CHAPITRE VIII
LES ARGUMENTS DE ZENON d'ÉLÉE
s'il existait entre h' et a une verticale sur laquelle pussent passer en même temps les deux mobiles :
« C'est le contraire de Fhypothèse ; mais la figure ellemême trompe l'œil ; l'imagination voit un intervalle là où il est justement impossible ; elle est dupe, l'hypothèse
est oubliée.
« En définitive, a ne rencontre que c\ et les deux moments qu'on oppose aux partisans des indivisibles sont imaginaires * ».
La réponse nous paraît péremptoire : elle ne fait, sans doute, que mieux ressortir ce que l'hypothèse de M. Évellin a d'étrange, mais elle dissipe l'apparence de contradiction si ingénieusement présentée dans la traduction donnée par M. Noël de l'argument du stade.
Est-il besoin d'ajouter que cet argument ne saurait atteindre notre conception de l'espace et du temps ? Si, pour nous, l'atome est un indivisible, ce n'est point un minimum d'étendue, mais il est dépourvu de ce caractère, l'étendue étant, non une propriété des atomes, mais une relation entre eux. Quant au temps, c'est une autre relation entre des faits, actes ou existences, et, s'il n'est point continu, il ne présente pas, pour cela, un minimum nécessaire, ainsi que nous l'avons exposé. Toutefois on ne saurait nier que, si notre thèse n'admet pas l'existence d'un minimum d'étendue, elle exige que le point, dans son mouvement entre deux positions définies, n'occupe en fait qu'un nombre fini de positions intermédiaires et que, par suite, il peut arriver que les points b' et a ne se trouvent à aucun moment sur une même verticale, comme dans la théorie de M. Évellin ; mais ils peuvent aussi s'y trouver sans aucun inconvénient, puisque notre
(1) Revue de Métaphysique et de Morale, 1893, p. 385. le Mouvement et les partisans des indivisibles.
temps est indéfiniment divisible, s'il n'est pas en fait infiniment divisé.
En résumé, les arguments de la dichotomie et de V Achille mettent en lumière la contradiction du continu ; la flèche, bien que faisant ressortir ce qu'il y a d'embarrassant dans une théorie qui refuse au mouvement le caractère d'un état propre au mobile, n'ajoute rien à cette difficulté, qui n'aboutit à aucune contradiction, et à laquelle on peut répondre de façon satisfaisante ; enfin, le stade, après avoir paru convaincre de contradiction la thèse assez déconcertante de M. Évellin, est réfuté par ce philosophe d'une façon qui parait définitive. Quant à la conception à laquelle nous nous sommes arrêté, elle ne prête le flanc qu'à la discussion soulevée par la flèche, comme nous venons de le rappeler, et elle est bien loin de succomber dans la lutte.
En terminant, nous noterons la réponse générale opposée par M. Dunan aux arguments de Zenon d'Elée dans une étude datée de 1909 \ où il retire ce qu'il disait en 1884 dans une brochure sur ces Arguments. Pour lui, toute difficulté s'évanouit si Ton reconnaît qu'un mouvement qui se fait dans la durée (nous avouons n'en pas connaître d'autres) est en soi, bien qu1l parcoure une étendue, un et indivisible, en sorte qu'il ne comporte ni succession ni parties. Il reconnaît d'ailleurs que cette proposition soulève une difficulté considérable, qui ne peut être levée que par une métaphysique très étudiée et très étendue, ce qui le fait renoncer à en donner, dans celte étude, le moindre essai de solution. Jusqu'à plus ample informé, cette difficulté nous fait absolument reculer et préférer la solution finitiste du problème.
(1) Zenon d'Elée et le Nativisme dans les Annales de Philosophie Chrétienne de mai 4909.