L'Idée du Phénomène^ p. 140 et
2. Une conséquence dont nous n'aborderons pas l'étude, parce qu'elle s'écarte de notre sujet, consiste dans Vidée d'identité fondamentale de l'être qui change, car s'il n'y avait que des phéno«
LA NATURE DU TEMPS
insuffisante, nous chercherons à la compléter, et ce n'est qu'ensuite que nous en ferons l'application à un certain nombre de questions, dont quelques-unes fort importantes.
Le défaut essentiel de la théorie de Balmès consiste dans son impuissance à faire distinguer l'avant de l'après : elle explique, si l'on veut, la notion de succession, mais en laissant indéterminé l'ordre de cette succession. Que l'on place A avant B, ou B avant A, la contradiction entre ces deux termes sera également dissipée, et l'on peut dire que, à s'en tenir à cette conception, la réversibilité du monde matériel comme du monde moral est absolue. Or, il est indispensable de trouver le principe de la distinction de l'avant et de l'après, si l'on veut élucider réellement l'idée de succession. Il y a plus : non seulement la théorie de Balmès laisse sans réponse le problème de la réversibilité, ou plutôt rend celle-ci absolue, mais elle ne permet même pas d'établir un enchaînement à sens déterminé, car elle ne donne pas de motif pour rapprocher d'un état un autre état de préférence à tout autre. On peut donc dire qu'elle nous donne de la poussière de temps, mais qu'il reste à trouver un principe organisateur qui de cette poussière permette de faire un tout cohérent.
Dans la vie pratique, et même dans les sciences expérimentales, on peut négliger de telles questions, car il suflit
mènes juxtaposés, aucun ne serait contradictoire à l'autre, et, par suite, leur rapprochement serait impuissant à engendrer l'idée de succession et de temps. « Le changement, a dit Kant, est un mode d'existence.qui succède à une autre manière d être du môme objet. Par conséquent, tout ce qui change est permanent, son état seul change. Et comme -ce changement ne se rapporte qu'aux déterminations qui peuvent finir ou commencer. Ton peut dire (quoique avec une apparence de paradoxe) que le permanent seul (la substance) est changé; que le muable n'éprouve aucun changement, mais seulement une vicissitude, puisque, parmi les déterminations, quand les unes cessent, les autres commencent » (t. I, p. 272).
que tout le monde soit d'accord pour ordonner de même façon les phénomènes, quelle que soit l'ignorance générale sur le principe de cet ordonnancement, et pour cela la sensibilité suliît. Même certains philosophes, qui regardent le temps comme une réalité indépendante des choses qui passent, peuvent négliger d'approfondir ces diffîcul es, car l'avant et l'après et tout l'ordre des successions sont, à leurs yeux, déterminés par la position des choses dans ce contenant réel. Mais, pour qui a dépassé ce point de vue un peu ingénu, il y a là un problème qu'on ne saurait éluder et que Kant a bien posé en ces termes : « J'ai conscience seulement (pie mon imagination place l'un avant et l'autre après, et non que, dans un objet, un état précède l'autre ; ou, en d'autres termes, le rapport objectif des phénomènes successifs n'est point déterminé par la simple perception. Afin donc que ces phénomènes soient connus comme déterminés, il faut que le rapport entre les deux états soit conçu de telle manière qu'il soit comme nécessairement déterminé par là lequel de ces deux états doit être placé avant, lequel doit être i>lacé après, et non réciproquement <. »
IDENTITÉ DE LA RELATION TEMPORELLE ET DE LA RELATION DE CAUSALITÉ OCCASIONNELLE
(iuyau avait bien compris cette nécessité de découvrir un principe de distinction entre l'avant et l'après, et l'on sait comment il a prétendu dériver le temps de l'espace, faisant de ce qui est devant nous le futur et de ce qui est derrière le passée. Mais cette solution ne saurait nous satisfaire, car,
1. Critique de la Raison pure, Analytique des principes, seconde analogie, t. I, p. 275.