‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 23 sur 77 · SAN · texte numérisé non relu

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l'aide de quelques renseignements épars, la doctrine du savant ancien.

Comment des hommes dont l’amour-propre était si vif auraient-ils pu se plier, sans murmure, au renoncement qu’imposait l’usage du Cèmento ? Etre l’auteur d’une féconde hypothèse, d’une remarque originale, d’un ingénieux appareil, et se voir contraint à garder l'anonymat: c’est un sacrifice auquel on a peine à se résoudre. Or, au grand regret du prince Léopold, Borelli commit l'erreur de réclamer comme siennes des inventions qui devaient rester le patrimoine commun de l'académie. A la suite de ces tiraillements et de quelque autre incident-dont on parlera plus tard, il quitta la Toscane en 1667 ; ilallégua des raisons de santé, et seretiraà Messine. Il y prit part à des troubles politiques et dut se réfugier à Rome (1). Dans cette ville, la reine Christine, sa protectrice, ne parvint pas à lui rendre la fortune favorable, puisque, déjà vieux, il en fut réduit, pour ne pas mourir de faim, à enseigner les mathématiques aux novices, chez les Scolopi. Il mourut misérablement en 1680. Il avaittenté, mais en vain, de retrouver un poste en Toscane (2). Ses anciens bienfaiteurs n’oubliaient pas son humeur hautaine et capricieuse. Du moins, le jugèrent-ils toujours un fort honnête homme.

Tel ne fut pas le cas d'Antoine Oliva (3). Par l’étrangeté de

(1) Voir G. Oliva : Abolizione e rinascimento della Università di Messina, dans la public. citée CCCL anniv. della Univ. di Messina.

(2) C’est ce qu'atteste F, Redi, grand ami des princes Ferdinand et Léopold. Le savant Bellini lui avait demandé conseil. On lui proposait la chaire d'anatomie de Padoue. Fallait-il accepter ? Redi répond non et ajoute : « Ed il Borelli, se vogliamo confessarla giusta ; non si è egli poi pentito di essersi, con tanto dispiacere del Granduca Ferdinando, licenziato da Pisa? e per confessarla altresi giusta, non istuzzicd eglii suoi ferruzzi per tornarvi? Oh, mi dirà V. S. io non ne so niente : Lo so io, e lo so di certo, se non lo sa V. Sig. E. l'Uliva ? Non ragioniam di lui, ma guarda, e passa. » Lettere di Francesco Redi Patrizio Aretino. {4 edizione Fiorentina Accresciuta di quelle altrove finora pubblicate e di quelle non pubblicate che si sono potuto ritrovare. Tomo primo. ln Firenze l'anno MDCCLXXIX. Per Gaetano Cambiagi Stampatore Gran lucale (p. 91, al Signor Lorenzo Bgllini).

(3) Sur Oliva qu'on nomme aussi parfois Uliva, voir Saggio di Storia, letteraria Fiorentina del secolo XVII, scritta..……. da G. Clemente Nelli (BAL reteuN. Historiae Academiae Pisanae volumen IIL, p. 613 et suiv.: — Saggi di naturali Esperienze fatte nell Accademia del Cimento. Terza edizione Fiorentina, p. T5.

ils

sa conduite, ce membre du Cémento fournissait trop d'armes aux péripatéticiens, toujours à l'affût des moindres fautes commises par leurs adversaires. Chargé d’enseigner la médecine à Pise, il se borna, comme leçon d'ouverture, à lire un vieux discours de Muret, qu'il donnait comme sien. Forzoni Accolti l'en blâmant, il répondit : «Je ne veux point parler mal et je n'ai pas la prétention de mieux parler que Muret. Du reste, combien s’apercevront de ma supercherie ? ».— Cet homme peu scrupuleux n'avait pas toujours été professeur. D'abord théologien du cardinal François Barberini, il s'était aliéné ce prélat par ses indélicatesses. Retourné dans sa patrie, en Calabre, il se fit le chef d’une troupe de rebelles, partisans du duc de Guise. C’est après cette équipée que Ferdinand II l’accueillit en Toscane, à cause de son habileté dans les sciences expérimentales. Oliva ne sut pas garder sa chaire de Pise. Un affront reçu dans cette ville l’en éloigna pour toujours. La grande-duchesse donnait une fête. On ne sait pourquoi les gardes allemands refusèrent l'entrée de la salle à Oliva et à Borelli; ils les chassèrent même, en les menaçant de leurs hallebardes. Cet incident venu après beaucoup d’autres aurait, paraît-il, déterminé les deux savants à quitter la Toscane. Oliva le fit d'autant plus volontiers que, juste alors, il redoutait les représailles d’un certain comte Annibal de la Molara insulté par lui dans un débat littéraire. Il était ainsi puni de ce caractère agressif qui l’engageait dans des contestations peu courtoises même avec Ferdinand Il. Retiré à Rome, il finit mal. On le considéra comme l’âme d’une académie nettement hostile aux croyances spiritualistes. Arrêté sur l’ordre du Saint- Office, 11 commença par protester de son innocence; mais, lors d’un second interrogatoire, il s’approcha d’une fenêtre et se précipita dans le vide.

Comme président du Cimento, le prince Léopold n’eut pas seulement à souffrir du naturel ombrageux et acerbe de quelques-uns de ses collaborateurs. Il fut en butte à l'hostilité des jésuites. Les séances étaient privées, mais des indiscrétions tenaientces religieux au courant des recherches qu’on yopéraitet qu'ils tâchaient de contrôler. Comme souvent ils connaissaient les seuls tâtonnements malheureux par où passaient la docte assemblée, ils essayaient de la décourager à force de ridicule.

De plus (L), ils recouraient à la menace. Si jamais le Cêmento s’avisait de publier un compte rendu qui choquât le moindrement la Compagnie de Jésus, celle-ci ne manquerait pas de prendre les armes : ils en faisaient avertir l’un des académiciens, Charles Rinaldini. Ce professeur ne se laissait pas intimider. Si on attaquait, disait-il, les savants groupés autour de Léopold de Médicis, ils sauraient se défendre. Que pouvaient ils craindre? Ils n’avaient aucun doute sur la valeur de la méthode expérimentale, ni sur les résultats obtenus par eux grâce à elle. Vraiment, les jésuites en venaient à une audace intolérable ! Qu’un prince voulût satisfaire ses goûts, il s’exposait au contrôle indiscret de ces effrontés censeurs !

Une telle malveillance n’empêcha certes pas les membres du Cimento de communiquer au public leurs travaux, mais elle les rendit prudents. Pour donner prise, le moins possible, aux censures impitoyables d’un ennemi aux aguets, on dut hésiter longtemps sur le choix des expériences qu’on décrirait dans le livre projeté. Ensuite, chacun des académiciens (2) corrigeait les épreuves. On les soumit, en outre, à deux puissants personnages, le cardinal Sforza Pallavicini et le pape Alexandre VII (3). Celui-ci mourut avant l'impression complète, mais il s’était déclaré content des feuilles mises entre ses mains. Déjà le prince Léopold lui avait aussi fait voir quelques-uns des instruments dont se servait la société florentine (4). Enfin

(1). Nous résumons etcommentons une lettre de Charles Rinaldini (Pise, le 7 mars 1658), publiée par le professeur Alexandre Paoli. La scuola di Galileo nella Storia della Filosofia. Parte 1, p. XOVII. — On y lit entre autres choses : «[o ho risposto all’ambasciatore quale credo con ragione poterlo chiamar cosi, che se loro averanno uomini, i quali sapranno rispondere, etc., et altri averanno quelli a’ quali dà l’anima di replicare in ogni caso che siamo per venire a questo ; ma che fra tanto non pensino di voler metter paure con quel loro Berettone : perchè la paura in questo caso sendo figlia del poco sapere, se la pigli chi vuole. Un principe non si puol prendere i suoi gusti, che ci voglion dar di naso;... loro vorrebbero sfacciatamente toccar ogni uno; e non vorrebbero nè meno per ombra esser tocchi ».

(2) On les fit même revoir par un correspondant habitant Rome, Michel- Ange Ricei. — Voir Saggi di naturali esperienze, éd. cit., p. 83.

(3) Lettre d'Oct. Falconieri, 26 juillet 1684, à la page 83, vol. L Delle lettere familiari del conte Lorenzo Magalotti e di altri insigni uomini à lui scritte, In Firenze MDCCLXIX.

(4) Id. vol. I, p. XX, dans la vie de Magalotti. — Celui-ci composa un

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