‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 128 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

une autre réponse, sans que nous puissions voir ce qui Vy pousse et sans que, à notre avis, il trouve aucune raison sérieuse à opposer à l'adversaire qu'il avait si bien fait parler, sous quelques réserves que nous aurons à formuler. Voici d'abord cette prétendue objection : « On dit : Si la succession du temps implique exclusion, supprimer l'exclusion, c'est admettre la coexistence; ainsi, dans la supposition que Dieu eût créé d'autres univers, ces univers auraient été contemporains du nôtre ; en effet, ils ne se seraient point exclus ; ces divers mondes n ayant entre eux aucun rapport de cause et d'effet, nous ne pourrions leur appliquer le raisonnement dont nous nous sommes servis dans le chapitre précédent. C'est pourquoi nous devrions tenir pour impossible l'existence d'un monde antérieur au monde actuel, toutes choses devant être contemporaines, pourvu qu'elles n'emportent pas exclusion » \

Dans ce passage, disons-le de suite, il y a une chose que nous ne saurions accepter, à savoir l'affirmation que ce qui n'est ni antérieur ni postérieur à une chose lui est coexistant, car elle suppose qu'il existe entre les deux choses considérées un lien temporel. Or, précisément, ce hen fait défaut dans l'espèce actuelle, puisqu'il n'y a aucun rapport de cause et d^ effet.

En parlant ainsi, nous avons en vue le Dieu de Balmès et de la théologie cathohque. Dieu parfaitement immuable ; mais il en serait autrement avec le Dieu de Renouvier, Dieu à la pensée mobile et changeante et, par suite. Dieu temporel. Il n'y a pas de doute, en effet, que la pensée omnisciente d'un tel Dieu ramènerait à l'unité tous les temps qui, indépendamment de cette pensée, resteraient isolés les uns des autres. Mais, à nous en tenir à un Dieu immuable, nous ne saurions trouver dans sa pensée un lien entre les séries distinctes de phénomènes, car il les connaît telles qu'elles sont,

(1) Livre VII, chap. VIII, Ce qu'est ta coexistence.

LÀ NATURE DU TEMPS

c'est-à-dire comme essentiellement distinctes et sans les rattacher, comme celui de Renouvier, à une autre série, celle de ses propres états, puisque cette dernière et suprême série n'existe pas. Nous devons conclure de là, sans hésitation, que des mondes sans relations entre eux ne seraient ni successifs ni coexistants les uns aux autres : ce sont là des quahficatifs temporels qui supposent un lien dont l'absence est précisément posée par hypothèse.

Telle n'est pourtant pas la conclusion de Balmès ; nous allons voir que son argumentation, ou bien est sans portée, ou bien revient à poser en réalité un lien de causalité occasionnelle entre les deux mondes. Après avoir formulé l'objection que nous avons reproduite, il s'exprime ainsi : « Cette difficulté peut paraître spécieuse si l'on n'a parfaitement compris le sens du mot exclusion. — Lorsque je dis exclusion, je n'entends point seulement une répugnance intrinsèque; j'entends que, pour une raison quelconque, intrinsèque ou extrinsèque, l'existence d'un être étant posée, la négation de l'autre se trouve posée. Cette explication résout la difficulté. — Dieu peut soumettre à cette exclusion deux mondes entièrement indépendants ; il peut créer l'un sans créer l'autre : de là, existence du premier et nonexistence du second. Dieu peut cesser de conserver le premier et créer le second ; de là, existence du second et non existence du premier ; de là, un avant et un après, c'est-à-dire succession dans l'existence. Dieu les peut créer en même temps ; de là, coexistence. »

La discussion de ce texte est fort délicate, car on y trouve des expressions évidemment impropres, telles que : « Dieu ^Q\xi cesser de conserver », qui, au propre, mettraient le temps en Celui-ci. Il serait puéril de s'attaquer à ces expressions ; mais, en même temps qu'on les écarte du débat, il faut conserver ce qu'elles peuvent avoir de signification légitime, et la tâche n'est pas aisée. Or, ou bien, comme on le croirait à première vue,

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