‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 119 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sèment de toutes choses. Les siècles infinis que nous concevons avant la création du monde ne sont rien^ temps imaginaires semblables à l'espace imaginaire ».

Indépendamment de l'existence des corps, le temps se manifesterait à nous dans la succession des opérations de notre âme ; mais cette succession lui est indispensable : il commence avec les êtres changeants ; ces êtres cessant d'exister, il s'évanouirait avec eux.

Qu'est-ce donc que le temps? « Le temps est la succession des choses au point de vue abstrait. — Et la succession ? C'est l'être et le non-être. Une chose est, elle cesse d'être ; voilà la succession... Le temps ne saurait exister sans être et non-être ; car c'est en cela que consiste la succession S'il y a succession, il y a changement : il n'y a point changement sans qu'une chose soit d'une autre manière ; autre implique une chose antérieure qui cesse d'être... Donc le temps dans les choses est la succession des choses mêmes, leur être et leur non-être. Le temps dans l'entendement, c'est la perception de ce changement, de cet être et de ce non-être ». S'il est tel, le temps n'est point absolu, car il est, dans les choses, le rapport de l'être et du non-être et, dans Tentendement, la perception de ce rapport. A cette relativité essentielle du temps répond le fait constaté dans notre chapitre VII, que l'accélération proportionnelle de tous les changements, corporels et psychiques, est une chose dénuée de sens, et nous avons vu aussi que Balmès a bien saisi cette conséquence : il est superflu d'y insister à nouveau.

Mais l'être et le non-être ne forment pas forcément succession : en des choses distinctes, ils n'excluent point la simultanéité, et, dans une même chose, ils n'impliquent répugnance que s'ils se rapportent à un même temps. Mais alors le temps est toujours présupposé, et, par suite, il n'est pas suffisamment expliqué par l'être et le non-être, et il reste à trouver une expUcation fondamentale de la succession. « Il est des choses qui s'excluent

LA NATURE DU TEMPS

et d'autres qui ne s'excluent pas. L'existence des choses qui s'excluent implique succession » . Tel est le cas d'un même corps occupant plusieurs positions différentes. Toute variation implique exclusion et par là même succession. « Percevoir ces exclusions réalisées, c'est percevoir la succession ou le temps ; compter ces exclusions, ces destructions dans lesquelles s'offrent à nous des choses distinctes, lesquelles s'excluent comme être et n'être pas, c'est compter ou mesurer le temps i>.

Ici apparaît une nouvelle difficulté : si la succession implique exclusion, les choses qui ne s'excluent point sont simultanées, et, par exemple, le mouvement des feuilles sur les arbres du paradis terrestre est simultané à celui des feuilles sur les arbres de nos jardins, car ils ne s'excluent point.

Assurément, « s'il existait un être, lequel, n'excluant rien, ne fût exclu par rien, cet être serait en même temps que toutes choses ». C'est pour cela que, conformément à une doctrine peut-être peu comprise par plus d'un de ceux qui l'énoncent, « Dieu est présent à tous les temps ; que pour lui il n'y a point de succession, qu'il n'y a ni avant ni après ».

Mais Dieu seul est dans ce cas ; dans l'exemple précédent, les arbres de nos jardins se rattachent à ceux du paradis terrestre par toute la suite de mouvements qui constituent le développement de tous les arbres d'où procèdent les premiers, et, de même, l'air qui agite aujourd'hui les feuilles a été mis en mouvement par un mouvement antérieur, et celui-ci par un autre...

Balmès aborde ici (chap. VIII) la question de la coexistence ; mais il la traite d'une façon très contestable, sur laquelle nous reviendrons dans le paragraphe suivant. Sa faconde parler du présent ne nous plaît pas beaucoup non plus, car il en fait l'être sans rapport ; ce qui est l'être pur et simple ne nous donne pas l'idée temporelle du présent. Quant aux idées de passé et de futur.

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