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l'antiquaire Toinard d'Orléans (1), qui coopéra aux Æpochae Syro-Macedonum du futur cardinal Noris, le marseillais Rigord (2), l’orientaliste Eusèbe Renaudot (3), qui visita même Florence et eut l’occasion d'échanger plusieurs lettres avec Cosme II et son frère le cardinal de Médicis. Citons aussi l’évêque d’Avranche, Huet (4), le savant et laborieux chanoine de Notre-Dame, Claude Joly (5), Claude Nicaise, chronique vivante du monde savant (6).
L'Italie connut encore par une autre voie quel prix d’autres pays attachaient aux travaux d’érudition. En effet, elle leur fournit souvent des matériaux. En parcourant la correspondance de Magliabechi, on juge quel grand nombre de Hollandais et de Français s’adressèrent au savant florentin pour se procurer, outre des livres rares, des documents inédits (7). Il leur témoignait une obligeance inépuisable, qu'égalait, d’ailleurs, parfois celle de quelques autres parmi ses compatriotes. Ménage put le constater lorsqu'il préparait ses Origini della linqua italiana (8).
quelque nuage dans leur amitié, mais il dut se dissiper, puisque le bibliothécaire toscan continua à lui écrire, à lui faire des envois de livres, à lui communiquer des documents. Voir Correspondance inédite de Mabillon, ete., t. 11, p. 87,400, 403, 4115, 141,192; €. III, p. 265, 268, 269, 277, 212. — Comme Magliabechi lui écrivait, on est en droit de supposer qu’il y eut échange de lettres. Il avait, dans sa jeunesse, fait un voyage en Italie, d'où il rapporta des Mss. Voir p. 76 d'A travers les papiers de Huet, dans Documents annotés par Léon G. Pélissier, 1885-1891, Montpellier, 1891.
(1) Correspond. inédite, etc., t. I, p. 354 et la n. 3 de la p. 355.
(2) Id. t. II, p. 279, lettre CCXL. Voir Documents annotés. Notes sur quelques Mss. d'Italie. Il y a une lettre de Rigord à Magliabechi.
(3) Correspond. inédite, t. I, p. 151, 169 ; t. III, p. 1438, 193, note 2.
(4) Voir Lettres inédites de savants français à leurs confrères ou amis d'Italie xvut-xixe siècles; dans la Revue critique d'Hist. et de Litt. Seizième année. Premier semestre, 1882.
(5) Correspond. inédite, etc., t. I, p. 23, 40; €. III, p. 255. Dans les deux prem. lettres, il est seulement question d'un ouvrage envoyé par Magliabechi à Joly.
(6) Lettres de l'abbé Nicaise au card. Noris (1686-1701) publiées par Léon G. Pélissier dans le Bibliographe moderne, 7%° année, 1903.
(7) Voir Correspondance inédite, ete. Voir aussi Clarorum Germanorum ad A.Magliabechium Nonnullosque alios Epistolue, 1 vol. Florentiae, MDCCXLVI. — Clarorum Belgarum ad A. M. ece. 2 vol. MDCCXLV. — Notes sur quelques Mss. d'Italie, dans les Documents annotés de L. G. Pélissier.
(8) Voir Ménage Polémiste, Philologque, Poète, par Mademoiselle Elvire Samfiresco. Paris 1902. Récemment (au tome II des Miscellanea di Studi critici pubblicati in onore di Guido Muzzoni dai suoi discepoli per
ne S'il eut la chance de compulser des documents italiens sans
cura di A. Della Torre e P. L, Rambaldi, Firenze 1907), M. Guido Andreini est revenu sur cette question, dans son étude sur Carlo Dati e l'Accademia della Crusca. Il se sert surtout dès Lettere de C. Dati publiées par Moreni à Florence en 1825. IL établit que, tout au moins à partir de novembre 1664, pendant deux ans environ, Dati et quelques membres de la Crusca songèrent à devancer Ménage et Ferrari qui, l'un en France, l’autre en Vénétie, travaillaient à un recueil d'origines de la langue italienne. Dati et ses amis obéissaient un peu à une sorte d'esprit de clocher « perchè la patria e l’accademia abbia l’onore d’esser la prima » (Lettere de Dati, p- 8), mais surtout à cette idée que des hommes habitués à parler le plus pur toscan pouvaient seuls mener à bien une telle tâche. « Gli altri faranno un miscuglio di lingue barbare, e non della buona e pura toscana ; perchè, benchè il Signor Menagio e il Signor Ferrari di Padova, e altri applicati a questo studio sieno uomini eruditissimi, credo piglieranno granchi assai nelle voci nostre e confonderanno le voci di tutta Italia e particolarmente di Venezia e di Lombardia senza alcuna distinzione.-» (Lettere de Dati, p. 6.) — Après avoir soi-même tant facilité Ménage, on voulait lui demander d'enrichir par ses recherches personnelles l’ouvrage projeté à Florence. « Intanto penseremo, se questo nostro pensiero (de publier nous-mêmes des Origines de la langue italienne) debba comunicarsi al Sigr Menagio per aver egli mano in questa materia,e per esser nostro Accademico. lo non so veramente, s’egli applichi più alle Origini Italiane, nelle quali non par che sia stato molto felice in quelle particolarmente, che per incidenza ha sparse tra le Francesi. Gerto è, che egli potrebbe dar molto aiuto per la sua erudizione e cognizione di lingue. Ma crediamo che egli vorrà esser solo, e non contribuire, nè vorrà sottomettersi al giudizio nostro o dell’ Accademia, e noi non possiamo far compagnia altrimenti. » (Lettere de Dati, p. 13, 29 décembre 1664.) Dati sonde le terrain dans une lettre à Bigot du 16 février 1666 (p. 39.) ,
Aux documents que cite M. Andreini pour prouver que quelques Toscans auraient bien voulu devancer Ménage, nous ajouterons deux fragments de lettres écrites de Paris à Léopold de Médicis, le 1°" janvier 1666, l'une par Alexandre Segni, l’autre par Laurent Magalotti (Lettere ined. di uominti illustri, ouv. cité, I, p. 254 et 304). Le premier écrit: « Sopra tutto ed egli e il Signor Carlo Dati non abbandonino l'impresa delle origini Toscane, ch'è materia degna della loro erudizione, gloriosa per la patria ed ulile alla lingua, e quà il Sign. Menagio gli vincerà della mano se tardano come ho seritto anche a loro. » — Quant à Magalotli, après une visite à Ménage, il fait les réflexions suivantes, où le {on apparaît un peu piqué. « L'abate Menagio travaglia sull’ appendice delle sue origini, dandosi a credere di fare un libro che abbia a valer lant'oro per nostra istruzione nell’ avvenire, e crede che abbiamo ad arrossirei nel vederci ritrovali tanti errori, quant’ egli pretende di farcene riconoscere. »
Le recueil projeté à Flor. ne se fit pas. Si Mén. imprima en 1666 le début de ses Origini, ce n’est pas cet essai qui découragea Dati; il le trouva en effet'« debolissimo » (Lettere de Dati, p. 51, 6 juillet 1666). Mais, nous dit M. Andreini, l'intrépide florentin se heurta à l’indolence des Italiens qui auraient pu l'aider. Alors, plutôt que de laisser perdre le résultat de leurs fatigues, lui t quelques autres aimèrent mieux recom-
2ÉCOGES
voyager, certains érudits franchirent, au contraire, les Alpes, pour visiter des bibliothèques et des archives (1).
Tels furent les Pères Mabillon et de Montfaucon, ainsi que plusieurs parmi leurs confrères (2). Le premier séjourna en Italie durant une partie des années 1685 et 1686; le second, de 1698 à 1701 (3). Ces bénédictins français ont exercé une heureuse influence sur la péninsule.
Les attentions dont on les entoura en Italie (4) purent engager autrui à suivre la même voie qu'eux. Elles prouvèrent en quelle haute estime les pouvoirs publics du pays savaient, le cas échéant, tenir les vrais érudits. Qu’on juge, par les faits suivants, de l'accueil empressé que trouva Mabillon. A Naples (5), un page lui porta publiquement un bouquet, au nom du viceroi. À Florence, il reçut de Cosme IT un aimable accueil; une voiture de la cour le conduisit jusqu’à Bologne. En outre, le fils aîné du grand-duc le traita, lui etses compagnons, avec une courtoisie qui les confondit (6). La congrégation de l’Index, à Rome, consulta Mabillon sur les ouvrages de Vossius relatifs aux Septante(1). C'est assis et couvert qu'il fit son rapport; on adopta son avis.
mencer à en faire profiter Ménage. Celui-ci écrit le 10 déc. 1666 à Magliabechi. « Quod scribis Accademicos vestros de edendis linguae vestrae originibus cogitationem omnem abjecisse, id mihi, ne quid dissimulem, valde gratum est » Lettre inéd. de Ménage publiée par L. G. Pélissier dans ses Documents annotés.
(4) Tel fut Emeric Bigot. Cf. Un voyage littéraire en Italie, à la p. 76 des Documents annotés. Tel fut aussi Vaillant. Cf. p. 209 du Bibliographe moderne, T année, 1903. Lettres de l'abbé Nicaise.
(2) Outre les compagnons de route des Pères Mabillon et Montfaucon, nous pouvons citer le Père de Vie. Voir Dom Tassin : Hre litt. de la Congr. de Saint-Maur, p. 514. (Bruxelles, MDCCLXX.)
(3) Le premier quitta Paris le 1°" avril 1685, il v fut de retour le 2 juillet 1686. Le deuxième partit pour l'Italie en mai 1698 et y passa près de trois ans. Voir leurs éloges dans l'He lit. de la Congr. de Saint-Maur.
(4) Sur les honneurs qu’il reçut, voir p. 110 et suiv. de l'Abrégé de la vie de Dom Jean Mabillon... par dom Thierri Ruinart..…. À Paris, chez la veuve François Muguet, MDCCIX.
(5) Corresp. inéd. de Mabillon et de Montfaucon avec l'Italie, t. 1, p. 164. Voir aussi p. 153.
si Ja = p. 16%. Voir aussi, p. 235.
1) Id. t. 1, p. 186, 207, 212; t. III, p. 295. Le Votum D. Joannis Mabitton De D Isucci Vossii Opusculis, se trouve au tome Il, p. 59 et suiv. des Ouvrages posthumes dè D. Jean Mabillon et de D. Thierri Ruinart,
senedictins, de la Congreg. de Saint-Maur. Paris MDCCXXIW.