APPLICATIONS DIVERSES. — DIEU ET LE TEMPS
Après avoir accepté l'hypothèse de Kant sur la nature de la relation temporelle et avoir montré comment elle permet de distinguer les trois relations d'antécédence, de concomitance et de succession, nous devons en faire l'application à un certain nombre de questions, en première ligne desquelles vient le caractère de divisibilité illimitée que nous avons reconnu au temps, tout en n'admettant que des réalités indivisibles (voir le chap. v).
Or, l'assimilation de la relation temporelle à la relation causale nous paraît bien en concordance avec une telle conception. Après avoir considéré, en effet, une série d'états discontinus, par exemple une suite de positions relatives de
deux points qui s'attirent ^ et nous être ainsi mis en présence de successions immédiates, nous pouvons fort bien concevoir qu'une autre série, en relation avec la précédente, soit telle que deux termes simultanés à deux termes consécutifs de la première série ne soientpas consécutifs eux-mêmes et aucune limite ne saurait être imposée au nombre des termes ainsi interposés, bien qu'en fait et pour cbaque cas particulier ce nombre soit forcément déterminé. Il semble inutile d'insister sur une concordance si caractéristique entre la théorie causale et les exigences imposées a priori à toute théorie du temps.
Voici maintenant une question posée par Balmès, résolue par lui à titre d'objection précisément au moyen de la théorie causale, mais à lacjuelle il prétend donner une autre réponse, sans que nous puissions voir ce qui l'y pousse et sans que, à notre avis, il trouve aucune raison sérieuse à opposer à l'adversaire qu'il avait si bien fait parler, sous quelques réserves que nous aurons à formuler. Voici d'abord, cette prétendue objection : « On dit: Si la succession du temps implique exclusion, sui>primer l'exclusion, c'est admettre la coexistence; ainsi, dans la supposition que Dieu eût créé d'autres univers, ces univers auraient été contemporains du nôtre ; en efl'et, ils ne se seraient point exclus ; ces divers mondes n'ayant entre eux aucun rapport de cause et d'effet, nous ne pourrions leur appliquer le raisonnement dont nous nous sommes servis dans le chapitre précédent. C'est pourquoi nous devrions tenir pour impossible l'existence d'un monde antérieur au monde actuel, toutes choses devant être contemporaines, pourvu qu'elles n'emportent pas exclusion 2. »
1. Nous avons vu que le mouvement ne saurait être continu (p. 140).