CHAPITRE VII
lA RÉVERSIBILITÉ DU MONDE MATÉRIEL
à 10*^ années à partir de leur mélange qu'il y aurait probabilité de pouvoir observer une séparation partielle des deux gaz, séparation qui aurait d'ailleurs toute chance de disparaître ensuite *.
Ceci nous montre combien le mécanisme, pris au sens le plus étroit, est peu contraire au principe de la dégradation de rénergie, si l'on ne voit dans celui-ci qu'une loi expérimentale et non un principe métaphysique. Pour nous, d'ailleurs, qui croyons à la fin nécessaire du temps (voir chap. IX), il apparaît dès lors que la production d'un monde réverti ne s'impose nullement, même dans l'hypothèse du mécanisme au sens étroit du mot.
Nous ne saurions insister davantage, car nous nous sommes déjà un peu éloigné de notre sujet. Ce qui nous a amené à parler de la réversibilité, c'est, en effet, la difficulté ou mieux l'impossibilité qui paraît en résulter de distinguer l'avant de l'après, le passé de l'avenir. Or, nous avons vu que, même en admettant l'existence de la réversibilité directe, la seule qui donne lieu à la difficulté en question, l'enchaînement des phénomènes naturels ne présente pas le même caractère, suivant qu'on le considère dans un sens ou dans l'autre : nous n'avions pas autre chose à montrer, et, si l'expérience amène à repousser absolument cette réversibilité, cela ne fera que supprimer une difficulté. En résumé, si la notion complète du temps suppose peut-être la considération des phénomènes psychiques, on ne saurait dire sans exagération que la mécanique, même restreinte à la considération de forces fonctions des seules distances, soit impuissante à servir de base à cette notion.
Nous ne pensons pas, d'ailleurs, qu'il y ait lieu d'insister sur le caractère franchement absurde que pré-
senterait le monde moral supposé réverti ; comme, du reste, il existe une liaison intime entre les deux ordres de phénomènes, on voit qu'on ne saurait admettre la réversion des phénomènes matériels avec le maintien des lois qui constituent ce qu'on appelle l'union de l'âme et du corps. Du moment qu'on sort de la physique pour entrer dans le domaine de la psychologie, le temps prend un caractère nettement déterminé, tenant à ce qu'il y est impossible, en général, de renverser la liaison causale qui unit deux phénomènes.
(1) Leçons sur la théorie des //ar, traduction Galatli etBénard, t. II, p. 249. On aurait mieux senti Ténormité du nombre d'années si nous l'avions écrit au moyen de l'unité suivie de dix milliards de zéros, mais cela eût grossi notre volume de plus de 6 millions de pages.