CHAPITRE V
géométriques de Ptolémée et des constructions aristotéliciennes insuffisantes d'Al-Bitrogi, les scolastiques chrétiens du moyen âge se divisèrent. On vit Bernard de Verdun et Roger Bacon, d'accord pour chercher Texpression de la réalité dans ces constructions, se diviser dans leur choix, non sans que le dernier éprouvât bien des difficultés causées par l'insuffisance des constructions arabes. Mais saint Bonaventure revint à l'enseignement des docteurs hellènes sur le caractère de l'astronomie, et saint Thomas d'Aquin formula, avec une précision singulière, ce qu'on peut considérer comme l'aboutissement de la doctrine de l'école aristotélicienne, élargie sous l'influence de la critique. Ses conclusions se résument dans les passages suivants :
« Les suppositions que les astronomes ont imaginées ne sont pas nécessairement vraies ; bien que ces hypothèses paraissent sauver les phénomènes {salvare appare/Uias), il ne faut pas affirmer qu'elles sont vraies, car on pourrait peut être expliquer les mouvements apparents des étoiles par quelque autre procédé que les hommes n'ont point encore conçu » '.
(( Au centre d'un corps qui se meut circulairement, il faut que quelque chose demeure immobile. Il est manifeste, en effet, que tout mouvement circulaire a lieu autour d'un centre fixe, car ce que nous nommons centre n'est pas quelque chose qui subsiste en soi ; c'est un accident appartenant à une chose corporelle ; ce centre ne peut être que le centre d'un certain corps. Ce corps fixe doit être une partie du monde... Mais il ne peut faire partie de l'orbe mobile, c'est-à-dire du corps céleste... Ce qui se trouve au centre est éternellement immobile, de même que le ciel se meut éternellement... Or ce qui est naturellement immobile au centre est la
(1) Ecpositio in libro Aristofelis de Cœlo et Murulo, inWh. II, Icctio XVII.
LE TEMPS ET L ESPACE EN MÉCANIQUE
terre... Si donc le ciel tourne d'une éternelle révolution, il faut que la terre existe » ^
Mais ce principe aristotélicien ne s'applique pleinement qu'à la dernière sphère céleste : « Il semble, dit saint Thomas, que les corps célestes ne sont pas tous mus de mouvement circulaire. En effet, selon Ptolémée, les mouvements des planètes s'accompHssent selon des épicycles et des excentriques, et ces mouvements-là ne se font point autour du centre du monde qui est le centre de la terre ; ils se font autour de certains autres centres. Il faut observer à ce propos qu'Aristote n'admettait pas qu'il en fût ainsi ; il supposait, comme les astronomes de son temps, que tous les mouvements célestes sont décrits autour du centre de la terre. Plus tard, Hipparque et Ptolémée imaginèrent les mouvements des épicycles et des excentriques pour sauver ce qui se manifestait au sens dans les corps célestes. Cela n'est donc point chose démontrée ; c'est seulement une certaine supposition. Si toutefois cette supposition était vraie, les corps célestes continueraient à se mouvoir autour du centre du monde pour le mouvement diurne, qui est le mouvement de la sphère suprême ; celle-ci entraîne tout le ciel dans sa révolution » ^
Tel est, peut-on dire, le point d'aboutissement de l'aristotélisme, retouché sous l'influence de la critique scientifique. Nous allons étudier maintenant un mouvement intellectuel tout différent, qui devait préparer l'œuvre
de Copernic.
Au crépuscule de la philosophie grecque, dans la première moitié du vi« siècle, brilla à la tète de l'école d'Athènes Damascius, dont le disciple Simplicius nous a conservé une théorie bien intéressante. D'abord l'univers est en un Heu et est par suite capable de mouvement local ; puis le mouvement ne nécessite pas l'exis-
(1) Même ouvrage, in lib. II. leclio IV.
(2) Même ouvrage, in lib. l, lect. III.