‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 24 sur 77 · HO) ES · texte numérisé non relu

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les Saggi di naturali esperienze, que rédigea le comte Laurent Magalotti, parurent en 1667 (1).

Sans doute, trois ans plus tôt, François Redi, membre du Cimento, avait déjà fait imprimer un opuscule (2), d'où l’on pouvait déduire la méthode de la moderne école italienne et sur lequel nous aurons occasion de revenir. Mais il portait la signature de cet unique naturaliste. Les Saggr, au contraire, résumentles recherches d’un groupe d'élite; ils serecommandent du prince Léopold et lui sont dédiés : juste hommage à celui qui avait su grouper et faciliter les bonnes volontés, ne reculant devant aucun sacrifice de patience et d'argent. Non seulement, la préface réclame pour les savants le droit d'étudier la nature, sans s’incliner devant aucune autorité autre que les sens et la raison, mais elle se trouve commentée par les nombreuses expériences qu'on relate. L’académie avait accompli des travaux originaux pour l’époque. Nous en citerons quelquesuns. Elle trouva les principales propriétés de l'air et de l’eau; étudia la congélation de celle-ci avec une méthode si précise, que de nos jours on a dù l’admirer. Le Cimento répéta et vérifia les expériences de Torricelli sur Ja pression atmosphérique, enrichit de détails nouveaux la théorie de la chaleur rayonnante, mesura exactement la vitesse du son, chercha celle de la lumière.

Quelques faits établissent l’importance que, hors de l'Italie, on a cru devoir attribuer à l’ouvrage (3). Accueilli avec honneur, mémoire resté inédit qui accompagna ces instruments; cf. l’Arcadia de Carini, p. 172 (Roma, 1891).

(1) Saggi di Naturali esperienze fatte nell Accademia del Cimento sotto la protezione del serenissimo principe Leopoldo di Toscana, e descritte dal segretario di essa accademia. In Firenze per Giuseppe Cocchini MDCEX VIT.

(2) Osservazioni intorno alle Vipere. Lettera al Conte Lorenzo Magalotti. Firenze 1664.

(3) Philosophical Transactions, London 1684, n. 169, pag. 757.

Tentamina experimentorum naturalium captorum in Academia del Cimento sub auspiciis seren. mi principis Leopoldi Magni Etruriae Ducis et ab ejus academiae secretario (LE. M.) conscriptorum, ex italico in latinum sermonem conversa : quibus commentarios, nova experimenta et orationem de methodo instituendi experimenta physica addidit Petrus Van Musschenbroek. L. A. M. Med. et Phil. Lugduni Batavorum apud Joan. et Herm. Verbeek, 1731 — Id. Viennae, Pragae et Tergesti. lo Tomas Trattner 1756.

Collection Académique composée des Mémoires, Actes ou Journaux des plus célèbres Académies et Sociétés littéraires étrangères, etc. Dijon, Frane. Desventes, 1755. Vol. 1, p. 1-251. :

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en 1668, par la Société Royale de Londres, il fut publié en anglais (1684), grâce aux soins du traducteur Richard Waller. Pierre Van Musschenbroek en fit paraître à Leyde, en 1731, une traduction latine enrichie d’éclaircissements. Et quand, en France, les auteurs de la Collection Académique entreprirent leur recueil périodique, en 1755, ils jugèrent que pour le commencer plus dignement, il fallait placer en tête le livre tout entier des Saggi.

En Italie ceux-ci provoquèrent une profonde émotion parmi les jésuites. Le prince Léopold puts’en rendre compte lors d’un voyage à Rome, en 1668. Ces religieux se ressaisirent vite et recoururent à un ingénieux artifice. Aristote, disaient-ils, avait prévu toutes les prétendues nouveautés dont le Cimento cherchait à se faire gloire. Voilà à quoi se réduisait, pour l'instant, leur audace. Comment l’eussent-ils poussée plus loin (1)? Le protecteur officiel de la nouvelle école, Léopold de Médicis, peu de mois après la publication de l’ouvrage, avait été admis au Sacré Collège, le 12 décembre 1667. On a remarqué, il est vrai, que le Cimento n'eut plus de séances après le mois de mars de la même année ; on a soupçonné que le frère du grandduc revêtit la pourpre, au prix d’un sacrifice exigé par le pape : il aurait renoncé expressément à des travaux que, trente-quatre ans après la condamnation de Galilée, l’autorité ecclésiastique continuait à juger incompatibles avec lorthodoxie (2). Mais par quelle preuve fortifier cette hypothèse? Le prince ne cessa pas, dans la suite, d’être hostile à la routine. En 1668, parlant de l’Académie des Sciences de Paris, 1l se déclarait heureux qu’elle suivit les mêmes voies que Île Cimento (3). 11 ne vit jamais d’inconvénient à entretenir une

(1) Au reçu d'une lettre où le cardinal lui donnait ce renseignement, Magalotti lui écrivait : « Ingegnoso è l’assunto di quei Gesuiti che tirano a favor d’Aristotile le nostre esperienze : ma a me dice il Sig. Paolo Falconieri, che un pezzo avanti che egli partisse di Roma si vantavano che non sarebbe loro mancato che rispondere, come il libro fosse comparso » (De Paris, 27 Avril 1668). Lettere ined. di uomini illustri, t. [, p. 306.

(2) Targioni-Tozzetti (Notizie degli aggrandimenti delle scienze fisiche, etc.) avait soutenu cette opinion au tome |, p. 459 et suiv. — Il y renonce p- 526, sur les preuves fournies par Ange l'abroni, dans Vitae Ttalorum Doctrina excellentium qui sæculis X VII e X VIII floruerunt. Pisis MDCCLXX VIE. Tome II (Vie de Clément IX).

(3) Lettre à Huygens citée plus bas.

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docte correspondance avec quelques savants italiens ou :

étrangers, fussent-ils protestants (1). Il confia même des missions scientifiques à un certain nombre de ses compatriotes (2). En 1674, un journal qu'il faut considérer, nous le verrons, comme l’organe du parti des modernes, rendait hommage aux efforts actuels du prélat pour faire progresser les sciences mathématiques ou expérimentales. Il le louait d’avoir engagé tout récemment François Redi à publier des observations rédigées depuis quelques années par ce naturaliste (3).

Enfin, on ne peut garder le moindre doute sur l’état d’esprit du cardinal après 1668, quand on connaît son rôle dans l'affaire d'Honoré Fabri (4). Ce Père jésuite conseillait aux astronomes de s'attacher, sans autre préoccupation, à démontrer, avec des preuves irréfutables, le mouvement de la terre. Une fois ce résultat acquis, l’Église, ajoutait-il, s’ingénierait pour trouver un sens figuré aux passages de l’Ecriture en désaccord avec la doctrine de Copernic. Abandonné de son ordre, le religieux fut poursuivi devant le Saint-Office, en 1671 : il paya son audace d’un internement de cinquante jours : il ne dutcette indulgence relative qu’à l'intervention énergique du prince Léopold.

Si l’académie n’eut plus de séances après 1667, la cause de cet arrêt doit donc être cherchée ailleurs que dans l'intolérance des péripatéticiens (5). D'abord les loisirs manquaient au nouveau

(1) Targioni, ouvr. cité, p. 468.

(2) « L’eclisse lunare della sera di 47 Luglio 1674 osservato da Vincenzo Viviani nel Real Giardino di Boboli, per ordine del Cardinal Leopoldo, ed altro Eclisse Lunare del di Il Gennaio 1675, fatto osservare in Firenze da diversi valentuomini, ed in Roma da Adriano Auzout, e Gio. Alfonso Borelli ci fanno conoscere, che esso Principe non aveva abiurato i buoni Studi. » — De même une observation de la comète de 1668 rédigée dans une lettre au secrétaire du card. Léopold, en date du 13 mars, par Julien Ciaccheri (Targioni-Tozzetti, ouv. cité, t: L, p. 467).

(3) Giorn. de letterati di Roma, 1674, p. 57.

(4) Storia del Granducato di Toscana sotto il governo della casa Medici. A Sua Altezza Reale il Serenissimo Pietro Leopoldo Principe Reale d'Ungheria e di Boemia, Arciduca d’Austria, Granduca di Toscana ecc. Firenze MDCCLXXXI. Per Gaetano Cambiagi (Cf. tome IV, p. 170). — Voir aussi Saggi di Naturali esperienze, éd. 1841, p. 91.

(5) À Cristiano Ugenio (Huygens) 10 février 1668. P. 220, tome I, des Lettere inedite di uomini illustri. — Il s'agit de l’Académie des sciences, fondée à Paris en 1666. On lit : « Quando anche le mie oCCupazioni mi avessero permesso di poter proseguire con ardore, e con il mezzo di numero riguardevole di Soggetti Virtuosi la mia Accad. dell Esperienze, non

cardinal. Sans négliger les sciences expérimentales ou mathématiques, sans renoncer à collectionner avec goût médailles, tableaux, statues, il donna la première place à l’étude attentive du droit canon et de la théologie. Ensuite, pour des motifs divers, la société perdit, en 1667, trois de ses principaux membres, Rinaldini, Borelli, Oliva. Enfin ne peut-on admettre que le zèle du Mécène se soit refroidi à la suite même de sa longue familiarité avec les membres du Cèmento ? Tenait-il à continuer un commerce journalier avec des hommes chez qui l'éducation ne correspondait pas toujours au savoir, et dont : les rivalités avaient, en sa propre présence, occasionné des scènes regrettables ?

Certes, la fin du Cèmento fut un événement malheureux pour la nouvelle école ; en revanche, celle-ci put considérer comme une victoire éclatante l'entrée du prince Léopold au Sacré Collège. Le chef attitré des rebelles était élevé à une si haute dignité par cette Église qui, trente-quatre ans auparavant, avait condamné le maître admiré et fidèlement suivi par lui.

Quand le pape voulut marquer sa bienveillance aux Médicis, en donnant le chapeau à un des frères de Ferdinand I, il hésita, il est vrai, entre Mathias et Léopold. Non qu'il répugnät à désigner ce dernier, mais il savait l’autre non moins ambitieux de cet honneur que son cadet. Pourquoi ne pas le conférer à tous les deux ? Les circonstances s’y opposaient. Se refusant à faire lui-même un choix si délicat, le souverain pontife en remit le soin au grand-duc. La nature se chargea de décider : une maladie implacable menaçait les jours de Mathias, il fut sacrifié (1).

avrei tralasciato di desiderare vivamente, che l’Accademia eretta da Sua Maestà Cristianissima non operasse con il possibile maggiore profitto comune. Ora pensi V. S. quanto maggiormente mi si accresca adesso questo desiderio, mentre e io poco posso attendere, e sono partiti dal nostro servizio tre de’ migliori Soggelti che fossero dell” Accad., e perd mi sarà caro di sentire, che continuamente costà si operi con quei due fini tanlo importanti, e di osservare sopra il gran libro della natura per mezzo dell’ Esperienze, e ritrovare novità non più udite, e per espurgare i Libri da quelli errori esperimentali, che sono stati troppo facilmente creduti, talvolta ancora dagli autori più stimati ».

(1) Voir la correspondance échangée alors entre le grand-duc et son ambassadeur à Rome, dans Fabroni: Vita Clementis IX, au tome IT des Vitae Italorum doctrina excellentium.

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