‹ Étude sur l'espace et le temps [microform]Chapitre 86 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

la façon la plus précise, qu'il comparait deux univers ne différant originairement que par la quantité de matière les composant, cette matière étant distribuée de façon semblable, et il affirma de nouveau, avec beaucoup de raison, que ces deux univers ne resteraient pas semblables. S'il n'y avait que cela, nous nous serions borné à signaler l'intéressante étude du colonel du Ligondès ; mais il nous a adressé une critique que nous devons examiner.

On a pu remarquer que nous insistions sur ce que deux masses de matière dont les éléments sont en nombres différents ne sauraient être dites semblables entre elles, ce qui est du reste incontestable au point de vue où nous nous sommes placé, ainsi qu'on l'a vu d'ailleurs à propos de la force musculaire des martiens de Delbœuf. Or M. du Ligondès fait remarquer qu'il importerait peu que l'univers s'accrût * par l'addition de matériaux nouveaux ou par une majoration individuelle de tous ses éléments et de leurs distances mutuelles. Dans un cas comme dans l'autre, en effet, la masse varie en raison du cube du rapport de similitude ; mais, tandis qu'on voit de suite, dans notre hypothèse, que les vitesses moléculaires varient de même, dans l'hypothèse contraire on est induit à conserver les vitesses primitives, ce qui fausse absolument la similitude pratique des deux univers ; si d'ailleurs on posait l'hypothèse de la variation des vitesses, la divergence de constitution moléculaire irait s'accentuant. Nous croyons donc devoir maintenir notre exposé.

Dans tout ce qui précède, nous avons supposé que rien n'était changé aux vitesses angulaires, ce qui avait pour conséquence de faire varier les vitesses Unéaires et accélérations dans le même rapport que les simples longueurs. Nous allons voir qu'il existe une complète indé-

(1) 11 sagit ici d'une réduction, mais peu importe.

LE PROBLÈME DES MONDES SEMBLABLES

pendance entre celles-ci et les vitesses angulaires, les unes et les autres pouvant varier sans qu'aucun lien les unisse. Ici encore, les conceptions opposées de Renouvier nous feront mieux approfondir la question.

« Il y a, dit-il, indépendance quant à notre manière de voir, cesl-à-dire avant de consulter Cexpérience, entre l'espace..., d'une part, et, d'autre part,... le

temps » ' .

a Mais, ajoute-t-il plus loin, il n'en est plus ainsi (/nand nous regardons aux lois de la nature. La première de toutes est celle qui lie l'espace au temps dans la perception du mouvement. Gomme nous ne mesurons le temps qu'en mesurant de certains espaces parcourus, et supposés égaux pour des temps égaux, les apparences ne peuvent être conservées, pour nous, dans l'univers renflé ou réduit de l'hypothèse, qu'autant que les corps mus se retrouvent aux mêmes lieux au bout des mêmes temps. Or, ceci exige que les vitesses et leurs accélérations soient multipliées par le même facteur constant que le sont les dimensions et les distances » -.

A un point de vue purement philosophique, il y a là une pensée bien faite pour surprendre chez le chef illustre du néo-criticisme, car qu'y a-t-il de plus contraire à toutes ses tendances que de faire fléchir une conception apriorique devant l'expérience ? Ce manque de fermeté l'a induit en erreur, et il est d'autant plus aisé de le voir qu'il s'est placé à un point de vue purement cinématique.

Bien loin de le suivre dans son argumentation, nous prendrions plutôt le contre-pied de celle-ci. C'est précisément parce que nous ne pouvons mesurer les temps qu'au moyen des mouvements que les vitesses peuvent être regardées comme indépendantes des variations proportionnelles des longueurs, puisque, pourvu que tous

(1) Logique, t. III, p. 49.

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