CHAPITRE V
LE TEMPS ET L'ESPACE EN MÉCANIQUE
La mécanique comprend deux sciences distinctes : la cinématique, que Kant désignait sous le nom de phoronomie \ et la dynamique, à laquelle on réserve parfois, non sans quelque raison, nous le verrons, le nom même de mécanique. Quant à la statique, si souvent étudiée à part, elle n'est à vrai dire qu'un cas particulier de la dynamique. Il convient d'étudier séparément les deux sciences spéciales qui constituent l'ensemble de la mécamque, car le temps et l'espace lui-même y apparaissent sous des caractères bien distincts.
CINÉMATIQUE
« La cinématique étudie le mouvement au point de vue géométrique. Elle introduit cependant une notion nouvelle : le temps, dont on ne tient pas compte dans les mouvements qu'étudie la géométrie ordinaire » ' Amsi s'exprime un traité de mécanique que nous citions dans notre première édition et qui reste un des meilleurs qu'on puisse étudier.
(i) Voir les Premiers principes métaphysiques de ta science de la nature, traduction Ch. Andler et Ed Ghavannes (2) Mécanique générale, par A. Flamant, p. ilO.
Précisons d'abord ce que signifie l'expression « au point de vue géométrique », qui sert à délimiter l'objet de la cinématique. Elle marque que cette science envisage le mouvement en lui-même et abstraction faite des circonstances dans lesquelles il se produit et qui peuvent l'influencer : c'est là ce qui distingue la cinématique de
la dynamique.
Ensuite M. Flamant constate avec raison que le temps n'est pas susceptible de définition ; puis il continue dans les termes suivants qui sont de nature à provoquer bien des réflexions : « Le temps, comme l'espace, est partout « semblable à lui-même et infini. Nous ne pouvons c( nous en faire une idée précise qu'en y supposant des « repères ou époques fixes, à partir desquels nous mesu- « rons, au moyen d'une unité arbitraire, les distances « d'autres repères ou époques déterminés. — L'unité <( de temps sera un intervaUe de temps compris entre « deux instants bien définis... L'unité de temps la plus « généralement usitée en mécanique est la seconde : « intervalle entre deux passages successifs, par la verti- « cale, d'un pendule simple dont la longueur serait, à « Paris, de 8 m. 99384 ».
L'auteur n'est pas sans remarquer ce que ces repères peuvent soulever de difficultés, et il ajoute en note : « Je n'examinerai pas la question, surtout métaphysique, de savoir si cette hypothèse est ou non compatible avec la réaUté. J'admets, provisoirement, qu'il puisse exister pour l'espace et pour le temps des repères fixes par rapport auxquels j'étudie les lois du mouvement que l'on appelle le mouvement absolu. Ces lois serviront à établir ceUes des mouvements relatifs, ou par rapport à des repères mobiles, les seuls que nous puissions réellement observer ».
Ainsi voilà bien précisé qu'on va chercher à établir les lois d'un mouvement reconnu inobservable pour en déduire celles des mouvements observables. Cela ne manque pas d'étrangeté. Mais, continuant, nous voyons
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