‹ Étude sur l'espace et le temps [microform] (volume 2)Chapitre 48 sur 60 · Philosophie fondamentale, liv. X, chap. vn, n · texte numérisé non relu

Philosophie fondamentale, liv. X, chap. vn, n

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nous adoptons instinctivement attribuerait aux phénomènes un caractère d'instabilité invraisemblable.

Quoi qu'il en soit, renchaînement des phénomènes psychiques ne peut essentiellement avoir lieu que dans un sens déterminé, et ce sens impose celui des phénomènes spatiaux, par suite de la liaison qui existe entre les deux ordres de phénomènes : la piqûre d une épingle précède la douleur, puisqu'elle en est la cause, et, de même, la volonté de lever mon bras précède ce mouvement.

Mais revenons à l'exemple d'un système de points matériels pour examiner, à son occasion, une difficulté fondamentale et d'une porlée générale. Vous êtes parti, nous dira-t-on, d'un cerlain état de ce système, c'est-à-dire d'un état à un instant déterminé; or, poser ainsi la simultanéité, c'est poser le temps, et, par suite, nous n'avons pu, semblet-il, en déduiie le temps que par un cercle vicieux. Cette objection oblige à approfondir l'idée de simultanéité. Si nous supposons un univers immobile, l'absence de tout changement entraîne pour conséquence que cet univers est en dehors du temps, ou plutôt que le temps n'existe pas; mais, dans notre langage tout imprégné de la notion du temps, nous dirons incorrectement qu'il y a simultanéité des diverses relations existant entre les parties de cet univers. On voit donc que la notion d'état statique d'un système de points matériels est, en réalité, une notion extra-temporelle. Le temps apparaîtra lorsqu'on envisagera plusieurs états différents d'un même système de points^ mais chacun de ces états considéré isolément est étranger à la notion du temps. L'accusation de cercle vicieux ne reposait donc que sur l'introduction non motivée de l'idée temporelle de simultanéité K

1. Nous devons ici prévoir une objection : l'état d'un système

LA NATURE DU TEMPS

Celte dernière notion a été particulièrement bien mise en lumière par Kant, dans sa troisième analogie. Empiriquement, la notion de simultanéité dérive de ce que la perception d'une chose peut suivre celle d'une autre, et réciproquement, et le simultané est l'existence de la diversité dans le même temps. « Mais on ne peut percevoir le temps lui-même, pour en conclure que les choses sont placées dans le même temps, que leurs perceptions peuvent se succéder récipro- (]uement. La synthèse de l'imagination dans l'appréhension indiquerait seulement que chacune de ces représentations est dans le sujet quand l'autre n'y est pas, et réciproquement, mais non pas que les objets soient en même temps,... et que cela soit nécessaire pour que les perceptions puissent se succéder réciproquement. Il faut donc un concept intellectuel, touchant la succession réciproque des déterminations des choses existantes en même temps les unes hors des autres, pour pouvoir dire que la succession réciproque des perceptions a son fondement dans l'objet, et que le simultané soit représenté par là comme objectif. Or, le rajjport des substances, dans lequel l'une comprend les déterminations dont la cause est contenue dans l'autre, est le rapport de l'influence; et si réciproquement cette influence contient la cause des déterminations de l'autre, il est le rapport de mutualité, ^e réciprocité ou d'action et de réaction *. »

<!<• points matériels qui détermine ses états suivants comprend leurs vitesses aussi bien que leurs positions, et la notion de vitesse suppose celle du temps. Ceci serait exact si l'on tenait à ce qu'un seul état suffît à déterminer les suivants, mais cela équivaut à faire la synthèse de deux états successifs, et nous avons parfaitement le droit de ne pas la faire et de n'envisager <|ue des états géométriques. Nous avons, du reste, été déjà amené, dans le chapitre précédent (p. 155), à refuser une valeur propre à l état de mouvement. 1. T. I, p. 299 et 300.

nS ÉTUDE SUR l'espace ET LE TEMPS

L'application de cette théorie apparaît nettement dans les phénomènes tels que ceux d'attraction mutuelle de deux corps, car tous deux sont, l'un par rapport à l'autre, dans la double relation de cause et d'effet, puisque chacun occasionne à Tautre une accélération et en reçoit une inversement. Indépendamment de cette simultanéité directe, on en conçoit une indirecte, comme serait celle résultant de l'hypothèse de deux corps sans action mutuelle l'un sur l'autre, mais échangeant tous deux des accélérations avec un même troisième. Cet exemple est extrêmement simple, mais on conçoit sans peine l'extension illimitée des applications de ce principe des liaisons indirectes, qui fait rentrer dans un temps unique tous les phénomènes de notre univers, à supposer que les atomes n'aient pas tous une action directe sur la totalité des autres atomes.

Avant d'aborder l'étude des applications delà théorie causale du temps à diverses questions philosophiques, il nous reste à mentionner une objection à laquelle Kantapris soin de répondre : certaines causes, dit-on, peuvent être en même temps que leurs effets ; telle est, dans une chamitre, la chaleur que cause un foyer allumé. Kant répond justement, bien qu'en termes peu exacts, que cela tient à ce que la cause ne peut opérer en un clin d'oeil son effet tout entier' ; mais il nous semble qu'on doit ajouter, pour être clair, que chaque phénomène d'échauffement est causé par un phénomène de combustion qui l'a réellement précédé.

Dans un autre exemple, on considère un globe posé sur un duvet comme cause de l'enfoncement qu'il occasionne, et Kant s'exprime ainsi : « Si je mets le globe sur le duvet, alors la dépression du duvet se détermine en conséquence de la figure polie de la boule ; mais, si le duvet présente déjà un enfoncement (je ne sais à quelle occasion), alors

LA NATURE DU TEMPS

il ne suit plus les contours de ce globe. » Pour nous, nous ferions ici une^^distinction : ou le duvet a du ressort et tend à se redresser, ou, au contraire, une fois comprimé, il conserve la forme qu'il a reçue. Dans ce dernier cas, le globe a été, si l'on veut, cause de la déformation au moment oîi elle se produisait, mais il est plus exact de dire que les situations relatives de la terre, du duvet et du globe se sont déterminées les unes -les autres suivant la loi de causalité. Le mouvement terminé, la causalité disparaît. Quant au cas où l'on accorde du ressort au duvet, il rentre nettement dans celui de simultanéité par action et réaction réciproque entre les deux objets. On doit remarquer, d'ailleurs, que les difficultés de ce genre tiennent à des énoncés plus ou moins incorrects, oij l'on donne le nom de cause à des objets isolés et non à l'ensemble des conditions déterminantes.

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