‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 65 sur 145 · Chapitre v · texte numérisé non relu

Chapitre v

jusqu'à avoir une épaisseur de plusieurs lieuer. Nous n'avons devant nous qu'une expérience unique et nous avons à la mettre d'accord avec l'ensemble des faits qui nous sont connus, mais non pas avec les fictions que l'on imagine » \

De même, à l'égard de l'argument tiré de l'aplatissement des corps célestes qui est indépendant des autres corps, alors que, en leur absence, d'après la thèse relativiste, la rotation est indiscernable du repos, il objecte : « Dans l'expérimentation mentale, on peut modifier des circonstances accessoires pour permettre à de nouveaux côtés d'un phénomène de se détacher de l'ensemble. Mais on ne peut supposer a priori que l'univers entier est sans influence. Si, en l'excluant, on aboutit à des contradictions, c'est une preuve de plus en faveur du mouvement relatif qui, s'il soulève aussi des difficultés, ne conduit au moins à aucune contradiction »^.

Ces raisons nous paraissent singulièrement faibles; notamment, en ce qui concerne le vase tournant, nous ne voyons pas comment on peut dire qu'il s'agit d'une expérience unique, attendu qu'on peut considérer cette expérience comme représentative d'une infinité d'autres expériences, de toutes les expériences qui mettent en jeu la force centrifuge, pourrait-on dire.

D'autre part, à propos de l'expérience du Panthéon, M. Pasquier, s'appuyant sur les déclarations des maîtres contemporains, d'après lesquels, « quand on dit qu'un corps est en repos ou en mouvement, cette proposition n'a aucun sens si l'on n'indique pas quels sont les autres corps par rapport auxquels on définit le repos ou le mouvement », conclut que, « quand on dit que l'expérience du pendule de Foucault est une preuve de la rotation de la Terre, on parle d'une façon inintelligible ))\

(1) La Mécanique, traduction Bertrand, p. 225.

(3) Revue des questions scientifiques^ d'avril 1903, p. 512. Ajoutons que M. Pasquier reconnaît hautement le privilège excep-

LE TEMPS ET L ESPACE EN MÉCANIQUE

Cette manière de s'exprimer nous paraît tout à fait exagérée, car, comme le dit Mach, tous les arguments de ce genre valent « si nous prenons a priori l'espace absolu pour point de départ »*, et dès lors il n'est pas permis de dire que les croyants en cet espace tiennent un langage inintelligible, et nous revenons à ce que nous avons dit à l'occasion de la cinématique ; mais ce que nous disions alors se trouve singulièrement renforcé au point de vue de sa valeur scientifique par le fait de la concordance des repères et du mouvement-unité auxquels conduit l'étude dynamique de l'univers avec ceux que désigne son étude cinématique.

En ce qui concerne le mouvement-unité servant à la mesure des temps, nous avons indiqué que son choix n'a pas donné lieu aux vives discussions qu'a soulevées celui des repères ; aussi est-on très porté à croire qu'on peut donner des temps égaux une définition véritable, atteignant une réelle égalité naturelle Mais Delbœuf a présenté une critique décisive du cercle qu'implique une tefle croyance : « Qu'est-ce que l'unité de temps, dit-il ? Elle est arbitraire, dit Laplace ; on prend par exemple la seconde. Mais toutes les secondes sont-elles de même valeur? Pour vérifier un mouvement uniforme, il me faut d'abord une division uniforme du temps. Mais, quel que soit le moyen par lequel je crois obtenir cette division uniforme, sa construction se fonde nécessairement sur les lois de la mécanique, et admettre ses indications comme sûres, c'est admettre impHcitement comme vraies ces mêmes lois qu'il s'agit pourtant de vérifier. Si, par exemple, je divise le temps par le mouvement oscillatoire du pendule, d'où sais-je que les oscillations du pendule sont isochrones? parles lois de la mécanique. Donc partir de l'isochronisme des oscillations du pendule pour

tionnel dont jouissent les repères liés aux étoiles fixes (même Revue, juillet 1903, p. 213).

(1) La Mécanique, p. 225.

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