‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 115 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA NATURE DU TEMPS

Dans ce qui précède, l'espace et le temps nous sont apparus comme des relations susceptibles de mesure, sous des réserves fort graves du reste, et doués du caractère de la continuité, en ce sens que toute étendue ou toute durée peut être conçue comme divisée, mais non en tant que cette expression signifierait qu'étendue et durée varieraient en fait d'une façon continue. Pour achever l'étude que nous avons entreprise, nous devrions déterminer la nature de ces deux ordres de relations, problème que Leibniz nous paraît avoir simplement esquissé lorsqu'il a dit que l'espace est im ordre de coexistences, comme le temps est im ordre des successions ' ; peut-être serait-il plus exact de dire que, par ces paroles, il a simplement voulu affirmer le caractère purement relatif de l'un et de l'autre, sans prétendre rien indiquer sur la nature de ces deux ordres. Il serait, en effet, puéril d'expliquer le temps par l'idée de succession, et, d'autre part, il peut exister bien des ordres de relations entre des coexistences ; cette dernière formule semble, d'ailleurs, avoir l'inconvénient de subordonner, en apparence au moins, l'idée des relations spatiales à celle des relations temporelles.

Nous verrons tout à l'heure qu'il semble possible de soulever le voile qui couvre le mystère de ces dernières

(1) Voir, par exemple, sa troisième lettre à Glarke.

LA NATUHE DU TEMPS

relations ; mais, pour les relations spatiales, nous n'avons ni trouvé dans les écrits des philosophes, ni pu découvrir quelque hypothèse satisfaisante sur leur nature intime. Ce n'est pas que Boscovich n'ait pas posé sur ce point quelques principes de haut intérêt ; mais nous ne saurions voir qu'une pierre d'attente dans ce qu'il a dit à ce sujet. M. de Vorges a du reste bien fait ressortir le sens profond des aperçus contenus dans sa Théorie de la Philosophie naturelle, et nous lui emprunterons le passage suivant * :

« Boscovich dit au début que ses points sont placés dans le vide. Mais ceci n'est qu'une concession à l'imagination et au langage vulgaire. Dès qu'il s'agit de serrer de près la question : qu est-ce qu'une distance ? il s'exprime tout autrement. — Il déclare expressément que les distances ne sont point des vides interposés, le vide n'étant rien, mais des modes réels d'existence produisant des relations réelles ; que la variété des distances n'est pas autre chose que la variété de ces modes, que ces modes sont indivisibles, inétendus, immuables dans leur ordre » ^. Ces dernières expressions, il est vrai, empruntées du reste à Boscovich, ne nous paraissent pas présenter un sens très clair et semblent difficilement conciliables avec le passage reproduit ci-dessus (p. 257),

(1) La Notion de l'Etendue et ses Causes objectives (extrait de la Revue des Questions scientifiques, janvier 1883), p. 36.

(2) « Spatium constat per me non solis punctis, sed punctis habentibus relationes distant iarum ad se invicem : eae relationes in mea theoria non constituuntm* a spatio vacuo intermedio, quod spatium nihil est actu existens, sed est aliquid solum possibile a nobis indefinite conceptum, nimirum possibilitas realium modorum localimii existendi cognita a nobis secludentibus mente omnem hiatum... Constituuntur a realibus existendi modis qui realem utique relationem inducunt » (Theoria Phitosophiœ naturatis, p. 190). « Modi illi reaies singuli et oriuntur ac pereunt et indivisibiles prorsus mihi sunt ac inextensi et immobiles ac in suo ordine immutabiles... Necaliud est in se quod illam determinatam distantiam habeant illa duo materiae puncta quam quod illos determinatos existendi modos habeant quos necessario mutent ubi eam mutent distantiam » (p. 307).

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