CHAPITRE VII
LE PROBLÈME DES MONDES SEMBLABLES
demment poser Thypothèse de deux variations non concordantes, et alors il est superflu de constater que le nouvel univers différerait du premier ; on peut ajouter qu'il le ferait d'une façon qui serait peu à son avantage, car il y aurait une parfaite incohérence à la place de l'harinonie qui existe entre la matière et l'esprit. Si l'on maintient les lois de l'union de Tàme et du corps, la concordance des deux variations se trouvera par là même réalisée, au moins pour tous les phénomènes psychiques dont on a pu établir la liaison avec les états physiologiques. Quant à ceux qu'on pourrait supposer échapper à une telle liaison, on ne saurait les soustraire à la loi générale d'accélération sans jeter la perturbation la plus profonde dans le monde psychique lui-même.
M. Bergson, dans sa célèbre thèse sur les Données immédiates de la conscience, se prononce pour une différence essentielle entre la durée « réelle » et la durée de la mécanique : « Supposons un instant, dit-il, qu'un malin génie, plus puissant encore que le malin génie de Descartes, ordonnât à tous les mouvements de l'univers d'aller deux fois plus vite. Rien ne serait changé aux phénomènes astronomiques ou, tout au moins, aux équations qui nous permettent de les prévoir, car, dans ces équations, le symbole t ne désigne pas une durée, mais un rapport entre deux durées, un certain nombre d'unités de temps, ou, enfin, en dernière analyse, un certain nombre de simultanéités ; ces simultanéités, ces coïncidences se produiraient encore en nombre égal ; seuls, les intervalles qui les séparent auraient diminué ; mais ces intervalles n'entrent pour rien dans les calculs. Or, ces intervalles sont précisément la durée vécue, celle que la conscience perçoit ; aussi la conscience nous avertirait-elle bien vite d'une diminution de la journée, si, entre le lever et le coucher du soleil, nous avions moins duré. Elle ne mesurerait pas cette diminution, sans doute, et même elle ne l'apercevrait peut-être pas tout de suite sous l'aspect d'un changement de quantité; mais elle
constaterait, sous une forme ou sous une autre, une baisse dans l'enrichissement ordinaire de l'être, une modification dans le progrès qu'il a coutume de réahser entre le lever du soleil et son coucher * ». On voit ce que cette conception a d'original : tous les phénomènes psychiques semblent participer à l'accélération du monde matériel, puisqu'aucun bouleversement ne se manifeste, mais, cependant, la durée véritable restant la même, le développement intime de la conscience se trouve moindre dans la nouvelle journée. Des hypothèses de ce genre sont irréfutables, au sens strict du mot ; mais on peut montrer qu'elles sont purement gratuites. Il y a, sans doute, une observation profonde dans cette remarque d'une sorte de durée intime nécessaire au développement de la conscience : le temps est nécessaire à celle-ci pour s'assimiler tout ce qui la nourrit, pour ainsi dire. Mais ici encore tout n'indique-t-il pas que le physique et le moral sont profondément unis ? Cette assimilation psychique ne correspond-elle pas à ces phénomènes de nutrition nécessaires à la constitution de la mémoire, comme l'a si bien montré M. Ribot? Or, ces phénomènes sont physiques et participent à l'accélération mécanique • d'où il suit que les consciences mûriront, pour ainsi dire, plus vite, aussi elles, et ne ressentiront point cette baisse qu'imagine M. Bergson.
Sans doute, on ne saurait, en pareille matière, repondre d'une façon démonstrative, parce que, comme le disait Malebranche, nous n'avons pas d'idée claire de notre âme et de ses modalités, en sorte que chacun fait une réponse conforme à ses tendances et fatalement entachée de subjectivité. Sous cette réserve, nous ne pouvons que déclarer ne voir aucune raison pour qu une accélération proportionnelle de tous nos états dame nous fût perceptible. Le sentiment du temps tient a bien des choses : le nombre des états psychiques et aussi leur
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