‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 106 sur 145 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

limité quant à l'espace, il Test par an espace vide. Or, l'espace, dit-il, n'est « pas un objet réel qui puisse être perçu extérieurement, ni rien de corrélatif aux phénomènes, mais la forme même des phénomènes. L'espace ne peut donc absolument (par lui-même) précéder comme quelque chose de déterminant dans l'existence des choses, parce qu'il n'est pas un objet, mais seulement la forme des objets possibles. Par conséquent, les choses, comme phénomènes, déterminent bien l'espace ; c'est-à-dire que de tous ses prédicats possibles (grandeur et rapports) elles font que ceux ci ou ceux-là appartiennent à la réalité. Mais l'espace ne peut pas réciproquement, comme quelque chose qui existe par soi, déterminer la réalité des choses par rapport à la grandeur ou à la figure, puisqu'en soi il n'est rien de réel. C'est pourquoi un espace, qu'il soit plein ou vide \ peut bien être borné par des phénomènes, mais des phénomènes ne peuvent pas être bornés pa?' un espace vide en dehors d'eux. Il en est de même du temps » ^.

La réfutation de l'antithèse paraît ainsi péremptoire ; mais Kant ajoute : « Il est néanmoins incontestable, malgré tout cela, que l'on doit nécessairement admettre ces deux non-êtres, savoir : un espace vide hors du monde, et un temps vide avant le monde, si l'on suppose un terme au monde quant à l'espace et quant au temps ». Il fallait qu'il eût vraiment la passion des antinomies.

Tenant pour excellente sa réfutation de son antithèse, et achevant de faire au temps l'application de l'anathème prononcé contre l'infini de quantité et le continu, nous dirons qu'un temps infini entraine contradiction, c'està-dire que le temps a commencé, et, d'autre part, qu'une durée n'est pas continue, c'est-à-dire ne comprend pas

(i) Kant fait remarquer en note qu'il s'agit ici d'un espace vide limité par des phénomènes et situé par conséquent en dedans du monde.

(2) Critique de la Raison pure, traduction Tissot, t. Il, p. 29 et 30. Voir la Cité de Dieu de saint Augustin, livre XI, chap. V et VI.

CRITIQUE DE L INFINI ET DU CONTINU

une infinité d'instants réels ; ce dernier point, plus que tout autre, est de nature à révolter le sens commun ; mais nous ne devons pas moins l'affirmer énergiquement. Si, plus tard, nous pouvons donner une théorie de la nature du temps qui explique ce caractère si remarquable, cela procurera évidemment une intime satisfaction à notre esprit ; mais, pour nous incliner devant une exigence de la raison, nous ne devons pas attendre d'avoir trouvé la solution d'objections qui n'ont d'autre fondement que des préjugés reposant sur notre sensibilité et notre imagination.

Cela bien posé, nous devons nous demander si le caractère de divisibilité à l'infini, sous lequel nous apparaissent l'espace et le temps, est purement illusoire. Nul mieux que Boscovich n'a élucidé cette question, ainsi qu'on peut le voir par le passage suivant, où sont posés et le nombre fini des éléments, et la divisibilité à l'infini pour les intervalles : « Chaque intervalle, dit-il, sera certes divisible à l'infini par l'interposition d'autres points matériels, puis d'autres encore, et ainsi de suite, lesquels pourtant, une fois posés, seront de même en nombre fini et laisseront de la place pour bien d'autres ; et ceux-ci, quand ils existeront, formeront, eux aussi, un nombre fini ; de sorte que l'infini sera uniquement dans les possibles, mais non dans les existants [ut infinitum sit tantiimmodo in possibilibusy non autem in existentibus) » \ L'espace, en un mot, n'est qu'une possibilité de relations, et ces relations peuvent avoir des valeurs absolument quelconques ; c'est là ce qu'exprime sa divi-

(1) Théorie de la Philosophie naturelle réduite à l'unique loi des Forces existantes dans la nature, i" partie, no 89. On sait que Kant, dans l'antithèse de sa seconde antinomie, a reproché aux monadistes de ne pas tenir compte des propriétés mathématiques de l'espace et d'admettre « des points physiques qui, à la vérité, seraient simples, mais qui auraient le privilège, comme parties de l'espace, de remplir l'espace par leur seule agrégation ». Assurément, la thèse de Boscovich échappe complètement à cette critique.

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