CHAPITRE VII
les points matériels se trouvent simultanément dans les mêmes positions relatives, on devra dire que, pour un observateur intérieur au système, les mouvements se sont effectués dans le même temps, quelles que soient les variations de vitesses pour un observateur extérieur.
Du moment que les longueurs et les vitesses linéaires peuvent varier indépendamment les unes des autres, il est encore plus simple et de nature à moins prêter aux confusions, nous l'avons déjà dit, de poser Findépendance des longueurs et des vitesses angulaires, et c'est à cette conception que nous nous attacherons pour discuter les objections d'ordre dynamique que Delbœuf oppose à la thèse de la relativité du temps, dans son Essai de logique scientifique. Après avoir défini le temps mécanique comme étant un jnouvement uniforme arbitraire pris pour unité de mouvement (définition où le mot « uniforme » est de trop, puisqu'un mouvement mérite cette qualification par définition, du moment qu'on le prend pour unité de mouvement) ; après avoir, disons-nous, posé cette définition, le professeur belge reconnaît que ce temps est une quantité toute relative, mais il se hâte d'ajouter : « En est-il de même du temps
réel ? »
« Non, répond-il. Quoi que cette opinion ait d'étrange au premier abord, rien de plus facile que de réfuter scientifiquement ceux qui pensent le contraire. — Prenons le problème comme se le posait Balmès * : Si le soleil doublait la rapidité de sa course, si le même changement affectait le ciel et le sijstème terrestre tout entier, si, enfin, cette accélération s'étendait jusqu'à nous et nos idées, serait-il vrai qu'il fût impossible de percevoir le changement ? Nous répondrons sans hésiter : Non !
« Ainsi entre autres, la force centrifuge serait, à
(1) Phitosophie fondamentale, VII, 5 et 6.
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LE PROBLÈME DES MONDES SEMBLABLES
réquateur, quatre fois plus considérable qu elle ne l'est maintenant, et la différence qu'il y a entre la durée des oscillations du pendule au pôle et à Féquateur, même en tenant compte de la modification qu'éprouverait, prétendument à notre insu, le mouvement du pendule luimême, cette différence, disons-nous, changerait subitement. Ainsi, pour prendre un exemple plus frappant, si nous accélérons dans la proportion 1 : 17 tous les mouvements de l'univers, tant matériel qu'intellectuel, il n'en serait pas moins vrai qu'au pôle le pendule conserverait le même mouvement qu'il a actuellement, c'est-à-dire qu'il nous paraîtrait à nous que son mouvement est 17 fois plus lent, et qu'à l'équateur, au contraire, il cesserait complètement d'osciller, ou que la durée de ses oscillations serait infinie, puisqu'il tournerait indéfiniment autour de son point de suspension. D'ailleurs, conclut triomphalement Delbœuf, il est heureux que la science vienne contredire une assertion aussi spécieuse et qu'on est tout d'abord tenté d'adopter » ^
Eh bien ! ne lui en déplaise, la science est loin de contredire Balmès, et la raison en est tout simplement qu'il a, sans s'en douter, complètement faussé les données du problème, en oubliant d'accroître la vitesse de la chute des corps en même temps que celle de la rotation de la terre, si bien qu'il la trouve nulle en supposant l'attraction constante, quand la vitesse de rotation est accrue dans le rapport de 1 à 17. Lorsqu'on voit un penseur si profond et si savant à la fois tomber dans de telles méprises, on tremble à la pensée de celles qu'on est exposé soi-même à commettre. Ajoutons que, la réfutation qui précède ayant été insérée dans la Critique philosophique, Delbœuf sut, avec la parfaite bonne foi et la belle humeur qui rendaient si charmantes les polémiques qu'on avait avec lui, reconnaître l'erreur contenue dans son argumentation ; mais il ne faudrait pas le croire con-
(1) Pages 275 H 277.