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acte courageux, puisque, huit jours plus tôt, ce savant avait recu du cardinal Bellarmin l’ordre d'abandonner la doctrine du mouvement de la terre; le 5 mai suivant, la congrégation de l'Index condamnait donec corrigatur Youvrage de Copernic De revolutionibus orbium coelestium. Après la mort de Cesi (1630), le plus influent d’entre eux, les Zincer virent leur activité interrompue, faute de ressources financières et surtout de bonnes volontés. En 1633, les études qui auparavant n'étaient que suspectes devinrent périlleuses. Les membres de la docte assemblée perdirent tout espoir de la rappeler à son premier éclat. Ils observèrent désormais un silence prudent. En 1651, ils n'étaient plus que trois, lorsque parut le Tesoro Messicano, illustration de l'histoire naturelle du Mexique. C'était, il est vrai, la reprise d’une œuvre commencée jadis par eux, et déjà parue incomplète en 1630. Mais, fort peu audacieuse, elle ne pouvait porter ombrage aux péripatéticiens. L'académie n'allait plus revivre qu’en 1745, grâce au zèle de Bianchi, mais à Rimini, non à Rome. Dans cette dernière ville, elle ne fut pas reconstituée (1) avant 1801.
Tant d'événements malheureux survenus après 1633 semblent encore moins tristes que la demi-trahison de quelques amis de Galilée. Ils se refroidirent du jour même où celui-ci fut sérieusement menacé (2), ne le renièrent sans doute pas en termes formels, mais admirent qu'il avait, en effet, commis une grave erreur scientifique, en croyant au mouvement de la terre. Leur faiblesse fut compensée par la fidélité de disciples moins pusillanimes. :
Mais à ces derniers même s’imposa une prudente réserve. Charles Rinaldini (3), professeur ordinaire de philosophie à Pise, entre 1649 et 1663, expliquait à ses élèves les doctrines non seulement de Gassendi, mais encore de Galilée (4) ; toute-
(1) Breve storia, etc., ouv. cité, page 97.
(2) Sur ces renégats et sur la noble conduite, au contraire, de Castelli, voir pages 7 et suivantes des Saggi di naturali esperienze fatte nel l'Accademia del Cimento. Terza edizione Fiorentina, preceduta da notizie storiche dell” Accademia stessa, e sequitata da alcune aggiunte. Firenze dai torchi della Tipografia Galileiana 1841.
(3) Page 20 du Saggio di Stor. lett. Fiorentina del sec. X VIL, scritta da G. Nelli.
(4) On ne nous dit du reste pas lesquelles; mais le fait lui-même qu'il donnait cel enseignement presque en secret est éloquent.
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fois, où déployait-il une telle audace? Dans des leçons particulières. À la date relativement avancée de 1665, on peut en dire autant d'Antoine Oliva (1). Il commentait à un futur savant, Laurent Bellini, et à Vincent d’Ambra, les textes du maitre, non pas à Pise où il occupait une chaire, mais à Florence, quand, invité par le grand-duc Ferdinand, il habitait en été le palais Pitti. Toute tentative plus hardie se trouvait condamnée, pour le moment du moins, à une déplorable impuissance.
Entre 1657 et 1662, le curateur de l’Académie de Pise, Quaratesi, était tout dévoué aux idées nouvelles. Connaissant les bonnes dispositions de Ferdinand IE, il insista pour que, dans cette université, fût professée la physique telle que la comprenalent Galilée et les modernes (2). « Bien entendu, disait-il, cet enseignement se poursuivra sans la moindre irrévérence envers le passé, mais dans le seul dessein de montrer en quoi nos devanciers ont erré, d'établir en somme que la Toscane, elle aussi, a son Platon et son Aristote. Le nouveau poste ne sera confié qu'à un homme jouissant d’un grand crédit en Italie et dont la valeur puisse imposer à tous. » Il ajoutait que le choix de Rinaldini lui semblait tout indiqué. Langage adroit, puisque Quaratesi savait son candidat très en faveur auprès de Ferdinand II (3). Malgré tout, celui-ci ne donna pas suite à ce projet : il ne se crut pas assez fort pour braver en face les amis de la routine.
Quant à Léopold de Médicis, frère du grand-duc, ce n’est pas la bonne volonté qui lui manquait. En 1658, il écrivait à un savant de l’époque, Jean-Alphonse Borelli, qu'il voulait « opérer quelque chose à Pise ». Mais cette promesse laissait tout à fait sceptique son correspondant. Celui-ci n'ignorait pas la puissance des péripatéticiens qui entouraient le prince (4).
(1) Page 14 du Saggio di Storia lett. Fior.
(2) Historiae Academiae Pisanae vol. TIT, ouv. cité, p. 17. (3) Id. p. 393 et suiv.
(4) Lettre de Borelli à Viviani, Pise le 7 janv. 1658, publiée par le prof. Alexandre Paoli. La scuola di Galileo nella storia della Filosofia. Partie I, page XCVIL, ouv. cité. On y lit : « Midisse che voleva operar qualche cosa qui in Pisa, ma io perd ci ho poca speranza : prima per esser circondato da Peripatetici li quali occupano tutto il tempo in quei loro spropositi ». — Dès 1657, le prince Léopold opéra quelque chose, mais à Florence, dans une académie toute privée.
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Néanmoins, les exemples d’Oliva, de Rinaldini, de Quaratesi et de Léopold dénoncent, en Toscane, chez les partisans des modernes, aux environs de 1660, une impatience non douteuse. Elle se contient, certes, et n'ose éclater : la sentence du Saint-Office contre Galilée pesait encore lourdement sur la liberté philosophique. En 1662, une publication faite sous le patronage d’un maître de l’Académie pisane, Albizzini, prouve une audace un peu plus grande : on n'y dissimule pas combien on admire Galilée (1). Autre événement significatif : Bologne, sept ans plus tôt, vit paraïtre un recueil d'ouvrages de l’immortel savant. Le lecteur n’y trouve pas, il est vrai, le dialogue condamné, non plus que la lettre à Christine de Lorraine, mais des travaux imprimés jadis sans difficulté, et des opuscules inédits ne présentant aucun rapport avec la doctrine de Copernic. La tentative n’en était pas moins contraire à une défense formulée autrefois par l’Inquisition (2). Cependant, à force d’adresse patiente, l'éditeur et ses amis parvinrent à triompher des obstacles que leur opposa d’abord l'autorité ecclésiastique (3).
Quelques années après, vit le jour un important ouvrage qui expose une partie des recherches expérimentales librement faites à Florence par des savants fidèles à la mémoire de- Galilée.
(4) Philosophica asserta ex lucubrationibus. praestantissimi viri Galilei deprompta, publice discutienda proponit Jo. Cosimus Villifranchi Volaterranus, patrocinante Excell. Domino Jo. Andrea Albizzini Florentino in Pisana Academia Extraordinariam philosophiam publice profitente, serenissimo Ferdinando II. M. E. D. dicata, Pisis, 1662.
(2) On se rappelle, en effet, qu'après la condamnation, le Saint-Office avait défendu qu'on imprimât désormais aucun ouvrage de Galilée. Voir p. 4. IL y avait eu quelques très légères dérogations à cette défense en 1640 et 4649. Voir les n°° 475, 227, 228 dans A. Carli e A. Favaro Bibliografia Galileiana. Roma 1896 (Vol. XVI des Indici e Cataloghi publiés par le ministère de l'Inst. pub.).
(3) À Favaro. Documenti inediti per la storia dei manoscriti Galileiani, ecc. Roma 1886; (pages 80-92). — L'édition en question est : Opere di Galileo Galilei linceo, nobile fiorentino, già lettore delle matematiche nelle università di Pisa e di Padova, di poi sopraordinario nello studio di Pisa; Primario filosofo, e matematico del seren. mo Gran Duca di Tos- Cana. In questa nuova editione insieme raccolte, e di varii trattati del l'istesso autore non più stampati accresciute. Al Seren. mo Ferdinando I] Gran Duca di Toscana. In Bologna, 1655-56.