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Clément IX ne dut en ressentir aucun dépit. Il éprouvait pour Léopold une sympathie d'autant plus vive qu’ilappartenait, comme celui-ci, à l’école moderne. Élève de Cavalieri, c’est-àdire d’un des plus chers disciples de Galilée, il avait lui-même employé tout son crédit en faveur dela victime du Saint-Office, lors du fameux procès. Il protégeait les arts et les sciences; il témoignait une estime particulière au grand astronome Cassini. Sous son règne, les vrais savants purent, à Rome, respirer et reprendre courage. C’est alors qu’ils fondèrent le Giornale de letterati (À).
Les Sagqi dataient de cinq mois et Léopold de Médicis n’était cardinal que depuis quelques semaines, quand cette ville, en 1668, vit sortir le premier numéro du premier périodique véritable (2) qui ait jamais été publié en Italie (3).
A Paris, trois ans plus tôt, avait commencé à paraître le Jour-
(1) Vita Clementis IX, ouvr. cité.
(2) Dans un intéressant article cité plus bas (Giorn. Storico della letteratura italiana, vol. 25, p. 93), on verra où, en Italie, on peut chercher les ancêtres du journalisme.
(3) Il giornale de (sic) letterati. In Roma. Per Nicold Angelo Tinassi MDCLX VIIL. Con licenza de’ superiori. — Son fondateur, l'abbé Nazari, le continua jusqu'à la fin de 1679. Mais, après mars 1675, il Le fit imprimer par Benoit Carrara. — Quant au premier imprimeur, il continua de son côté un Giornale de Letterati jusqu’à la fin de mars 1681. Ainsi, pendant près de trois ans, il y eut deux Giornali de Letterati à Rome. En 1686, commence 1! Giornale de’ Letterati de Parme. Son rédacteur en chef est le P. D. Benoît Bacchini qui cesse de le publier en 1690, puis le reprend à Modène, en 1692, et le fait imprimer de nouveau à Parme, en 1696.
La question est étudiée par Scipion Maffei dans l’Introduction du Giornale de’ Letterati d'Italia, Tomo primo. Anno MDCCX. In Venezia MDCCX. — Voir aussi Luigi Piccioni. 1} Giornalismo letterario in Italia. Saggio Storico-critico. Vol. 1. Primo Periodo. Giornalismo Erudito Accademico. Torino, Loescher, 1894. — Voir les articles auxquels cette publication a donné lieu dans la Rassegna Bibliografica della letteratura Italiana, Pisa an. Il, fase. 10, et dans le Giornale Storico della letteratura ital. vol. 25, p. 93. — Voir Melzi, Dizionario di opere anonime e pseudonime. Milano, 1848, tome I.
Quant aux emprunts du Giornale de Rome au journal français, ils sont nombreux. Mais beaucoup de ses articles rendent compte de livres parus en Îtalie et sont originaux : il faut donc se garder de le prendre pour une simple traduction. D'ailleurs, on lira plus loin l'hommage que le Journal des Scavans rendit lui-même au Giornale:
nal des Sçavans (1). Au moins dès le 24 février, ilétait aux mains du prince Léopold et de Laurent Magalotti. Celui-ci formula deux reproches contre la gazette française : d’abord, elle s’érige, ditil, en arbitre de la littérature et se permet de juger les nouveaux ouvrages; elle devrait se borner à signaler leur existence, à dire où ils sont imprimés et en quoi ils peuvent être particulièrement utiles (2); en second lieu, elle manque d'intérêt ; qu'y trouve le lecteur, sinon le compte rendu delivres, suivant les cas, bouffons. pédants, démodés, racontant ce que chacun sait déjà ou bien ignore sans dommage? Aussi, en général, le secrétaire du Cimento n’ouvre-t-il même pas l’opuscule, avant de le retourner à la personne qui, de Rome, le lui envoie toutes les semaines. Si l'Italie, à son tour, lançait un périodique, non pas hebdomadaire, mais mensuel et qui ne traitât que des sujets la concernant elle seule, sans aucun doute, elle réussirait mieux que la France (3).
(1) Le Journal des Scavans, De l'An MDCLX V, par le sieur de Hedouville. A Cologne, chez Pierre Michel. MDCELXWV.
(2) « Volete ch'io vi dica ? lo son del parere del Sig. Carlo Dati, che costoro si Spaccino per semplici mercanti d’avvisi, ma in realtà abbiano aperto un tribunale, dove si dia il sindacato à tutti i bri, che di mano in «mano si stampano. Certamente il lor modo di fare esce dalla riga di gazzetta. Gazzetta sarebbe il dar notizia de’ libri; dir quello a che particolarmente possono esser’utili ; dove sono stampati ; e lasciar che ognuno desse il giudizio, secondo che a lui pare. E vedete bene, che dal far . l'Aristarco in poi addosso a questo, e a quello, nel resto se la passano assai alla leggiera ». Lettere familiari del conte Magalotti. In Firenze, MDCCLXIX. T. I, p. 127-128. AI Sig. Otlavio [Falconieri]. (44 avril 1665.)
(3) Id. Tome I, p. 167, 168. « Lo sto a veder che tu legga oramai piu il Journal des Scavans, il quale mi par cosi infelice che benchè mi sia mandato ogni settimana, il più delle volte lo rimando senza leggerlo. di quella buffoneria, cavata dalla traduzione di quell arabo, dello starnuto, che fece l’Elefante ecc. Che mi venga il cancaro, se ci mettessimo a farlo delle cose d'Italia, non ogni settimana ma ogni mese, se non faremmo meglio. Che diavolo ! sempre libri, libri, libri, e nonaltro. E poi, che libri! traduzioncelle di pedantucoli, e ragguagli di Padri, ed altri libri stampati cento anni sono; e consumar tre e quattro facciale a ragguagliarci chi era S. Cipriano, e che cosa è l’opera di S. Agostino de Civit. Dei. » — La bouffonnerie à laquelle fait allusion Magalottise trouve dans le n° du 5 avril 4666. On y lit, à’la page 11, à propos des Merveilles d'Égypte composées en Arabe... et traduites en François par M. Vattier : «il [l’auteur] ne scauroit mesmes s'empescher de mesler des fablesaux veritez les plus certaines. Il dit entre autres choses, que Noé ne pouvant plus souffrir l'infection du fien de tous les animaux qui estoient avec luy dans l'Arche, ny se deffendre des souris et des rats, qui l’attaquoient de tous costez, donna un si bon soufflet à l'Élephant qu'il en externüa un Co-
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Dans la péninsule, tout le monde ne partageait pas cette sévérité de Magalotti. C’est ce que prouve la préface du Gornale de letterati, en 1668 (1). Elle constate le succès du Journal des Sçavans et en explique ainsi les causes : il transcrit les titres des ouvrages nouveaux, donne de ces derniers une analyse, en rapporte quelque passage choisi parmi les plus remarquables; il accorde une grande importance à l’étude attentive de la nature, reproduisant mainte expérience, mainte observation, décrivant mainte curiosité. Comment s’étonner que beaucoup d'Italiens aient désiré le voir transporter en leur langue ? Les uns ne peuvent commodément le faire venir de Paris ou le lire à leur aise, quand, par hasard, ils l’ont en prêt; à d’autres, le français n’est pas un idiome familier. On a voulu répondre au vœu commun à ces deux groupes de personnes. Mais on tient à ne pas leur offrir une simple traduction. On paiera de retour le rédacteur du journal parisien, auquel on compte emprunter tant d'articles ; on lui fournira, à propos du mouvement intel-
chon, lequel mangea aussi-tost toute l'ordure qui estoit dans l'Arche... » On remarquera que l’article n'approuve pas de telles légendes. D'ailleurs, Magalotti semble de parti pris, car le journal ne se contentait pas de parler des livres visés par l'écrivain italien. Il s'occupait aussi d'astronomie, de sciences physiques ou naturelles, de médecine.
(1) « Quanto d’utile rechi alla Republica letteraria la notitia de’ buoni libri assai manifestamente appare, mentre che altri non resta ingannato dalle grandi promesse de’ frontispicci alle quali ben spesso i libri non corrispondono, e sa dove cercar le dottrine, e l’eruditioni ne’ suoi bisogni. Quindi è ch’il Giornale de i dotti, o eruditi,o vogliamo dire de i letterati pochi anni sono introdotto in Parigi, ed imitato altrove è stato ricevuto con molto applauso, poiche riferisce i titoli de’ libri nuovi, e fa di quelli un vistretto, portando qualche cosa delle piu singolari che siano in essi, il che reca non ordinario diletto. S'accresce poi di gran lunga questo per gli esperimenti, osservationi e curiosità naturali che vi pone, di modo che la lettura del sudetto Giornale ha mosso molti poco pratici della lingua francese a desiderarne la traduttione, ed altri, i quali benché intendano quell Idioma non possono haver commodità di farlo venire, o d'haverlo per leggere a lor’ agio. E noi per servire alla curiosità di questi ci siamo volontieri indotti ad abbracciar questa fatica e vogliamo che non sia senza un atlo di gratitudine verso l’autore del Giornale Francese, al qual vogliamo nell istesso genere ‘dare proportionata corrispondenza cioè a dire una relatione dell’esperienze naturali, e curiosità, che s’ anderanno osservando in Italia, e de’ libri che in essa si stamperanno. Hor fra questi a Comun parere il più riguardevole, col quale daremo principio all'opera, si è illibro de’ Saggi di Naturali esperienze fatte nell! Accademia del Cimento, sotto la protezione del Sereniss. Prencipe Leopoldo di Toscana. — In Firenze per Giuseppe Cocchini, 4667 in-fol. »
lectuel delItalie, des détails correspondant à ceux qu'ilrecueille lui-même sur la France (1).
Et pour inaugurer cette deuxième partie de son programme, le Giornale de Letterati publiait, en tête de son premiernuméro, un compte rendu admiratif des fameux Saggi du Cimento. C'était indiquer nettement qu’il procédait du même état d’esprit que cette académie et qu'il entendait soutenir l’école moderne contre les péripatéticiens. Il resta fidèle à ce principe (2). En effet, parcourons-le. Ilrecommandel’expérimentation, source de savoir, et déplore la crédulité séculaire des esprits faibles qui, se laissant éblouir par le prestige des anciens, respectent ces derniers comme les interprètes infaillibles de la nature. Il
oppose des faits à ceux qui, disciples serviles d’Aristote et de ses commentateurs, prétendent que le ciel est incorruptible(3), ouque, seuls entreles animaux, noussommessujetsà la pierre(4). Il célèbre le télescope et le microscope, décrit une trompette parlante et constate qu’en ce siècle les hommes ont vraiment agrandi leur propre nature par la portée inouïe donnée aux sens (5). Il vante les progrès de l'anatomie et les heureux effets
(1) Le journal français ne voulut pas être en reste d'amabilité avec le Giornale. On y lit en effet : « On ne se contente pas en Italie de traduire simplement les Journaux de France; mais on ajoûte à chaque Journal ce qui se passe de nouveau dans les Lettres en ce pays-là. Comme il n'y a point de lieu où l’on recherche les belles choses avec plus de curiosité, où on les examine avec plus de jugement, et où on les communique avec moins d'envie; on ne peut pas douter que la Relation de ce que les Scavans y découvrent, ne soit utile, d'autant plus que celuy qui a pris soin jusqu'icy de la donner au publie avec la traduction des Journaux François de cette année, s’en est acquitté avec beaucoup d'esprit et d'érudition. Aussi ne manquera-t-on pas de faire dorénavant dans ce Journal un extrait très exact de tout ce qu'il y aura de curieux dans celuy d'Italie. » Le Journal des Sçcavans pour l’année MDCLX VIII, lundy 15 octobre 1668. C’est à la page 69 de la réédition de 1729. (A Paris, chez Pierre Witte.) RSR
(2) Voir année 1668, n° 12, à propos d'un opuscule de Redi : « Oggi di molto chiaramente si vede quanto sia vero quel Proverbio degli Arabi. « Chi fà esperienze accresce il sapere; chi è credulo aumenta lerrore. » Imperocché la facilità in credere all opinioni degli antichi Filosofi, quasi che fossero interpreti infallibili della Natura, rattenendoci dall’investigar la vera cagione di molli effetti che trovar si potea con l'esperienze ha nelle scuole introdotto e moltiplicato gli errori; servaci d'esempio la generatione degl’ Insetti. »
(3) Giornale de 1669, p. 53.
(4) Id. 1668, p. #7.
(5) Id. 1668, p.52; 1672, p. 9.