CHAPITRE V
LE TEMPS ET l'eSPACE EN MÉCANIQUE
vement de la terre, Cicéron lui ayant appris que plusieurs penseurs de l'antiquité l'avaient fait : ce n'étaient encore que de simples imaginations destinées à sauver les phénomènes; mais, « en donnant à la terre, continue-t-il, les divers mouvements que je lui attribue plus loin en cet ouvrage ', une observation longue et répétée m'a montré que les phénomènes relatifs à chacun des autres astres errants découlaient d'un calcul par lequel on rapportait à la terre les mouvements des astres en tenant compte de la circulation de chacun d'eux; elle m'a montré, en outre, que l'ordre et les grandeurs des astres, des divers orbes et du ciel lui même se trouvaient par là si étroitement liés entre eux qu'il devenait impossible, en aucune des parties du ciel, de déplacer quoi que ce soit, sans mettre la confusion en chacune des autres parties et dans leur ensemble ».
Comment, en bonne logique, l'hypothèse héliocentrique n'eût-elle pas paru plus probable que les autres à Copernic, selon son expression même ? Aidée par la préface d'Osiander, Ihabitude acquise put bien empêcher quelque temps qu'on ne suivît l'inventeur jusqu'à cette conclusion ; mais peu à peu la même pensée devait s'imposer, soit pour provoquer des adhésions, soit pour exciter des résistances motivées par l'impression du danger couru par la doctrine aristotélicienne. De là les discordes que raconte M. Duhem et de là la déclaration de 1616, par laquelle les théologiens du Sain t-Oftîce déclarèrent les deux hypothèses de l'immobilité du soleil et du double mouvement de la terre stultœ et absurdœ in philosophia et l'interdiction faite à Galilée d'enseigner ^aucune manière la doctrine de Copernic, c'est-à-dire même en en limitant l'objet au but de sauver les phénomènes.
Mais il est des hommes à l'esprit pondéré qui, au milieu des ardeurs de la lutte et ne prévoyant que trop
(4) Sur les Révolutions des orbes célestes.
les conséquences qu'elle peut avoir, se souviennent à propos de la doctrine qui, séparant par une cloison étanche la science et la métaphysique, permet de tout conciUer. Ces hommes sont le cardinal Bellarmin et le cardinal Barberini, futur pape Urbain VIII. « Dire qu'en supposant la terre en mouvement et le soleil immobile, on sauve toutes les apparences mieux que ne pourraient le faire les excentriques et les épicycles, c'est très bien dire ; cela n'offre aucun danger et cela suffît au mathématicien. Mais vouloir affirmer que le soleil demeure réellement immobile au centre du monde, qu'il tourne seulement sur lui-même sans courir d'orient en occident, que la terre occupe le troisième ciel et qu'elle tourne avec une grande vitesse autour du soleil, c'est chose fort périlleuse ». Puis Bellarmin ajoute que, si l'on avait de tout cela « une démonstration certaine », « il faudrait procéder avec beaucoup de circonspection. . . Mais qu'une telle démonstration existe, poursuit-il, je ne le croirai pas tant qu'on ne l'aura pas démontré » *.
De son côté, dans un entretien avec Galilée que rapporte Oregio, le cardinal Barberini, « accordant tout ce qu'il avait conçu, lui demanda s'il était hors de la puissance et de la sagesse de Dieu de disposer et de mouvoir d'une autre manière les orbes et les astres, et cela cependant de telle sorte que tous les phénomènes qui se manifestent dans les cieux, que tout ce que l'on enseigne touchant les mouvements des astres, leur ordre, leur situation, leurs distances, leur disposition, puisse néanmoins être sauvé.
« Si vous voulez déclarer que Dieu ne pourrait ni ne saurait le faire, il vous faut démontrer que tout cela ne pourrait, sans impliquer contradiction, être obtenu par un système autre que celui que vous avez conçu ; Dieu peut, en effet, tout ce qui n'implique pas contradiction ; comme d'ailleurs la science de Dieu n'est pas inférieure
(1) Lettre à Foscarini.