‹ Étude sur l'évolution anatomique et clinique des Anévrysmes de la pointe du cœurChapitre 7 sur 22 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les maladies du cœur restent longtemps inconnues, comme on peut le voir en lisant les traités que nous ont laissés les anciens ; fait d'autant plus extraordinaire, qu'on y trouve l'étude souvent remarquable d’affections moins importantes, mais dont on s’étonnera moins sion considère que pour les anciens le cœur était un organe sacré auquel ils n’osaient toucher: à ce respect il faut joindre l'ignorance de l’anatomie et de la physiologie due au manque de dissection et d’autopsie.

Ainsi s'explique cette ignorance des altérations du cœur, dont la pathologie tout entière se perd dans les trois espèces symptomatiques, asthme, palpitations, hydropisies.

En 1482, les dissections anatomiques sont enfin autorisées et l’anatomie fait un grand pas, mais ce n’est qu’au siècle suivant que Vésale aidé de Titien donne la vraie position et une étude plus exacte du cœur : Eustachi, Paul Scarpi, Fabrice d’Aquapendente étudient les valvules et les communications des artéres et des veines.

Servet, Columbas, entrevoient la circulation pulmonaire :

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Harvey en 1628, fait paraître son ouvrage sur la circulation ; à partir de cette époque les recherches anatomiques et physiologiques ne roulent plus que sur des détails. Sénac, Bouillaud, Gudÿ, achèvent l’étude de la structure du cœur, ses dimensions et ses cavités ; l'épaisseur de ses parois, son volume, son poids, l'influence des âges et des sexes sont dans la première partie

de ce siècle le sujet des recherches de Bouillaud, de Piorry, Rigal, ete.

Les premiers états pathologiques qui frappent les observateurs sont les dimensions supérieures du cœur, par rapport à son état normal, ils les désignent sous le nom de dilatation (Mussa et

-Vésale, Bouillon et Laurent) et plus tard sous celui d’anévrysmes (Lancisi. De motu cordis et anevrysmatibus cordr, 1733).

En 1760, paraît l'ouvrage de Morgagni sur les dilatations du cœur (Causes et sièges des maladies).

Sénac, en 1749, avait publié un traité complet sur la Séructure et les maladies du cœur.

Dans ses dix-septième et dix-huitième lettres, Morgagni donne un aperçu rapide des cas de dila-

tation du cœur connus avant lui, ceux de Valsava, d’Albertini, et enfin ceux qu’il a observés luimême et leur donne le nom d’anévrysmes.

Senac, dans son sixième livre, après avoir fait connaître la structure et la physiologie du cœur, étudie ses maladies, mais il confond comme Lan-

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cisi et Morgagni, anévrysme et dilatation ; il reconnaît que cette lésion est plus fréquente à gauche qu'à droite.

En 1806, Corvisart fait paraitre son Essai sur les maladies du cœur et des gros Vaisseaux, où il étudie les altérations des tissus fibreux, séreux et musculaires, c’est à ce dernier qu'il rattache la dilatation qu’il appelle anévrysme, après Lancisi, Senac et Morgagni. Il donne même aux dilatations une importance exagérée ; pour lui, il existe deux espèces d’anévrysmes : à la première appartient la dilatation avec épaississement des parois, et augmentation de la force de circulation, c’est l’anévrysme actif; à la seconde, la dilatation avec amincissement de la paroi et diminution de l’action de l’organe, c’est l’anévrysme passif. Il établit par de nombreuses observations que le ventricule gauche est plus fréquemment atteint, et montre le grand rôle des obstacles à la cireulation, dans la pathologie cardiaque, mais la confusion entre l’anévrysme et la dilatation persiste. Ce n’est que plus tard que ce mot anévrysme est appliqué à une lésion constituée par une dépression ou diverticule du cœur communiquant avec ses cavités. Ainsi pour les anciens l’anévrysme du cœur et la dilatation ne faisaient qu’un, actuellement la désignation d’anévrysme du cœur ne s’applique qu’à la dilatation partielle d’une de ses cavités.

La première observation qu’on ait de cette

lésion remonte autant qu'on peut en juger par la description de l’auteur à Guzman Galeati, en, 1757 : Ja même année Hunter trouve un anévrysme de la pointe chez un homme mort subitement.

.Breschet en 1827 étudie ces faits Sous le nom d’ abcès du cœur.

Corvisart ii sur les maladies du cœur), n’en a vu qu’un cas, qu'il regarde comme « très extraordinaire et même unique » ; nous avons vu que cet auteur confondait la dilatation. et l’ané- vrysme.

Laënnec n’en avait vu que deux cas (Auscult. 2-3, p. 132) ; cependant én 1827 Breschet en réunit dix et Ollivier dix-sept en 1834.

Bouillaud, dans son Traité des maladies du cœur, cite les cas de Corvisart, ceux du mémoire de Breschet, de MM. Maurice Reynaud, Peti- Sny:

-Delaberge et Monneret (Compendium de médecine pratique, NII) ajoutent de nouveaux faits. Quelques années plus tard, les cas deviennent plus fréquents, on en trouve des exemples dans presque tous les ouvrages de médecine, surtout d'anatomie pathologique, nous citerons en parti- | eulier les Bulletins de la société anatomique de Paris. Leudet publie un cas dans les Bulletins de. la Société de Biologie, mais le traité le plus important et le plus complet sur cette question est celui de Thurnam (London medical, chirurgical, Transaction) ; nous mentionnerons également

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lé mémoire de Graigie en 1843, les travaux de Mercier en 1840, de Loebl la mème année (Comment. anat. path. de anevrysmate cordis, sic dicto partiale) ; la thèse de Hartman de Stras- “bourg en 1846: le Traité des maladies du cœur de Bouillaud et l'anatomie pathologique de Cruveilhier en 1852. L'année suivante Forget de Strasbourg publie une leçon clinique sur les anévrysmes du cœur (Gazette des hôpitaux de Paris, 1853), et son Précis des maladies du Cœur. Le A l'étranger il faut citer avec Thurnam, Quain, Wilks, Peacock, Wardell, en Angleterre, Rokitans- : ky; Karl Huber, Beck, Ziegler, Virchow, après Cruvelhier, Charcot, Vulpian, Potain, Mercier, Fredet, Meuriot, Ollivier, Lancereaux étudient la question qui est traitée à fond en 1867 par Pelvet danssa thèse,travail demeuré classique, résumant les connaissances de cette époque. Puis viennent en 1868 les observations de Guzal, de Joffroy et Bourneville publiées dans les Bulletins de la société anatomique,.celle de Decornière : en 1869 le mémoire de Le Piez, sur les ruptures du cœur, la dégénérescence calcaire et l’athérôme des coronaires, suivi des cas de MM. Pozzi et Hallopeau. Les articles du Dictionnaire Jaccoud par Maur. Reynaud, et du Dictionnaire Dechambre, par Renduet Potain et en 1872 un mémoire de Durozier (Bulletin de la Société de médecine de Paris), sont suivis des recherches de Wickam Legg, d’un nouveau tra-

ti vail de Lancereaux, 1873, et en 1881 de la thèse de Laurand, précédée en 1879 des observations de Sainton et Netter.

Le mémoire de Peabody en 1881 et 1882, les travaux de Leyden, 1884, de Karl Huber, et de Rosenbach en 1886, pour ces derniers cette lésion serait due à l’altération des coronaires.

En France, paraissent les travaux de Cornil et Ranvier, pour eux l’anévrysme des parois du cœur est dû à une dégénérescence graisseuse produite par une inflammation du myocarde et de l’endocarde.

Hyp. Martin, Huchard et Weber (1887-1888) se - rattachent à l'opinion de Karl Huber : viennent ensuite les mémoires de Robin et de Constantin- Paul. Rendu, en 1887, se basant sur un cas personnel, sur l’opinion de Thurnam et l'observation de Pelvet, due à M. Vulpian, voit dans l’anévrysme du cœur le résultat d’une péricardite adhésive partielle.

En 1888, Odriozola dans sa thèse sur le cœur __ sénile, faite sous l'inspiration de Letulle, se rattache à l'opinion de Karl Huber, de Huchard et de Hyp. Martin.

Nous devons enfin ajouter dans ces dernières années, le Traité des maladies du cœur de G. Sée (1889); en 1890, la thèse de Nicolle sur les affections du myocarde et les scléroses cardiaques, celle de Thérèse en 1892, sur les myocardites ; le mémoire de Lop sur les anévrysmes du cœur,

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“paru la même année: enfin les mémoires de Rigal et Cuffer (1893) sur les myocardites, ouvrages qui complètent l’histoire de cette lésion, et auxquels viennent se joindre lés cliniques faites à la Pitié et à l’Hôtel-Dieu (1879-1893) de Lancereaux.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

L’anévrysme de la pointe du cœur est une affection de la seconde moitié de la vie, puisqu'on la rencontre surtout chez des gens de 50 ans; toutefois on la rencontre également chez des personnes moins âgées, même au-dessous de 40 ans, exerçant des professions pénibles et nécessitant de grands efforts.

Depuis Rokitansky, Peacock, Cruveilhier, Forget, elc., on admet généralement que l’anévrysme de la paroi ventriculaire est le résultat secondaire d’une myocardite interstitielle chronique, amenant l’atrophie et la disparition des fibres musculaires du cœur, remplacées par du tissu embryonnaire de nouvelle formation. Ce tissu conjonctif se modifie à son tour et se transforme en tissu fibreux plus ou moins condensé, transformant la paroi du cœur en une membrane mince, peu élastique, dénuée de contractilité. Si cette myocardite est bien connue il n’en est pas de même des causes premières qui la produisent et la localisent en une région circonscrite du cœur. On a invoqué tour à tour l’endocardite (Bouillaud), le rhumatisme et le paludisme (Lancereaux, Arch.

de méd. 1879), la syphilis (Corvisart, Lancereaux, Virchow), l’artério-sclérose, sans qu’on puisse affirmer que telle ou telle de ces affections soit. la cause probable de ces anévrysmes. |

Corvisart et Breschet admettent une déchirure d’une couche interne de la substance musculaire, due à de l’endocardite. | Rs Dance admet la même opinion, mais la déchirure doit, selon lui, être précédée d’un ramollissement partiel.

Laënnec, dont l’idée est partagée par Bouillaud, veut une ulcération de la membrane interne du cœur. Maur. Raynaud ne croit pas à une rupture des fibres musculaires, elles sont simplement refoulées, pour lui « cet état dépend uniquement de laltération de la membrane interne du cœur, distendue par le sang et dilatée en sac lors des contractions du ventricule ».

Rokitansky voit dans l’anévrysme de la paroi ventriculaire une lésion consécutive à une myocardite interstitielle chronique, sous son influence il y aurait atrophie des éléments du myocarde, qui disparaissent en même temps que du tissu fibreux apparaît et se substitue aux éléments vasculaires. |

Pour Cruveilhier, cette lésion ne serait jamais. due à une altération de l’endocarde, comme le veut Breschet, bien que l’endocardite puisse en être le point de départ; Peacock, Forget, Rokitansky et Virchow se rallient à cette opinion,

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