‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 64 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment de ce mouvement, la superficie de l'eau contenue dans le vase restera plane, ainsi qu'elle l'était avant que la corde ne se détortillât ; mais ensuite, le mouvement du vase se communiquant peu à peu à Teau qu'il contient, cette eau commencera à tourner, à s'élever vers les bords et à devenir concave, comme je l'ai éprouvé, et, son mouvement s'augmentant, les bords de cette eau s'élèveront de plus en plus, jusqu'à ce que, ses révolutions s'achevant dans des temps égaux à ceux dans lesquels le vase fait un tour entier, l'eau sera dans un repos relatif par rapport à ce vase. L'ascension de l'eau vers les bords du vase marque l'effort qu'elle fait pour s'éloigner du centre de son mouvement et on peut connaître et mesurer le mouvement circulaire vrai et absolu de cette eau, lequel est entièrement contraire à son mouvement relatif : car dans le commencement où le mouvement relatif de l'eau dans le vase était le plus grand, ce mouvement n'excitait en elle aucun effort pour s'éloigner de l'axe de son mouvement : l'eau ne s'élevait point vers les bords du vase, mais elle demeurait plane, et par conséquent elle n'avait pas encore de mouvement circulaire vrai et absolu ; lorsque ensuite le mouvement relatif de l'eau vint à diminuer, l'ascension de l'eau vers les bords du vase marquait l'effort qu'elle faisait pour s'éloigner de l'axe de son mouvement ; et cet effort, qui allait toujours en augmentant, indiquait l'augmentation de son mouvement circulaire vrai. Enfin ce mouvement vrai fut le plus grand lorsque l'eau fut dans un repos relatif dans le vase. L'effort que faisait l'eau pour s'éloigner de l'axe de son mouvement ne dépendait donc point de sa translation du voisinage des corps ambiants, et par conséquent le mouvement circulaire vrai ne peut se déterminer par de telles translations » K Ce sont là « les effets par lesquels on peut distinguer le mouvement absolu du mouvement relatif », et l'on peut en conclure que « l'es-

(1) Traduction du Chastellet, Paris, 1759, p. d3.

LE TEMPS ET l'eSPACE EN MÉCANIQUE

pace absolu, sans relation aux choses externes, demeure toujours similaire et immobile » *.

Tous les arguments en faveur de l'espace absolu tirés de la mécanique sont de même ordre que celui de Newton : tels sont ceux qui reposent sur la force vive et ses effets, sur le renflement de la terre à l'équateur ou sur le pendule de Foucault et le gyroscope * ; tel est aussi au fond celui que M. Boussinesq tire du fait que l'indépendance des accélérations par rapport aux vitesses est liée au choix des axes ^ Entre tous, le pendule prête aux développements oratoires.

On sait que^ sur la demande de la Société astronomique de France, ce pendule a été solennellement réinstallé au Panthéon en 1902 ; le jour de l'inauguration, le 22 octobre, M. Chaumié, ministre de l'Instruction publique, et M. Camille Flammarion, ont à l'envi célébré la mise en évidence d'un mouvement dont on était déjà certain, disaient-ils, mais que nous ne pouvions observer.

Cherchons à dégager nettement la portée réelle de ces arguments qu'on voit tour à tour traités de nuls et d'irréfragables. D'abord nous ne trouvons pas grande valeur dans certaines argumentations de Mach contre les raisons données en faveur du caractère absolu de l'espace. Contre l'expérience du vase de Newton, il dit : Elle « nous apprend que la rotation relative de l'eau par rapport au vase n'éveille pas de forces centrifuges apparentes, mais que celles-ci sont éveillées par son mouvement relatif par rapport à la masse de la terre et aux autres corps célestes; elle ne nous apprend rien de plus. Personne ne pourrait dire ce que l'expérience aurait donné si la paroi du vase avait été rendue plus épaisse et plus massive,

(1) /cf., p. 8.

(2) Voir la belle argumentation de Vicaire en faveur du mouvement absolu dans les Annales de la Société scientifique de Bruxelles, année 1893-1894, 2e partie, p. 283.

(3) Etude sur divers points de la philosophie des sciences.

Page 1