modorurn localium existendi cognita a nobis secludentibus mente omnetiï hiatum... Constituuntur a reatibus existendi modis qui realem utique relationem inducunt » {Theoria Philosophiœ natufalis, p. 190). « Modi illi reaies singuli et oriuntur ac pereunt et
LA NATURE DU TEMPS
sions, il est vrai, empruntées du reste à Boscovich, ne nous paraissent pas présenter un sens très clair, et semblent difficilement conciliables avec le passage reproduit ci-dessus (p. 144), oii Ton voit apparaître chaque intervalle comme divisible à l'infini ; mais le passage actuel fait bien ressortir que le vide, comme tel, n'est rien et ne saurait constituer la distance de deux points.
Cela, cependant, ne nous dit pas ce que peuvent être ces relations réelles qui constituent la distance. M. de Vorges a cherché à résoudre l'énigme. Aux modes il commence par substituer des actions, selon la parole de Leibniz : « Les substances simples sont séparées les unes des autres par des actions ^ »,et ces actions constituent les distances mutuelles
des points.
M. de Vorges développe de façon ingénieuse cette conception ; mais nous devons avouer n'avoir pas saisi ce que pourraient bien être ces actions: quand on suppose acquise la notion de relation spatiale ou de distance, on conçoit sans peine des actions qui font varier ces relations ; mais, si relation et action ne font qu'un, celle-ci demeure une pure et simple inconnue.
Renonçant à éclaircir cette terrible question de la nature de l'espace, nous allons concentrer notre étude sur celle delà nature du temps, que Kant nous paraît avoir su découvrir, et sur laquelle Balmès a répandu de nouvelles lumières par de très heureux développements donnés à l'une des pensées de l'auteur de la Critique de la Raison pure.
indivisibiles prorsus mihi sunt ac inextensi et immobiles ac in suo ordine immutabiles... Nec aliud est in se quod illam determinatam distantiam habeant illa duo materiae puncta quam quod illos determinatos existendi modos habeant quos necessario mutent ubi eam mutent distantiam » (p. 307).