‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 54 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE TEMPS ET l'eSPACE EN MÉCANIQUE

Renchérissant sur les conditions imposées aux mathématiciens, Aristote voulait que, pour satisfaire à la physique, chaque mouvement circulaire et uniforme eût lieu autour du centre du monde, occupé par une terre immobile.

Les Grecs se rendirent parfaitement compte qu'il est possible de « sauver les apparences » (o-wÇsiv -zh. cpawofjieva) par des combinaisons différentes de mouvements circulaires et uniformes. C'est ainsi qu'Hipparque prouva qu'on peut également représenter la marche du soleil en supposant qu'il décrit un cercle excentrique au monde, ou bien en admettant qu'il est porté par un cercle épicycle, pourvu que la révolution de cet épicycle s'effectue dans le temps que son centre parcourt un cercle concentrique au monde. Parlant de ces deux hypothèses, Théon de Smyrne fait ressortir avec insistance la vanité des discussions des mathématiciens sur le choix à faire entre deux hypothèses qui sauvent également les apparences, et Posidonius déclare qu'il est indifférent pour l'astronome de savoir ce qui est immobile. Ptolémée et Proclus ne cherchent également, en astronomie, qu'à sauver les apparences.

Il ne faudrait pas croire cependant que ce point de vue pragmatiste ait été universellement adopté, car Dercillyde, par exemple, prétend imposer aux astronomes une hypothèse conforme aux principes et rejette avec exécration la supposition d'Héraclide de Pont, qui, dit-il, arrête les corps en mouvement et met en mouvement les corps qui sont immobiles.

Quoi qu'il en soit, ce fut la tendance dominante des penseurs grecs de séparer l'astronomie de la physique et de laisser à la première toute liberté pour sauver les phénomènes. Aussi vit-on naître les systèmes les plus variés, y compris le système héliocentrique.

Mais alors on se demande comment les anciens n'ont pas préféré celui-ci au système géocentrique. « Il y a deux raisons à cette préférence, dit M. Mansion, l'une

d'ordre pratique, l'autre d'ordre philosophique. Au point de vue des prédictions astronomiques et du calcul des coordonnées géographiques terrestres, les anciens ont dû se placer, comme nous, au point de vue géocentrique. Dès lors il était naturel de rédiger le code de l'astronomie à ce point de vue, et c'est ce qu'a fait Ptolémée dans XAlmageste, avec une perfection qui a rendu très difficile le retour au système héliocentrique ».

La raison philosophique donnée par M. Mansion est précisément la séparation nette de l'astronomie et de la physique ; or, il nous semble, au contraire, que la croyance générale à l'immobilité vraie de la terre fut pour beaucoup, malgré cette séparation théorique, dans la préférence pour le système géocentrique ; en tout cas, on ne voit pas comment l'indépendance de l'astronomie et de la physique ou cosmologie pouvait induire à faire concorder l'hypothèse astronomique avec la doctrine physique.

Le génie réaliste des Arabes les fît chercher à construire des modèles mécaniques du système de Ptolémée, et cela rendit plus manifeste Técart entre son système et les idées aristotéliciennes, d'où la réaction menée par Averroès contre l'épicycle et l'excentrique qu'il déclare impossibles : « Il est donc nécessaire, concluait-il, de se livrer à de nouvelles recherches au sujet de l'astronomie véritable, dont les fondements sont des principes de physique... En réalité, l'astronomie de notre temps n'existe pas ; elle convient au calcul, mais ne s'accorde pas avec ce qui est ». Si Averroès ne remplit pas luimême son programme d'une astronomie reposant sur des hypothèses conformes à la nature des choses, c'està-dire à des principes tirés de la physique d' Aristote, son vœu fut accompli par son condisciple Al-Bitrogi, mais, il est vrai, de façon fort incomplète : ses déductions s'arrêtèrent bien avant que leurs résultats fassent susceptibles d'être comparés aux observations.

Mis ainsi en présence des admirables constructions

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