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CHAPITRE IX

Balmès trouve en Dieu lui-même le principe de lavant et de Taprès, ce qui est en contradiction avec toute sa doctrine, ou bien il fait du dernier état de l'un des mondes la cause occasionnelle du premier état de l'autre monde, et alors nous sortons de l'hypothèse de deux mondes complètement indépendants \

On peut d'ailleurs noter ici comment, en développant sa pensée sur la coexistence, Balmès en fait apparaître l'inexactitude. « Deux êtres coexistent ou existent en un même temps, dit-il, lorsque l'un ne succède point à lautre. Pour concevoir la coexistence des êtres, nous n'avons qu'à concevoir leur existence. » Nous avons déjà fait remarquer que la coexistence est une idée temporelle et que, pour coexister, il faut appartenir à un même temps ; mais le rapprochement avec l'exemple précédent fait clairement ressortir, par l'absurde, la vérité de cette assertion. Etant supposés, en effet, deux mondes indépendants et non successifs, selon la conception de Balmès, chacun des phénomènes de chacun de ces mondes pourra être considéré comme coexistant à tous les phénomènes de l'autre monde, car on ne voit pas ce qui pourrait servir de base à une coexistence plutôt qu'à toute autre, puisque les deux séries sont indépendantes l'une de l'autre.

Avançant davantage dans l'étude des questions qui concernent les rapports de Dieu et du temps, nous arrivons à celle-ci : une chose peut-elle être passée ou future pour l'intelligence infinie ?« Admettre l'affirmative, dit Balmès, c'est introduire le temps dans la durée de Dieu, par où nous détruisons son éternité, qui exclut

(4) Revenant plus loin sur la même question (chap. IX), Balmès déclare qu'il ne saurait y avoir un intervalle de temps entre deux mondes successifs indépendants, mais qu'on ne peut les dire immédiats, car cela supposerait un rapport qui n'existe pas par hypothèse. Il y a là une pensée profonde, mais qui condamne l'idée de succession, comme celle de coexistence, entre deux mondes absolument indépendants.

LA NATURE DIT TEMPS

toute succession. Admettre la négative, c'est affirmer qu'une chose passée n'est point passée, puisque les choses sont telles que Dieu les connaît ». La difficulté est parfaitement posée, et nous pouvons dire que c'est surtout l'obsession de ce dilemme qui nous a poussé à approfondir cette notion du temps, ne pouvant accepter la solution bien connue de Renouvier, solution qui supprime la difficulté par la négation d'un Dieu immuable. De cette négation, en effet, le principe du nombre force à conclure à un commencement de Dieu, sans quoi celui-ci aurait passé par une infinité d'états différents, et Renouvier, avec cette droiture intellectuelle qui était son honneur, n'hésite pas à accepter cette conclusion. Mais alors, comme il le dit lui-même, ce commencement est véritablement absolu et sans raison d'aucune sorte : nouvel abîme devant lequel notre pensée recule \

Avant de montrer comment l'identification de la relation causale et de la relation temporelle résout la difficulté, voyons si la simple thèse de l'être et du non-être peut suffire à cette tâche, comme le croit Balmès. « Posons une hypothèse, dit-il : Dieu n'a créé qu'un seul être, et cet être a cessé d'exister. Dieu connaît l'existence et la non-existence de l'objet : acte intellectuel très simple, qui n'implique de succession d'aucune sorte. Par rapport à Dieu, il n'y a point, à proprement parler, de passé ; appliquée à l'objet, cette idée du passé n'exprime autre chose que la non-existence relativement à l'existence déjà détruite ; sous ce point de vue, il est facile de comprendre comment il n'y a point de passé en Dieu, mais seulement connaissance des choses passées ».

(1) Il convient de noter ici que M. Pillon a adopté une solution mixte : pour lui. Dieu était immuable avant la création, il n'y avait pas de temps et Dieu n'a pas commencé d'être ; mais le fait de la création a fait commencer le temps, et Dieu est devenu luimême temporel (voir Les Lois de la nature selon M. E. Boutroux dans la 18e Année Philosophique, 1907).

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