CHAPITRE IX
amène, sinon une régularité complète dans les phénomènes psychiques, du moins un ordre relatif entre ceux de ces phénomènes qui forment comme la base de notre vie. C'est là plus qu'on n'était en droit d'espérer, et ce que ce résultat offre d'imparfait n'a rien qui puisse surprendre.
Ainsi se trouve établi l'accord entre la conception philosophique du temps et les résultats de la science expérimentale ; ainsi se trouve écarté ce véritable cauchemar d'un irréductible duahsme entre deux notions d'un même concept. Il nous semble donc qu'à la suite de Kant et de Balmès il est possible de jeter quelque lumière sur le problème du temps. Au contraire, en commençant ce dernier chapitre de notre étude, nous avons avoué ne rien entrevoir qui pût nous éclairer sur la nature de la relation spatiale. Il ne serait du reste pas surprenant qu'il s'agît là d'une impossibilité absolue, si, par nature de la relation spatiale, on entend sa réduction à une autre relation comme celle de la relation de succession à la relation de cause à effet.
Non seulement il faut bien qu'il existe des relations premières, irréductibles à d'autres plus fondamentales ; mais il n'y aurait rien d'invraisemblable à ce qu'on fût ici en présence d'une de ces relations-là. Ne s'agit-il pas en effet de la relation fondamentale qui caractérise ce que nous appelons le monde extérieur, tandis que le temps relie indifféremment les phénomènes de tout ordre, ce qui permet de prévoir qu'il présente un caractère rationnel, simplement voilé par une forme de sensibilité?
Si l'espace au contraire est irréductible à un principe rationnel, ce n'est pas à dire que la raison ne puisse y pénétrer : à la suite du nombre, elle le régit comme nous l'avons vu, construisant a priori une infinité d'espaces. Les impressions sensibles suggèrent un choix, sans l'imposer, entre tous ces espaces possibles, et l'on voit la géométrie générale, purifiée du scandale des postulats affirmés comme vérités nécessaires, apparaître
^Jh.^ -. ^
LA NATURE DU TEMPS
comme la science apodictique des formes d'extériorité à plusieurs dimensions, tandis que la géométrie euclidienne, qui y tient une place spéciale très intéressante en soi, revêt à un autre point de vue le caractère d'une science de la nature, le choix des postulats fondamentaux étant inspiré par l'observation.
A défaut donc d'une solution d'un problème peutêtre chimérique, il semble que l'étude de l'espace apporte des lumières très intéressantes sur mainte question d'ordre philosophique ou logique.