‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 44 sur 77 · ONE · texte numérisé non relu

ONE

deux princes, Cosme IT à Florence, Renaud d’Este à Modène (1).

Leur renommée, les bénédictins français la devaient en partie à leur exploitation méthodique d’un trésor longtemps oublié ou dédaigné. Ils en rappelèrent l'étendue et le prix à ses heureux possesseurs. Une fois prévenus, les Italiens furent parfois tentés.de se réserver à eux-mêmes leurs richesses. Bien mieux, ils ne se gardèrent pas toujours d’une pointe de jalousie contre ces étrangers, dont le labeur intelligent et fécond faisait ressortir, par contraste, l’indolence ct la paresse d’autrui.

En 1692, voici comment Noris souleva quelques protestations. Placé à la tête de la bibliothèque du Vatican, il avait, dit-il, témoigné à des compagnons de Mabillon une amabilité qui parut excessive à des écrivains du pays (2). Un peu plus tard, l'helléniste toscan Antoine-Marie Salvini encourait un reproche analogue, pour avoir communiqué au P. de Montfaucon un renseignement inédit. N’eût-il pas mieux valu qu’un Italien en profität (3)?

Salvini lui-même n’usa pas toujours envers nos bénédictins d’une obligeante courtoisie. Une fois rentrés à Paris (4), Mabillon et ses amis apprirent, par une lettre, un procédé fort peu amical de l’érudit florentin. Ils avaient, prétendait celui-ci, reproduit de façon très fautive une certaine inscription. Mais, au lieu de les avertir discrètement, il divulguait partout leur erreur, avec des commentaires sans doute désobligeants.

(1) Voiren particulier aux pages 33, 34,37, 395, #11, du Diarium italicum, Sive Monumentorum Veterum Bibliothecarum, Musaeorum, etc. Notitiae singulares in Itinerario Italico collectae. Additis schematibus ac figuris. À. R. P. D. Bernardo de Montfaucon, Monacho Benedictino, Congregationis Sancti Mauri. Parisiis MDCCIT. Apud Joannem Anisson.

(2) Rome 6 déc. 1692. « Per servire il P. Mabillon, e suoi dotti compagni, ho fatto un errore di lasciarli copiare molti titoli di Autori de’ Libri Mss. che sono negl’ Indici, il che non è mai stato permesso da’ miei Antecessori, e questi scrittori della Vaticana mormorano di tale mia permissione. » — Epistolae Clarorum Venetorum ad Magliabechium. Vol. I, p. 162.

(3) Corresp. inéd. de Mabillon et de Montfaucon, t. UM, p. 170, n. 4. — : « Emmi stato detto : Perchè farla vedere a forestieri quando la possiamo portare e annotare e farci onore noi Italiani ? lo l’avrei mostrata siccome l’ho mostrata a chiunque Italiano si diletta d’erudizione ; ma essendo noi un poco pigri, è meglio che questa si porti da un dotto foresliere che da nessuno. » Sur l’extrème complaisance de Salvini pour Montfaucon, voir Dino Ttalicum, p. 202, 354, 355, 394.

(4) Corresp. inéd. de Mabillon et de Montfaucon, t. Il, lettre CLXXIX. De Michel Germain à Magliabechi, le 10 mai 1688.

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. Les personnages visés se montrèrent d'autant plus froissés, qu'ils croyaient bien mériter de l'Italie. Ils avaient publié, à leur retour en France, le premier volume du Museum italicum précédé de l’Zer Ztalicum.Ns y réhabilitaient la péninsule généralement calomniée par ceux qui l'avaient parcourue. Dès lors, pourquoi les sentiments hostiles de Salvini? Essayons d'en. expliquer la cause. Si jamais les bénédictins français n’imprimèrent une parole blessante pour l'Italie, surent-ils observer la même réserve dans leurs causeries familières ou leurs lettres ? Un d’entre eux, le Père Germain, recommandant à Magliabechi le Traité des études monastiques, lui écrit avec une rude franchise (1) : « A la fin notre Père y a mis un catalogue des principales difficultés qui se rencontrent dans chaque siècle sur l’histoire et la tradition de l'Église, et ce serait bien de quoi faire exercer messieurs vos wirtuosi, s'ils avaient le goût tourné à savoir à fond la religion, et la doctrine de l'Église, comme nous autres Français en faisons nos délices et le capital de nos applications. Vos grands génies rendraient un service incomparable à l’Église et se rendraient aussi vénérables à toute la terre, s'ils pouvaient se captiver depuis l’âge de quinze à seize ans jusqu’à soixante pour approfondir ces matières, dont les hérétiques, les libertins et les esprits forts abusent étrangement, lorsque vos Messieurs payés, la plupart pour cela, c’est-à-dire revêtus de bons bénéfices, songent à toute autre chose qu'à soutenir, par ces armes fortes et solides, les intérêts de leur mère qui les a rendus si grands et si illustres ».

Michel. Germain entretient aussi du nouvel ouvrage le P. Gattola, archiviste du Mont-Cassin (2). Le Traité des Bus monastiques ‘étant rédigé en français, il en prend motif pour conseiller à son correspondant d'étudier cette langue. Outre ” que certaines qualités la rendent supérieure à l'italien, les savants l’emploient pour rédiger des travaux qu’un refigieux ne néglige pas sans grand Dao pour sa € ulture. Il est vrai, ajoute-t-1l nn ohent que la péninsule s'occupe peu de s’instruire. Qu'ambitionnent ses plus grands esprits? De versifier en langue vulgaire !

(1) Correspond. inédite, etc., p. 318, t. II (12 mars 1691).

(2) Correspond. inédite, ete., p. 324, €. IL (Kal. octobris 1691).

Sans doute ces deux lettres de Michel Germain sont postérieures à sa rentrée à Paris et aux attaques de Salvini, mais elles traduisent des impressions recueillies au cours du voyage ; selon toute vraisemblance, un homme si peu complimenteur (1) ne dissimula pas toujours aux Italiens, dans ses propos familiers, l'avantage, réel ou non, qu'il attribuait à sa patrie sur leur pays? Pour peu que le P. Mabillon ou un autre de ses compagnons leur aient causé quelques froissements du même genre, on admettra que Salvini ait pu éprouver un peu charitable plaisir à prendre en faute, lui, Italien, ces Français si convaincus de leur supériorité.

Du moins, tant que Mabillon séjourna en Italie, lui épargna-t-on toute marque d'hostilité. Quelques années après, on fut moins timide ou plus franc envers un autre de nos bénédictins, le P. Bernard de Montfaucon. Un des principaux employés de la Vaticane tendit maint piège à son érudition, pour la prendre en défaut. « Un jour, entre autres, que Dom Bernard étoit à la Bibliothèque avec beaucoup de monde, M. Zacagni (2) mettant devant lui un manuscrit Grec tout ouvert, lui dit avec une politesse affectée : Vous êtes trop connoisseur pour ne nous pas instruire de l'âge de ce manuscrit: et nous vous en prions. Dom Bernard ayant examiné un moment la page, lui dit que le manuscrit avait environ 700 ans. Vous vous trompes, répliqua alors sèchement le Sous-Bibliothécaire : #7 est d'une bien plus grande antiquité: et le nom de l'empereur Basile le Macédonien qui se trouve à la tête. en fait foi. Voyons. réprit Dom Bernard en souriant, st ce ne seroit pas plütôt Basile le Porphyrogénète, qui, comme vous saves, est d'un siècle et demi plus bas : on lui montra l’endroit, et dès la seconde ligne, 11 y trouva ces mots 'ex rüç roouiopuç : né dans la pourpre. Ce sont les Bollandistes, ajouta M. Zacagni, qui m'ont induit

(4) M. E. de Broglie a déjà fait remarquer que le P. Germain, par sa fougue et son intempérance de langue, dut causer plus d'un ennui à

Mabillon. Voir p. 401 de Mabillon et la Société de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à la fin du dix-septième siècle. Tome premier. Paris, Plon,

(21 Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres avec les Mémoires de Littérature tirés des Registres de cette Académie depuis l'année MDCCXLI jusques el compris l’année MDCCXLIII. Tome seizième. À Paris de l’Imprimerie Royale MDCCLI. Voir les pages 327-328. L'éloge de Montfaucon par de Boze commence à la page 320.

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en erreur: passons à quelque autre chose. Ces autres choses ne lui réussirent pas mieux : Dom Bernard accusa toujours Juste, et releva si souvent son captieux émule, que la nombreuse compagnie qu'il avoit lui-même assemblée pour être témoin de ses succès, en fut honteuse et embarrassée pour lui. ».

N’obéissaient-ils pas aussi à une mesquine jalousie, ces bénédictins de San-Giorgio-Maggiore, à Venise, qui refusaient l'hospitalité à Montfaucon, ne lui permettant même pas de parcourir les manuscrits ou, tout au moins, le catalogue de leur bibliothèque (1)? En revanche, de nombreux témoignages d'estime étaient de nature à consoler Montfaucon des petites tracasseries dont il souffrait parfois. Notons-le néanmoins : quand elle parle de lui ou de ses confrères, on découvre une tristesse patriotique même chez une élite italienne qui, contre les érudits voyageurs, ne nourrit aucune hostilité et ne nt certes jamais le plus léger propos malveillant.

Après avoir reçu le Diarium italicum, Muratori écrivait au Père de Montfaucon : «On n'aurait pu me faire présent d’un livre plein d’une plus profonde érudition ». Puis, sur un ton ironique, il ajoute qu'à la place d’éloges etde remerciements, il réserve à l’auteur des plaintes et des outrages ; car celui-ciest un glouton, il a dépouillé la péninsule entière, il a emporté tout ce qu’un labeur infatigable lui a permis d’arracher; le reste, il en adressé la liste détaillée àl’usage de nouveaux pillards. Sans doute, 1l faut louer la bienveillance de ce Français qui, ménageant les Italiens, n’a formulé aucune critique contre leur inertie et leur ignorance; mais son œuvre crie bien haut ce qu'il tait. Et la lettre finit avec la revue admirative des travaux que le bénédictin a exécutés au cours de son voyage (2).

(4) « Petentibus ut nobis codices bibliothecae, aut saltem catalogum lustrare liceret, utrumque negatur : frigida omnia, inofficiosis hominibus longum vale diximus ». Corresp. ined. de Mabillon et de Montfaucon avec l'Italie, t. M, p.31. — Ce fait ne fut pas isolé, car dans la préface du Diarium italicum on lit : « In conficiendis autem catalogis non pari diligentia semper uti facultas fuit... alicubi, quia non ita lubenter huic me labori vacare cernerent ii quorum in ditione bibliothecae erant. »

(2) « Expilasti, perditissime-helluo, Italiam universam ; exportatis iis, quae per improbum laborem corradére tibi licuit; quae vero superfuere, singula novis praedonibus liberalissime revelasti.. Certe laudanda humanitas tua, qui inertiam nobis, atque ignorantiam minime exprobraris, quod tot thesauros inscii desidesque incubemus. Verum liber ipse tuus,

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L'estime que Muratori éprouvait pour Montfaucon, aucun sentiment mesquin ne l’empêcha d’en parler à son propre souverain, le due de Modène. I lui signala que, dans le Diarium italicum, le savant religieux mentionnait l’accueil bienveillant trouvé auprès de Son Altesse en 1698 (1), énumérait (2) beaucoup des manuscrits les plus rares de la Biblioteca estense, en publiait même un fragment. Jusqu'ici, on n'avait pas connu le prix d’une si riche collection; maintenant elle deviendrait fameuse (3).

En 1685, Mabillon avait excité dans l’âme d’un dignitaire de l’église deux sentiments analogues à ceux que le Miarium italicum inspire à Muratori. Le cardinal Barbadici approuvait le zèle de ce bénédictin, mais avec le regret que, dans la péninsule, on fût assez négligent pour ne pas tirer soi-même parti de biens qu’on laissait exploiter à des Français (4).

Trente et un ans plus tard, le P. Quirini, entreprenant une importante œuvre d'histoire monastique, s’écriait: « Enfin, les religieux de ltalie n’encourront plus le reproche dont les accablent trop d'étrangers. Ceux-ci viennent se documenter dans les archives de nos monastères et répètent ensuite : « Que d’insouciance, quelle apathie chez ces moines indignes de leurs laborieux devanciers! Honte surtout aux bénédictins!

vel te tacente, id alte clamat ; factumque est, ut et ignaviam nostram modeste prodideris, et ignavos non sine invidenda felicitate spoliaris. EL haec quidem nos poena decebat. » Epistolario di L. A. Muratori edito e curato da Matteo Campori Il, p. 619. « À Bernardo de Montfaucon in Parigi. Mutinae XVI Kal febr. MDCCIIL »

(1) Diarium Italicum, p. 33-34.

(2) Id, p. 31.

(3) Epistolario de Muratori, t. Il, p. 617. « À Rinaldo I d'Este, 12 gennaio 4703. — 11 P. D. Bernardo di Montfaucon Benedettino franzese, uno dei più dotti uomini che vivono oggidi, mi ha trasmesso in dono il suo Iter ltalicum.… Fa egli quivi onoratissima menzione di V. A. e della benigna udienza, ch’ Ella gli diede l’anno 1698, rapportando i sensi da Lei uditi. Loda poi non poco la Biblioteca di V. A. S., annovera non pochi de’ più rari manoscritti, e pubblica eziandio un ragguardevole squarcio copiato da uno di essi..…. Finora non s'era conosciuto il pregio della Libreria Estense e da qui avanti comincierà ad essere famosa. »

(4) Epistolae Clarorum Venetorum ad Magliabechium. Vol. IE, p. 14. « Venezia 17 nov. 1685. — Godo di quello fa il P. Mabillon, della diligenza che pone di ritrovar manoscritti, che per lo più stanno nelle Librarie a cibo de’ tarli, e non ad erudizione degl' Huomini : ma mi dispiace che noi ltaliani siamo cosi negligenti, che lasciam venire i forestieri a cercare quello, che sia nelle nostre casse, in casa nostra. »

Avoir en toute propriété un si bel héritage et être incapable d'en profiter soi-même ! ». Certes, ajoutait le P. Quirini, on ne pouvait reprocher de telles médisances à tous les voyageurs qui avaient parcouru la péninsule en archéologues. Quelquesuns s'étaient gardés de l’offenser et leur souvenir y restait cher. Leur intrépidité n’en humiliait pas moins l'Italie; venus de si loin, ils avaient bravé de si cruelles fatigues, pour

révéler à cette contrée l'étendue de ses richesses ! Parmi ceux auxquels pensait Quirini, en tenant ce langage, se trouvait sûrement le P. Mabillon, car, plusieurs fois dans son discours, il célèbre en termes enthousiastes la mémoire vénérée de ce religieux (1).

On ne s'étonnera pas qu'avec des hommes aussienviés et aussi estimésque nos bénédictins, on ait voulu rivaliser, en leschoisissant comme guides. Nous voyons en effet qu’en 1684, le.prieur des feuillants de Florence fit demander à Mabillon une méthode pour apprendre à étudier le passé : vœu auquel déféra le savant français (2). En 1717, une histoire monastique de l'Italie manquait encore. Les comices bénédictins réunis à Pérouse résolurent de combler cette lacune. Ils rendirent un décret où, célébrantles mérites du P. Mabillon, ils le proposèrent comme modèle au futur historiographe. S'ils donnèrent ce titre au

(4) De Monastica Italiae historia conscribenda dissertatio. Authore D. Angelo M2 Quirino Veneto, Congregationis Cassinensis Monacho et Historiographo. Romae MDCCXVITL. — On notera le passage suivant : « At offensio haec ipsa erat atque admodum odiosa, quod hujusmodi homines per immensa itinerum incommoda ltaliae cœnobia adeuntes thesauros effodiant, eripiant, avertantque, quos nos, veluti damnosam hereditatem repudiare, atque aspernari videamur; remque proinde vehementer iidem ipsi postea clamitabunt, quod Itali Coenobitae non externarum tantum, sed domesticarum etiam rerum notitias ex alienigenarum eruditis lucubrationibus haurire cogeantur. » (p. 8-9). — L'historien choisi regrette qu'on n'ait pas préféré à lui quelqu'un en état de mieux supporter la comparaison avec les bénédictins français qui ont travaillé et travaillent encore à des travaux du même genre. « Idque eo magis optandum videbatur, quod hac tempestate celeberrimi, iique doctissimi viri, atque in monasticis studiis exercitatissimi Galliarum Cœnobitae Benedictinis Annalibus describendis egregie desudent, jamque partim ediderunt, partim sunt edituri, in quibus ea, quae Monachi nostri in Galliis, atque in exteris plerisque regionibus gesserunt, adeo ubertim tractantur » (p. 12).

(2) Voir p. 245 de l'Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, ouv. cité.

P. Quirini, c'est en grande partie parce qu’il avait reçu à Sant- Germain-des-Prés les conseils de personnages répulés pour leurs travaux d’érudition (1). Déjà, une quinzaine d'années plus tôt, le grand-duc de Toscane, suivant les conseils du P. de Montfaucon, avait envoyé à Paris, pour se perfectionner auprès de tels maîtres, le jeune Dom Anselme Banduri, qu'il destinait à une chaire d'histoire ecclésiastique à Pise (2). Jean Lami, qui enseigna cette matière à Florence, s’était formé à la même école (3). Sans avoir joui d’un tel avantage, d’autres érudits de la péninsule ne se donnaient-ils pas pour les disciples des mêmes Français ? En effet, la méthode et l’œuvre de Mabillon ou de Montfaucon ne trouvèrent pas, le cas échéant, de plus zélés soutiens que des jeunes gens, dont la formation était postérieure au réveil intellectuel que l'exemple de ces moines avait tant contribué à produire. Lorsqu’en 1703, Barthélemy Germon (#4) s’attaqua au De re diplomatica de Mabillon, le P. jésuite fut vivement pris à parti dans des ouvrages signés de Just Fontanini, Dominique Lazzarini, Antoine Gatti, Scipion Marante, Claude Monterchi (5).

(1) De Monastica Italiae historia conscribenda, ouv. cité. A la p. 54, on lit en marge « Annales benedictini Mabillonii a Patribus (ceux des comices) in Decreto vehementer laudati, et veluti exemplar Auctori propositi » L'auteur dit à son auditoire composé précisément de ces Pères : « nihilque in eo genere doctorum hominum judicio fieri posse absolutius pronunciastis ». Et à la p. 18: « Reputastis etiam arctam familiaritatem, qua Doctissimis illis Galliarum monachis Parisiis quotidiana duorum, et amplius annorum consuetudine convinctus fui, et cum iis praesertim, quos Benedictinis Annalibus moderatorum suorum cura praefecerat ».

(2) Hist. de l'Ac. Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tome, XVI p. 349, 350, dans l’Eloge du P. Banduri, par Fréret.

(3) Voir p. 71 de l’Elogio del D' Giovanni Lami Recitato nella Real Accademia Fiorentina nell adunanza del di 27 di settembre 1787 dall abate Francesco Fontani Bibliotecario della Riccardiana, Firenze MDCCLXXXIX.

(4) De veteribus Requm Francorum diplomatibus, et Arte secernendi antiqua diplomata vera a falsis, disceptatio ad R. P. D. Joannem Mabillonium. Parisiis, apud Joannem Anissen, 1703. — Disceptatio seconda. Parisiis, Claud. Rigaud, 1708.

(5) Voir Giornale de’ Lett. d'Italia, t. Il, un article où ces ouvrages sonf analysés. Voici un passage de l’un d'eux: Scipionis Marantae messanensis Expostulatio in Bartholomaeum Germonium pro antiquis diplomatibus, et codicibus manuscriptis. Messanae, s. a. P. 3, s'adressant à Germon, on lui dit : « admirabilis fuit tua confidentia et audacia, in eum senem scribere velle, quem omnes Galli, immo tota Europa propter ejus suavissimos,

Quant à Montfaucon, voici le fait que rapporte le savant de Boze (1). « Le Diarium Ltalicum parut en 1702...

Un de ces Antiquaires, dont le principal mérite consiste à indiquer ou à faire voir aux étrangers les curiosités littéraires de Rome et des environs, crut au bout de cinq ou six ans, qu'il étoit de son intérêt d'arrêter le cours d’un ouvrage qui diminuoit sensiblement ses fonctions : il ft une Critique pompeuse du Diarium, et ses confrères et lui la firent imprimer à frais communs en 1709 (2). Dom Bernard hésita à la réfuter, uniquement parce qu'elle n’en valoit pas la peine. Cependant, ses amis ly ayant engagé, il la renversa de fond en comble, dans le supplément du Journal des Savans de la même année. Mais il avoit été prévenu en Italie : un savant Religieux du mont Cassin, Dom Romuald Ricobaldi, avoit déjà pris sa défense, et publié à son insu l'Apologia del Diario Ltalico » (3).

atque optimos mores, divinumque ingenium certatim amarunt, ut nuncC nomen ejus maxime colunt, aut venerantur. » Et on continue en faisant l'éloge des bénédictins français, en général, et en soutenant que depuis longtemps ils sont victimes de la jalousie des jésuites. — Autre ouvrage composé pour défendre Mabillon : I! collegio Mabilloniano sostenuto nelle sue vere regole diplomatiche e garantito dai Sofismi de’ Pirronici Germoniani. S. L. et. a.

Sur la querelle, voir C. Beretti, Istoria della querra diplomatica. Milano, 1729 ; — Histoire des contestations sur la Diplomatique. Paris, 1708.

(1) A la p. 330 de l’Hist. de l'Ac. Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tome XVI. :

(2) Osservazioni di Francesco de’ Ficoroni sopra l’Antichità di Roma «lescritte nel Diario Italico pubblicato in Parigi l'anno 1702 dal M. Rev. Padre D. Bernardo de Montfaucon, nel fine delle quali s'aggiungono molte cose antiche singolari scoperte ultimamente tra le rovine dell antichita. In Roma, nella Stamperia di Antonio de’ Rossi, 1709. — Dans l'avis aux lecteurs, Ficoroni raconte qu'il a fait visiter Rome à beaucoup d’étrangers. Comparant ensuite leurs notes avec le Diarium Italicum, ils ont cru avoir vu mal et incomplètement les antiquités de la ville. Ils en rendent responsable en partie leur cicérone. Pour lui, il juge que c'est Montfaucon qui se trompe, faute de compétence, faute de temps pour tout voir avec soin ; en outre le bénédictin s’est fié à un manuscrit moderne, qu'il a cru ancien. En passant, Ficoroni rend hommage aux érudits français qui s'occupent des antiquités romaines. « À dirne il vero tra paesi ne’ quali questo studio ora fiorisce, pare a me, che il più fecondo sia quello della Francia, del cui vastissimo Regno escono di continuo alla luce opere erudite, e commendabili » (p.141).

(3) Apologia del diario italiano del molto Reverendo Padre Don Bernardo Montfaucon Monaco Benedettino della Congregazione di San Mauro Contra Le osservazioni del Signor Francesco Ficoroni, Composta dal Padre Don Romualdo Riccobaldi Monaco Benedettino della Congregazione Cassinese.

Dans cet opuscule, l’auteur qui s'appelle en réalité Paul- Alexandre Maffei (1), déclare difficile de trouver un homme instruit auquel reste inconnue la brillante renommée de Montfaucon. Il nomme celui-ci l’ornement de son ordre, de l'Église, voire de toute la République des lettres. Il manifeste, en même temps, son respect et sa reconnaissance à la congrégation tout entière de Saint-Maur pour les utiles travaux dont lui est redevable le catholicisme (2).

Qu'en dehors des cas particuliers cités plus haut, les méthodes employées par les érudits italiens aient subi l'influence des bénédictins français, on peut admettre le fait comme probable si l’on compare les ouvrages des uns et des autres (3).

Dedicata Agl Illustrissimi ed Eruditissimi Signori I Signori Giornalisti di Venezia. In Venezia, MDCCX.

(4) C'est ce qui ressort de la réponse faite à l’Apologia, dans la Lettera A letoloica di Monorfelino indirizzata all Ilustriss. Sig. Antonio Vallisnieri, Veneziano. Nell’ anno 1713. — Voir sur le débat, Giorn. de’ Lett. d'Italia, t.'X, p. 519-522; et t. XIE, p. 485.

(2) Dans la dédicace aux journalistes, le pseudo-Riccobaldi écrit : «Sarà malagevol cosa, il ritrovare alcun uomo letteralo, a cui non sia giunta a notizia l'illustre e chiara fama del Padre D. Bernardo di Montfaucon, grande ornamento non meno della mia Religione, che della chiesa, e di tutta la Repubblica letteraria, per le sue rinomate fatiche messe alle stampe ; fra le quali maravigliosamente risplendono la famosa edizione dell Opere di S. Atanasio ecc. ed altri molti insigni lavori, ammirati, e approvati dal comun consentimento e voto degli eruditi. A queste grandi Opere aggiunse egli nell’ anno 1702, il suo bel Diario Italico..., Quindi è, che essendosi questo libro conciliato un sommo credito, tutti gli Eruditi non solamente d'Italia, ma d'Europa l'hanno ricevuto con encomj, e applauso, si in riguardo dell’ eccellenza del lavoro, e del celebratissimo suo Autore, come anche di tutta la venerabil congregazione di S. Mauro, alle cui infaticabili applicazioni, tutte intese ad edificare il mondo cattolico colla pietà, e à giovargli co’ sagri studi, e colle tante Opere de i Santi Padri, per cura di quei buoni Religiosi illustrate, tanto, e tanto dobbiamo ». Dans la lettre au lecteur, Riccobaldi dit qu'on a répandu en Italie une quantité prodigieuse d'exemplaires des observations de

Ficoroni.

__ (3) On notera le passage suivant où Muratori, après avoir esquissé la seule méthode, suivant lui, qui puisse produire de bons travaux d’érudition, déclare que l'histoire profane ou sacrée s’est récemment enrichie d'œuvres importantes, grâce surtout aux Mabillon, aux Montfaucon, ainsi qu'à d’autres bénédictins, comme aussi grâce aux Bollandistes. « Hassi à scrivere un’ Istoria. Non tocca al nostro cervello il cavarla da’ suoi gabinetti. Bisogna solo e distendere quello che è stato, ed è, e senza che noi di nostro eapriccio vi possiamo aggiungere azioni e cose nuove, o mutar le vecchie... Nulla servirebbe la Filosofia, nulla il più vigoroso Ingegno, ove mancassero 1 fonti esterni da trarne le notizie pertinenti all Istoria pro-

Considérons, en effet, le célèbre Muratori au travail. Copier où faire copier exactement, dans les archives italiennes et parfois étrangères, des documents inédits importants, comparer aux originaux et corriger des ouvrages déjà imprimés, mais peu répandus : tel est le premier souci du savant bibliothécaire. Il accompagne ensuite d’éclaircissements les opuscules reproduits. En tête de chacun il insère une préface: il y décrit le manuscrit consulté, en prouve l'authenticité, indique où il l’a trouvé et fait l’histoire de l’auteur. Quant aux notes explicatives du texte, elles prennent parfois tant d'importance qu’elles deviennent des dissertations formées elles-mêmes de témoignages que Muratori rapproche et commente. Par exemple, mettant au jour une œuvre d’un Père de l'Église, il se trouve amené à composer des pages captivantes sur la cohabitation trop intime de certains ecclésiastiques avec des vierges, aux premiers siècles de notre ère, sur les banquets, qui, à la même époque, se donnaient dans les temples chrétiens, sur la sépulture des plus anciens fidèles (1). C’est avec une telle méthode qu'il conçut et composa, entre autres œuvres, ses Anecdota Greca, où il publie, pour la première fois, des vers de saint Grégoire de Nazianze et des lettres de Julien lApostat (2);

posta. Se questi fonti si possono trovare, la Filosofia vuol tutti, per quanto è lecito, avergli in sua balia, e attentamente considerarli. Poscia comincia a disaminare, a confrontare i luoghi, 1 tempi, i passi. Truova diversità, e contrarietà negli Autori ; acutamente s’ingegna di conciliare una tal dissensione. Non si pud ? Mettesi ad osservare, quale degli Autori, e de’ Libri meriti maggior fede in quel racconto. Non si fida de i Testi, e documenti stampati, ricorre a i manoscritti più autichi, più autentici, e talora truova un gran soccorso da una sola differente parola... Pesca nelle più polverose Librerie, e ne’ più riposti Archivi, Opere non mai pubblicate, antichi Diplomi, Epistole, ed altre memorie sepolte.…. A° nostri giorni ha l'Istoria sacra e profana ben profittato di molto, mercè della diligenza usata in questa parte da’ vari Eruditi, fra i quali massimamente o si sono segnalati, o seguono à distinguersi, i Padri d’Achery, Mabillon, Montfaucon, ed altri Benedettini della Congregazione di San Mauro in Francia, siccome ancora i Padri Gesuiti d'Anversa. » (Riflessioni sopra il Buon Gusto, ouv. cité, 2° partie, p. 54, 56,57.)

(1) Anecdota Greca, quae ex Mss. Codicibus nunc primum eruit, Notis el Disquisitionibus auget Ludovicus Antonius Muratorius. Patavii, 1709. Y voir p. 218 et suiv., p. 241 et suiv., p. 258 et suiv.

(2) Mème ouvrage. — Il publia aussi des Anecdota quae ex Ambrosiande Bibliothecae codicibus nunc primum cruit Muratorius. 4 vol. 1696- AUrÉoE

ses Antichità Estensi (1), où il traite de lorigine, de l’antiquité, et des ramifications de la maison d’'Este; ses Aerum [talicarum scriptores (2), recueil de chroniques pour la plupart inédites, rédigées du v° au xv° siècle par des hommes grossiers et barbares, mais recommandables précisément en raison de leur simplicité sans fard : ils abondent en menus détails qu’un écrivain plus prétentieux dédaigne, mais qui séduisent un lecteur curieux de connaître les anciennes mœurs.

Qu'on se rappelle maintenant l’œuvre entreprise par Mabillon. Il parcourt l'Allemagne et Flitalie, pour compulser les archives et visiter les bibliothèques. Aidé de confrères diligents, il examine et copie sans relâche des manuscrits. Il à soin d'illustrer les textes qu'il fait imprimer. Par exemple, ses Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti (3) sont enrichis de préfaces et d'observations où il rétablit la chronologie, démêle la vérité historique, explique les usages des diverses époques, fixe les points essentiels de la discipline de l'Église. Après une longue et douloureuse maladie, n'étant pas encore en état de continuer cette entreprise de longue haleine, il s'amuse à extraire de ses portefeuilles quantité de documents nouveaux. Il y joint des notes savantes et les donne au public en quatre volumes, sous le titre d’Analecta (4). Il trouve à Luxeuil un ancien lectionnaire du rite gallican, écrit en beaux caractères mérovingiens. Il en tire de précieux détails qui, unis à quelques autres, lui permettent de reconstituer la liturgie gallicane antérieure à Charlemagne (5).

Nous ne passerons pas en revue tous les ouvrages de Mabillon. Ces aperçus indiquent assez quels rapports unissent

(4) Delle Antichità Estensi ed Italiane. In Modena 1717-1740. 2 vol.

(2) Rerum Italicarum Scriptores ab anno aerae Christianae quingentesimo ad millesimum quingentesimum, etc. L.-A. Muratorius..… collegit ordinavit et pracfationibus auæit ecc. Mediolani, 1723-1751. 25 vol.

(3) De 1668 à 1702, ils parurent à Paris, en 9 vol. Voir H°e de l'Ac. des Inser. t. [, p. 357, — Les Acta ont été longuement analysés par Dom Tassin dans l'H°e litt. de la Congrég. de Saint-Maur, p. 221 et suiv.

Dans Mélanges et Documents publiés à l'occasion du 2° Centenaire de la mort de Mabillon (Paris, Champion, 1908), M. Léopold Delisle a une étude sur Dom Jean Mabillon, sa probité d'historien.

(4) Veterum Analectorum tomus L... Lutetiae Parisiorum, 1675. — Les t. IL, LIL, IV parurent en 1676, 1682, 1685.

(5) De Lilurgia Gallicana libri HIT (1685, à Paris).

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