‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 125 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ment terminé, la causalité disparaît : on peut supprimer le globe sans que la déformation cesse d'exister. Au contraire, si le duvet a du ressort, on est nettement dans un cas de simultanéité par action et réaction réciproques entre les deux objets.

Nous trouvons, d'autre part, dans la célèbre thèse de Hamelin sur les Eléments principaux de la représentation, une objection intéressante à examiner. Nous ignorons quel auteur est particulièrement visé dans le passage que nous allons reproduire ; mais la thèse critiquée est bien celle que nous soutenons. Après avoir fait ressortir la difficulté que rencontrent les théories purement qualitatives du temps à distinguer le simultané et le successif, Hamelin s'exprime ainsi : « Pour cela faire, il n'y a, ce semble, qu'une seule ressource : c'est d'emprunter à un autre penseur contemporain le critère qu'il propose pour reconnaître parmi les assemblages de qualités ceux qui garderont l'aspect de la simultanéité et ceux qui prendront l'apparence de la succession. Post hoc quia propter hoc, pourrait-on dire pour exprimer la pensée de cet auteur. En d'autres termes, le rapport de dépendance réciproque entre les diverses parties d'un tout et la liaison causale étant supposés discernables l'un de l'autre, la succession n'est que l'apparence sensible d une série causale. Car ce qui caractérise le temps est l'irréversibilité, caractère qu'on retrouve précisément dans la chaîne des causes et des effets »*. Après ce simple exposé de la thèse, vient ce commentaire : « Ainsi, quoique tous les faits soient en réalité simultanés, il y aurait une simultanéité apparaissant comme telle parce qu'on pourrait y renverser l'ordre des termes, et une autre simultanéité qui, se trouvant irréversible, passerait pour une succession ».

Ici nous cessons de reconnaître l'exposé d'une pensée identique à la nôtre. Le terme « simultanéité » est essen-

(1) Pages 58 et 59.

LA NATURE DU TEMPS

tiellement un terme d'ordre temporel, qui ne saurait trouver place là où l'idée de temps n'a pas encore été introduite. Ce n'est d'ailleurs pas une vaine querelle de mots que nous soulevons ici, car, on va le voir, Hamelin joue au contraire sur le sens intemporel * et le sens temporel qu'il prête successivement à ce terme de simultanéité sans les distinguer. Voici en effet comment il pose ensuite son objection :

« Mais, par malheur, tout ce qui est simultané est réversible et une simultanéité irréversible n'apparaîtrait jamais et à aucun degré comme simultanée : c'est-à-dire sans doute qu'elle ne le serait point, à moins qu'on ne mette derrière la pensée apparente une prétendue pensée qui n'apparaisse point ». Ne voit-on pas que dans toute cette phrase Hamelin se pose au point de vue de rhomme, d'un être doué de la forme de sensibiUté temporelle et pour lequel ce qui possède le caractère logique de succession ne peut apparaître comme simultané ? La réfutation ne repose donc que sur un emploi incorrect

de ce terme.

Enfin nous signalerons des objections formulées par M. l'abbé Nys, dans son livre sur la Notion du Temps d'après les principes de saint Thomas d'Aquin. Il commence par objecter que la succession de l'effet à la cause ne saurait se rencontrer « chez les causes dont l'activité est instantanée », faisant sans doute allusion à \ivtum dont nous parlerons dans le paragraphe suivant ; nous répondrons simplement que, pour nous, toute activité, tout changement est instantané, mais que l'effet se produit instantanément après la production instantanée de

sa cause.

« Mais il y a plus, continue M. Nys ; l'hypothèse même se trouve controuvée par les faits. Lorsque,

(1) Bien entendu, ce sens intemporel ne signifie rien autre que l'absence de succession, laquelle suppose essentiellement la forme temporelle de sensibilité.

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