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Le même ecclésiastique racontait à Redi que, dans les montagnes de Malabar, vivent certains oiseaux de couleur sombre qui, dans l’estomac, portent beaucoup de petites pierres de formes et de couleurs variées. Celles-ci, posées au milieu du front, guérissent sans retard, affirmait-il, les douleurs de tête de tout caractère. Un jour, Redi est pris de son habituelle migraine; il se laisse persuader par Don Morera, qui lui fait l'application de son fameux remède. La douleur, aussi obstinée que jamais, accomplit son cours habituel de vingt-quatre heures. Le brave homme n’en revenait pas; évidemment Redi était une exception, le plus malheureux des mortels ; à moins toutefois d'admettre que la migraine ne fût pas la même en Europe et en Asie. « En tout cas, ajoutait-il, ces cailloux ne sauraient manquer de quelque propriété admirable : en effet, pourquoi la nature les aurait-elle fait croître dans un organe de ces volatiles ? On sait bien qu’elle n’opère jamais sans but. » Redi eut beau dire; Morera ne voulut pas admettre une explication moins compliquée mais plus vraie : les oiseaux noirs avaient avalé ces corps étrangers.
Un carme déchaussé, D. Philippe de la Trinité (1), prétendait que les os de certain poisson font cesser toute hémorragie. La preuve? On pouvait la demander à un vice-roi des Indes. Blessé à une artère par un maladroit chirurgien, il lui avait suffi, pour arrêter le sang, de serrer entre ses doigts une dent de l’animal. Le bon Père ajoutait que ces os ont une autre efficacité, c’est une arme puissante pour les pécheurs qui, se connaissant l'esprit prompt et la chair faible, craignent les tentations. Plusieurs fois on essaya la recette. Le résultat fut négatif.
On n'avait aucunement lieu de révoquer en doute la sincérité du religieux, coupable seulement de colporter sans contrôle une légende séduisante. L’anecdote qui suit met en scène, avec des gens crédules, un mystificateur. Certain horloger venu d’au delà des monts habitait Florence. Causant un jour avec le grand-duc, il lui dit en substance : « Dans mon pays, beaucoup d'hommes ont la peau insensible aux décharges d’un pistolet ou d’une arquebuse : c’est l’effet de quelque for-
(1) Redi, Opere, t. Il, p. 55-56.
mule d’enchantement, mais aussi d'herbes médicinales ou de pierres douées d’une vertu spéciale. Je ne sais pas le fait par oui-dire, j'affirme avoir vu ». Les personnes présentes se moquèrent de lui ; il se piqua. A ses frais, il appela en Italie un soldat réputé invulnérable aux plus violentes salves de mousqueterie. On soumit le nouvel arrivé à l'épreuve qu'il réclamait avec insistance. Toutefois, il bénéficia malgré lui d’un avantage. Il découvrait intrépidement sa poitrine, et on allait la viser, quand, sur la prière de Ferdinand IL, on dirigea le pistolet vers une partie moins délicate. Bien en prit au militaire, car 1l fut, en cet endroit, traversé de part en part. Il décampa prestement pour se faire soigner. Naïf comme l’horloger, il se croyait à l’abri de tout péril, car d’autres fois l'expérience avait réussi; mais on sut bientôt dans quelles conditions. D’habitude, on tirait des balles préparées et disposées de manière à heurter la peau sans la transpercer. A Pitti, au contraire, nulle supercherie ; l'arme se trouvait normalement chargée (1).
Avec moins d’enjouement que Redi, un fondateur de l’académie des /nvestiganti, Léonard de Capoue, relevait, en 1681, des faits rapportés sans critique par quelques écrivains. Il s’agit des prodiges les plus extraordinaires (2): des Indiens qui n’ont pas de bouche et se nourrissent de parfums ; des troglodytes sans tête, sans cou et avec les! yeux sur l'épaule ; des poulains dont le père n’est autre que la brise, ils lui doivent leur rapidité vertigineuse, mais hélas! ils ne vivent que trente-six mois. Qui peut avoir accrédité de si ridicules légendes ? Des Grecs et des Latins : Strabon, Diodore, Pline, Stace!
Environ vingt ans après Léonard, en 1710, Vallisnieri, professeur à l’Université de Padoue, riaitaux dépens des auteurs qui parlent de serpent grandi dans l'estomac d’un jeune homme, de chat éclos d’un œuf de poule, de poisson sorti du doigt d’un pêcheur, de pierres engendrant d’autres pierres, de poules
(1) Redi, Opere, t. Il, p. 15-18. — On arriva à connaître ce secret à la suite d’une expérience tentée devant le grand-duc, quelques jours après, sur un autre soldat. Redi raconte ces anecdotes pour mettre en garde le P. Chircher (ou Kircher) contre les charlatans, dans Esperienze intorno a diverse cose naturali e particolarmente a quelle che ci son portate dall — lIndie. Lettera al p. A. Chircher della Ci di Gesu.
(2) Parere del Sig. Lionardo di Capoa, ouv. cité, p. 44-45.