‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 26 sur 77 · SERRE · texte numérisé non relu

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qui en résultent pour le traitement des maladies(1). Il rappelle les récentes découvertes astronomiques(2). Il exalte en toute occasion les savants qui s'efforcent de ruiner la routine : le cardinal de Médicis(3), Malpighi(4), Redi(5), Borelli(6), Cornelio (7), Montanari (8), Boyle (9), Stenon (10). Il défend les réformateurs des études scientifiques accusés d’être les pires ennemis de la religion (11).

Telles sont les tendances manifestées parle Grornale. On ne peut s’en étonner quand on considère ses origines. François Nazari en fut le principal rédacteur, mais il l’entreprit et le dirigea, conseillé par l’abbé Michel-Ange Ricci. Or, celui-ci n’était pas moins estimé du parti des modernes que de l'autorité ecclésiastique. S'il avait, depuis plus d’un an, la charge de qualificateur du Saint-Office, s’il revêtit plus tard la pourpre cardinalice, d’un autre côté, ancien élève de Torricelli (12), jamais il ne cessa de correspondre avec les disciplestoscans de Galilée, notamment avec le prince Léopold. Viviani et Magalotti le firent juge de toutes leurs œuvres, ilrevitles Saggi(13). En relations avec les plus illustres savants français contemporains, c’est lui, nous

1) 14. 4668, pp. 47, 139 ; 1669, p. 5.

(2) Id. 1668, n° 5, à propos d’un ouvrage de Borelli. 3) Id. 1674, p. 57.

4) Id. 1668, p. 47 et 166.

(5) Id. 1670, p. 97 ; 1671, p. 35; 1672, p. 37.

(6) Id. 1671, p. 125

1) Id. 1669, p. 23.

8) Id: 1672; p. 23:

9) Id: 1671, p. 49; 1674, p. 8.

(10) Id. 1669, p. 5.

11) 1d. 1674, p. 65, à propos des Tentamina Phisico Theologica, authore Samuele Parkero « Quest’opera è degna d’esser letta da tutti, e particolarmente da quelli, che si compiaceiono di quella sciocca opinione che la Filosofia sia il novitiato dell'ateism») d danno orecchie alle maledicenze, che ordinariamente si spargono contro alla riforma di essa. Unita e comparata insieme con le considerationi che porta il Boile nella 4* parte dell utiliti dellu sua filosofia sperimentale, farà conoscere, quanto la filosofia che rintraccia le reali produttioni della Natura, vere opere di Dio, manifesti la gloria e omnipotenza divina, assai più di quel che facciano le rationali de’ Gentili ».

(12) annonce cette nomination au prince Léopold le 20 décembre 1666. Voir page 144, tome IL, Lettere inedite di Uomini illustri, ouv. cité.

(83) Saggi di Naturali Esperienze, ecc.18#1, pag. 82. — Voir aussi la vie de Ricci, vol. Il des Vitae Ttalorum doctrina excellentium qui soeculis XVII e À VIII floruerunt. Auclore Angelo Fabroni.

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l'avons vu, qui établit un commerce régulier entre eux et le Cimento. Au moins dès le mois de juin 1666, il lisait le journal imité ensuite à Rome (1).

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Environ quatre années avant l’apparition des Saggi et du Giornale de Letterati, s'était produit dans l'Italie méridionale un événement qui prouvait la volonté des modernes d'associer là aussi leurs efforts.

= Thomas Cornelio et Léonard de Capoue : ainsi se nommaient

les personnages qui propagèrentle plus tôL à Naples les récentes découvertes scientifiques (2).

Né à Cosenza en 1614, le premier avait suivi, à Florence, les leçons de Torricelli et, à Bologne, celles de Cavalieri, tous deux disciples de Galilée. Puis, il s’était fixé à Naples où, en 1654 déjà, il occupait la plus importante chaire de médecine et de

(1) Il écrit en effet au prince Léopold, le 3 juin 1666 : « Dalla lettura del Giornale, che tre settimane sono venne di Francia mi nacque curiosità di vedere l’operetta del Petit ». Page 134 du t. Il des Lettere ined. di uom. illustri.

(2) I ne peut être question ici de la simple opposition à l'aristotélisme, car elle avait eu, depuis longtemps, ses promoteurs dans l'Italie méridionale : Bernardin Telesio, Quattromani, les frères Persio, Muti, Donis, Campanella. Il s’agit évidemment de l'investigation de la nature comme Ja comprenaient les modernes, à la suite de Galilée, Torricelli, Pascal, Boyle et, nous le verrons plus loin, il s'agissait aussi des systèmes de Gassendi et de Descartes. — Nicolas Amenta dans une, Vie de Leonard de Capoue (page 7), citée plus loin, dit que, dans la Calabre, la liberté philosophique avait eu ses apôtres, mais qu'à Naples, elle restait inconnue. Ce jugement est plus exact que celui d'une préface dont nous donnons maintenant un extrait: « Furono i primi (Léonard et Cornelio), che de” tanti e si rari e pregiati ritrovamenti nella filosofia, e pubblicati per tutta quasi l’'Europa, nella nostra città portassero le prime notizie. Ed era in vero cosa degna di maraviglia, che la filosofia rinata in Toscana per opera del gran Galileo, per eui solo andar ne dee l’ltalia (utta lieta, e superba, nientedimeno nelle nostre contrade, quasi fossero poste in parte tutta lontana dal cammin del Sole, nè pure per fama giungesse. Nelle folte tenebre adunque, nelle quali giacevano gli intelletti, essi furono coloro, che osarono portare il primo lume, col quale cominciarono a rischiararsi le tenebre, ed a discernersi il vero dal falso, il corpo dall'ombra. » Lezioni intorno alla natura delle Mofete di Lionardo di Capoa Accademico Invesligante, dedicate alla sacra Real Maestà di Cristina Regina di Svezia. In Napoli, per Salvatore Castaldo. Reg. Stamp. 1683. — La préface est du Volubile Accademico Investigante. Leonard en connut et approuva les termes.

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mathématiques. Il s’en éloigna quelque temps, attiré par le renom des grands hommes qui florissaient alors en France et en Angleterre. Il résolut d'aller vers eux, de rechercher leurs entretiens, d'introduire leurs livres à Naples. Léonard de Capoue (1) le chargea de lui rapporter, à lui personnellement, sans craindre la dépense, toutes les publications faites par les plus importants des médecins et des philosophes modernes. Cornelio revint avec celles de Galilée, Bacon, Gassendi, Harvey, Hobbes, Descartes, Boyle. Les deux amis firent profiter de leur bibliothèque plusieurs personnes dont ils avaient sans doute déjà préparé la conversion par des entretiens familiers. Puis, Naples vit peu à peu augmenter le nombre de ceux qui, dédaignant les méthodes et les connaissances imposées jadis à leur jeunesse, interrogèrent désormais les sens et la raison sur les causes des phénomènes naturels (2).

‘Cette élite n’osa pas affirmer son existence ou n’y songea pas jusqu’en 1663, année où fut fondée à Naples l’académie des Investiganti. C'est Léonard qui en conçut la première idée; Cornelio l’approuva et tous deux eurent la chance d'être aidés dans leur tentative par André Concublet, marquis d’Arena. Celui-ci ne faisait que continuer les traditions d’un aïeul, protecteur et ami de Bernardin Teiesio. Il n’épargna rien pour que les savants et les philosophes, épris de nouveautés, se réunissent à intervalles réguliers. Il jouissait d’un grand prestige, savait trouver les paroles décisives qui suppriment les objections et encouragent les timidités. Il éveilla autour de lui un noble zèle, en citant les exemples de la Société Royale de Londres et du Cimento de Florence. Il offrit sa propre maison comme siège de la nouvelle académie. Bref, il écarta tous les obstacles.

Les /nvestiqanti se proposaient de pratiquer la philosophie expérimentale ou spéculative, sans avoir égard à aucune autorité(3). Les séances avaient lieu tous les vingt jours. Un des

(4) Voir Vita di Leonardo di Capoa, Napolitano, dans Vite degli Arcadi illustri, tome IT, p. 7. Roma, De’ Rossi, MDCCX.

(2) C'est ce qu'on lit dans la préface déjà citée, mise aux Lezioni intorno alla natura delle Mofete. ;

(3) Préface citée. Dans le Parere del Sig. L. di Capoa, 2 Impressione. Napoli MDCLXXXIX, on lit à la p. 380 : « degl’ investiganti appellossi, sol perchè era intendimento di lei, postergata ogni qualunque autorità

membres lisait quelque travail dû à lui-même, les autres présentaient leurs observations. C’est ainsi que l’on discuta sur la fluidité et la solidité, le chaud et le froid, la douceur et amertume, la lumière et les couleurs, le mouvement! les cinq sens, l’âme de l’homme, l’âme des bêtes.

Quelques mois s'étaient à peine écoulés, que le marquis d’Arena, ayant quitté Naples, entreprit de voyager à travers Flitalie. Son œuvre survécut peu à ce départ(1). Il ne se trouva sans doute pas un Mécène d'esprit assez ouvert, d'indépendance assez complète et de crédit assez solidement établi, pour oser, tout à la fois, braverles préjugés en cours et garantir aux vrais savants un appui efficace contre les insinuations dela calomnie. Plusieurs des anciens /nvestiganti devaient ensuite prendre une part très grande à la querelle des anciens et des modernes. Dans leur signature, certains continuèrent à se réclamer de l’éphémère société (2). Malgré sa courte durée, elle eut une réelle importance : les novateurs purent s’y compter et reconnaître l'identité de leurs vues. Son établissement fut le premier présage des défaites qu'à Naples l’avenir réservait à la routine (3).

d'huomo mortale, alla scorta della sperienza solamente e del ragionevol discorso andar dietro per ispiar le cagionali de’ naturali avvenimenti ».

(1) Dans la préface citée, on lit: « Questi furono i principii di una adunanza, che poteva recare grandissimo splendore alla patria nostra, se la partenza del marchese, il quale alcuni mesi appresso volle pellegrinare per l'Italia, seguita non fosse. Ma come l’adunanza per opera di lui aveva cominciato, Cosi colla sua assenza sciogliendosi facilmente ebbe fine. » — A la date de janvier 1664, on lit dans des mémoires contemporains : « l'Accademia Chimica.. di cui è principal Protettore D. Domenico Concubletta Marchese d’Arena, quale repulsa Aristotile e Platone, non solamente Galeno, Hipocrate et Avicenna, tuttavia si và augumentando nella casa del detto Marchese. » ecc. Extrait du vol. Il, p. 1 et 2 des: Giornali di Innocenzo Fuidoro, qui se conservent mss à la Bibliothèque Nationale de Naples et dont certains passages sont publiés par Giul. Capone et Salv.} Marano, dans Un poeta Satirico del X VII secolo. Salerno Fratelli Jovane Editori. 1892. Le présent passage est cité page 22.

(2) En effet, les Lez. intorno alla nat. delle Mofete citées plus haut sont signées de Lionardo di Capoa Accademico Investigante. — La préface est, on s’en souvient, du Volubile Accademico {nvestigante. Il est vrai que Léonard avait lu ces leçons dans l'académie, mais il ne les publia que vingt ans après.

(3) Sur cette académie, voir, en outre, De’ Rapporti di Parnaso di Niccold Amenta Avvocato Napoletano; Parte prima. In Napoli, nel MDCCX, page 85, note 6; — Borelli dans la dédicace de son livre De motionibus

Plus tard, nous parlerons d’autres luttes engagées et d’autres avantages remportés, en divers points de l'Italie, par les défenseurs de l’indépendance scientifique. I! nous suffira, pour l’instant, d’avoir fixé l’époque où leur parti se révolta ouvertement contre la tyrannie péripatéticienne habituée, depuis 1633, à s'exercer sans rencontrer d'opposition.

naturalibus a gravitate pendentibus. Reggio 1670 ; — Storia del metodo sperimentale in It. ouv. cité t. 1, p. 205-207; — Carlo Bertani: 1! maggior : poeta sardo Carlo Buragna e il Petrarchismo del seicento. Milano, U. Hæpli,

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