CHAPITRE IX
LA NATURE DU TEMPS
ment en possède une pour son compte. La supprimer revient à reléguer le mouvement dans le domaine des illusions.
« Dès lors, de deux hypothèses, Tune : ou bien le lieu jouit d'une réalité propre, indépendante du corps qui l'occupe, et le mouvement n'est que l'occupation successive de ses parties réelles — hypothèse évidemment fausse, car elle substantialise l'espace — ou .bien le lieu interne est dit réel en ce sens que, pour l'occuper, le corps a dû recevoir une modification accidentelle, localisatrice, dont les changements continus constituent l'être variable du mouvement » \ Comme il le dit explicitement un peu plus loin, la relation de distance de deux corps résulte des deux accidents localisateurs que ces corps ont reçus.
Nous ne discuterons pas l'ensemble de cette théorie ^, mais nous ferons remarquer que M. Nys ne nous fait aucunement connaître la nature de l'accident localisateur et qu'il ne fait que déplacer la difficulté, en rendant le problème encore plus obscur, car il semble bien que nous avons, somme toute, une idée plus nette de la relation de distance que de l'accident localisateur ^
Renonçant donc à éclaircir cette terrible question de la nature de l'espace, nous allons concentrer notre étude sur celle de la nature du temps, à laquelle Kant nous paraît avoir fait faire un progrès décisif et sur laquelle Balmès a répandu de nouvelles lumières par de très heureux développements donnés à l'une des pensées de l'auteur de la Critique de la Raison pure.
(1) Page 123.
(2) M. Nys appuie sa croyance en un mouvement absolu sur les considérations d'ordre djnami(iue dont nous avons discuté la portée. On trouvera une critique du lieu interne dans V Abrégé de Métaphysique de M. de Vorges (tome II, p. 214).
(3) Dans un ouvrage antérieur (La Notion d'espace au point de vue cosmologique et psychologique), M. Nys avait déjà soutenu la thèse du lieu interne, accident localisateur qui, au point de vue ontologique, s'identifie avec l'étendue concrète.
LA CONCILIATION DE l'ÊTRE ET DU NON-ÊTRE COMME ORIGINE DU TEMPS
Lorsqu'on parle de Kant et de sa théorie du temps, on ne manque jamais, et avec raison, de mentionner ce qu'il en dit dans V Esthétique transcendaniale ^ et nulle théorie n'est plus connue que celle des formes a priori de la sensibilité ; mais, au contraire, on passe le plus souvent sous silence, et en cela on a grand tort, les pensées si profondes qui se trouvent dans Y Analytique transcendantale. Son point de départ manque un peu de précision, ainsi qu'il résulte du résumé suivant qu'il en donne lui-même : «< Nous avons établi, dit-il, dans le principe précédent, que tous les phénomènes de la succession du temps ne sont que des changements, c'est-àdire l'existence et la non-existence successives des déterminations de la substance permanente » ^ Balmès reprend ce rapprochement de l'existence et de la nonexistence, et sait en tirer des développements originaux et profonds qui méritent bien un examen détaillé et justifient une analyse générale du livre consacré par lui à la question du temps.
C'est avec une douce ironie que l'auteur de la Philosophie fondamentale raille la facile satisfaction de Buffier, qui, en véritable adepte du sens commun, n'éprouve aucune difficulté à expliquer ce qu'est le temps, et il fait bon le voir opposer à cette béate satisfaction l'anxiété de saint Augustin et ses ardentes suppUcations à Dieu pour en obtenir la lumière sur une question qui le trouble si profondément ^.
(1) Critique de la Raison pure, trad. Tissot, t. I, p. 271.
(2) « Quid est tempusf Si nemo ex me quaerat, scio, si quaerenti explicare velim, nescio... Exarsit animus meus nosse istud impli-