‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 28 sur 77 · RAT LA · texte numérisé non relu

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car elles ont, en général, l’estomac plein d'herbe (1). Le péripatéticien ne permit jamais qu’on ouvrit en sa présence l’un de ces animaux pris au hasard (2). Un écrivain de Naples raconte un fait du même genre survenu dans cette ville : un diligent anatomiste danois montrait à quelques amis les vaisseaux lymphatiques d’un chien dont il venait d'ouvrir les flancs. Alors se leva un galéniste opiniâtre qui, peu auparavant, se raillait de semblables études et les qualifiait de fantaisies imaginées par les modernes pour rabaisser les maîtres grecs. La tête ébouriffée, les lunettes plantées sur le nez, il se lança furieux contre l'opérateur, prononçant un rapide «argumentor contra ». Mais des éclats de rire l’arrêtèrent, en le rappelant au bon sens (3).

La servilité de tels hommes apparaît dans tous leurs ouvrages. Nous citerons comme exemple un livre publié en réponse surtout aux £speriense intorno a diverse cosenaturali de Redi. En effet, Petrucci, défenseur du jésuite Chircher, ne songe pas à combattre des expériences par d’autres soigneusement conduites. Il se borne à entasser des témoignages empruntés à l'antiquité ou à des écrivains récents, il est vrai, mais incapables d'échapper aux idées préconçues ou de discerner à quel moment on quitte le domaine des faits possibles et l’on pénètre dans le monde des merveilles.

Voici, en outre, quelques phrases d’un certain Liparo (4). « Nécessairement, dit-il, la médecine doit se diviser en théorique et en pratique (5). La preuve, c’est l’autorité d’à peu près

(1) Pour ces deux faits, cf. Redi, Opere IT, p. 43-44.

(2) Dans une église de Florence, un prédicateur déclarait l'opinion combattue par Redi aussi sûre que les vérités évangéliques. Lettre de Françcois Redi, t. [l, p. 192, édition citée plus haut de ses Lettere.

(3) Parere del Sig. Lionardo di Capoa, p. 51.

(4) Prodromo Apologetico alli studi chircheriani, Opera di Giuseppe Petrucci Romano, nella quale con un apparato di Saggi diversi, si da prova dell” esquisito studio che ha tenuto il celebratissimo Padre Atanasio Chircher, cirea Ù credere all opinione degli scriltori, sia de’ tempi andati come de’ presenti, e particolarmente intorno a quelle cose naturali dellIndia ecc. Amsterdam MDCLXXVIL — Kircher est connu surtout pour son Mundus subterraneus, in XII libros digestus, etc. 1665.

(5) Elle se trouve dans Marcelli Malpighi, Philosophi et Medici Bononiensis e societate regia Londinensi Opera Posthuma. Venetiis MDCXCVIT. — Ce libelle de Liparo, auquel Malpighi répondit par un ouvrage qui circula longtemps manuscrit, s'appelait Galenistarum Triumphus Notericorum medicorum insanias funditus eradicans, ne mortales eorum

tr aptes

tous les auteurs. Que celle du seul Galien suffise » (1). Ailleurs, il déclare qu’on ne peut s’écarter de ce dernier ni d'Hippocrate. sans se condamner à ne jamais dire la vérité (2). Par quel moyen convaincre un adversaire qu’aveuglent ces préjugés et qui, ayant avancé que le foie engendre le sang, ne songe à le démontrer qu’en invoquant l'avis presque universellement exprimé par autrui (3)? Qui s’y attendrait? Il arrive à Liparo de faire appel à l’expérience. Voici comment. € Il y a, dit-il, quatre humeurs, à savoir le sang, la bile, la pituite et l'humeur noire. On le prouve : 1° par Hippocrate et Galien ; 2° par l’expérience (4). En effet plusieurs barbiers ont observé qu'il en est ainsi (5). »

L'importance qu’attribue Liparo à ce témoignage achève de nous édifier sur son esprit critique. Il était de ceux qui considéraient l'anatomie comme indigne d’un homme instruit et bonne pour ces artisans auxquels les doctes disciples de Galien abandonnaient, en même temps, l’art de pratiquer les saignées, de poser des ventouses et des vésicatoires. Les preuves ne manquaient pourtant pas du danger auquel on s’exposait en se remettant aux mains de ces chirurgiens improvisés (6). Au contraire, ne devait-on pas au progrès de l’anatomie des découvertes comme celle de la circulation du sang ? Liparo et ses

perpetuo sepeliendis doctrinis immatura imo violenta morte moriantur. Auctore Michaele Liparo Messanensi. — La querelle eut lieu vers 1665.

(1) Marcelli Malpighi Opera Posthuma, p. 118. « Medicina necessario dividi debet in Theoricam et Practicam..…. Probatur auctoritate omnium ferè auctorum. Solus sufficiat Galenus. »

(2) Id. p. 132. « Impossibile esse aliquid certi eos praedicare, qui adversus Hippocratem et Galenum, medicinae lumina omnibus decantata, doctrinas {radere conantur. »

(3) Id. p. 140. « ex Hippocrate, Galeno,.… ferè auctoritate omnium magni nominis auctorum, qui per totum orbem celebratissimi fuere ».

(4) Son cas rappelle celui de cet autre partisan des anciens qui s’indignait contre des contradicteurs en leur disant : « Vous prétendez ne rien croire qui ne soit fondé sur l'expérience, et vous refusez d'admettre un fait qu'Hippocrate déclare avoir expérimenté. » — Page 61 de la Nuova Stafetta da Parnasso Circa gli affari della medicina, indirizzata all Illust. Accad. degli Spensicrati di Rossano. Francfort, 1700.

(5) Malpighi, ouv. cité, p. 446. « ut Barbitonsores plures observaverunt ».

(6) La Medicina difesa dalle calunnie degli uomini volgari e dalle opposizioni de” Dotti, divisa in due dialoghi, da Francesco Bertini, Prof. di Medicina. In Lucca MDCIC.

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amis admettaient tout au plus qu’on se préoccupât de connaître la place et la structure des principaux organes; mais s’intéresser aux fibres les plus ténues du corps humain, quelridicule! Certain péripatéticien disait au célèbre Malpighi : « Comment! vous avouez une telle faiblesse? Que penserait de vous Galien, s'il revenait au monde? » « Il chanterait au ciel un hymne d'actions de grâces, répondit le savant. Si l'anatomie, en montrant l'origine et le siège des maux, nous dirige dans le choix des remèdes et des régimes, plus elle sera précise et exacte, plus aussi elle rendra de services (1). »

Ruiner le crédit des autorités au profit desquelles trop de prétendus savants abdiquaient leur indépendance : voilà l’œuvre que poursuivirent quelques esprits vraiment libres. Aucun ne s’y consacra avec plus d’ardeur que François Redi.

Auteur d’un poème dithyrambique fort connu, il nous semble pourtant mériter l'admiration, surtout pour son rôle dans le mouvement scientifique du temps. Né (2) le 18 février 1626 à Arezzo, élève de l'Université de Pise, il avait obtenu, en 1647, le doctorat en philosophie et en médecine. Son père estima qu'avant de l’astreindre à une vie sédentaire, il fallait lui enrichir l'esprit par quelques voyages. En 1650, nous trouvons le futur savant à Rome; il y fréquente les bibliothèques les plus riches et les académies alors les plus célèbres ; puis il passe à Naples et retourne en Toscane, où il devient l’un des précepteurs de Ferdinand de Médicis. Dans la suite, ce prince ne cessa de lui témoigner la plus grande affection; non content d’avoir avec son ancien maître des causeries presque quotidiennes, au palais Pitti, il recherchait encore ses entretiens dans les endroits publics. Cette faveur ne valut pas seulement à Redi une chaire de langue toscane à Florence, dès 1665, et la charge de premier médecin, que lui conservera Cosme II, elle lui permit de poursuivre des expériences fort coûteuses.

(1) Malpighi, ouv. cité, p. 228.

(2) Sa vie est en tête du 1° volume des Lettere di Francesco Redi, seconda edizione fiorentina ; ouv. cité. — Voir aussi Vite degli Arcadi illustri, t. 1. Roma, per Antonio Rossi, 1708.

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