CHAPITRE tX
LÀ NATURE Dt TEMPS
Cette dernière notion a été particulièrement bien mise en lumière par Kant, dans sa troisième analogie. Empiriquement, la notion de simultanéité dérive de ce que la perception d'une chose peut suivre celle d'une autre, et réciproquement, et le simultané est l'existence de la diversité dans le même temps. « Mais on ne peut percevoir le temps lui-même, pour en conclure que les choses sont placées dans le même temps, que leurs perceptions peuvent se succéder réciproquement. La synthèse de l'imagination dans l'appréhension indiquerait seulement que chacune de ces représentations est dans le sujet quand l'autre n'y est pas, et réciproquement, mais non pas que les objets soient en même temps,... et que cela soit nécessaire pour que les perceptions puissent se succéder réciproquement. Il faut donc un concept intellectuel, touchant la succession réciproque des déterminations des choses existantes en même temps les unes hors des autres, pour qu'on puisse dire que la succession réciproque des perceptions a son fondement dans l'objet, et que le simultané soit représenté par là comme objectif. Or, le rapport des substances, dans lequel Tune comprend les déterminations dont la cause est contenue dans l'autre, est le rapport de l'influence ; et si réciproquement cette influence contient la cause des déterminations de l'autre, il est le rapport de mutuaUté, de réciprocité ou d'action et de réaction » *.
L'application de cette théorie apparaît nettement dans les phénomènes tels que ceux d'attraction mutueUe de deux corps, supposée immédiate, car tous deux sont, Fun par rapport à l'autre, dans la double relation de cause et d'eflfet, puisque chacun occasionne à l'autre une accélération et en reçoit une inversement. Indépendamment de cette simultanéité directe, on en conçoit
ment le droit de ne pas la faire et de n'envigager que dts états géométriques. Nous avons, du reste, été déjà amené à refuser une valeur propre à l'état de mouvement. (1) T. I, p. 299 et 300.
une indirecte, comme serait celle résultant de l'hypothèse de deux corps sans action mutuelle l'un sur l'autre, mais échangeant tous deux des accélérations avec un même troisième. Cet exemple est extrêmement simple, mais on conçoit sans peine l'extension illimitée des applications de ce principe des liaisons indirectes, qui fait rentrer dans un temps unique tous les phénomènes de notre univers, à supposer que les atomes n'aient pas tous une action directe sur la totalité des autres atomes.
Avant d'aborder l'étude des applications de la théorie causale du temps à diverses questions philosophiques, il nous reste à mentionner certaines objections. En voici d'abord une à laquelle Kant a pris soin de répondre : certaines causes, dit-on, peuvent être en même temps que leurs effets ; telle est, dans une chambre, la chaleur que cause un foyer allumé. Kant répond justement, bien qu'en termes peu exacts, que cela tient à ce que la cause ne peut opérer en un clin d'oeil son effet tout entier * ; mais il nous semble qu'on doit ajouter, pour être clair, que chaque phénomène d'échauffement est causé par un phénomène de combustion qui l'a réellement précédé.
Dans un autre exemple, on considère un globe posé sur un duvet comme cause de renfoncement qu'il occasionne, et Kant s'exprime ainsi : « Si je mets le globe sur le duvet, alors la dépression du duvet se détermine en conséquence de la figure polie de la boule ; mais si le duvet présente déjà un enfoncement (je ne sais à quelle occasion), alors il ne suit plus les contours de ce globe ». Pour nous, nous ferions ici une distinction : ou le duvet a du ressort et tend à se redresser, ou, au contraire, une fois comprimé, il conserve la forme qu'il a reçue. Dans ce dernier cas, le globe a causé la déformation au moment où il a été posé sur le duvet ; mais, le mouve-
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