‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 61 sur 77 · DO · texte numérisé non relu

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gneux (1). À propos d’un recueil publié par certaine académie de Bologne, on fait honneur à cette société de ne pas s’appliquer seulement à la simple poésie, mais de s’adonner surtout aux recherches érudites, à la philosophie, à la physique. — Le (riornale de Parme, qui commence à paraître en 1686, fait plus de cas des œuvres en vers. Il n’admet pas qu’elles prêchent aux mortels le contraire de la résignation ou qu’elles peignent l'âme asservie aux sens (2). Mais il recommande celles qu'anime l’amour conçu à la manière de Pétrarque (3). En même temps, il annonce et analyse avec une grande sympathie celles qui développent des enseignements chrétiens (4). Si la nature elle-même des idées lui importe beaucoup, il s'intéresse, en outre, à la façon de les présenter. Il félicite G. Semenzi d’avoir, dans son Mondo creato, enchaîné les siennes avec une logique digne de la géométrie : on dirait une suite de théorèmes (5).

Tandis que savants et ecclésiastiques essayaient ainsi de réagir contre les abus du secentismo, des attaques partaient de l’autre côté des Alpes contre divers poètes italiens. On les blämait de tomber précisément dans les défauts qu’un Segneri, un Redi, un Bacchini rêvaient de déraciner. Ainsi, l'étranger concourait à rappeler les auteurs de la péninsule au respect de la décence et de la raison. Ces reproches émanaient, au dernier tiers du siècle, de Français qui parlaient en leur nom personnel ou reproduisaient les propos tenus par des devanciers.

On s’en prit à Marino dont Baillet flétrissait limmoralité (6) et que le P. Rapin avait condamné en ces termes : « Je ne parle point du Chevalier Marin dans son Adone : c’est un trop méchant modele : quoy qu'il ait autant et mesme plus d'esprit (1) N° du 25 février 1672. À propos des Prose de’ Signori Accademici Gelati.

(2) Année 1688, p. 215, à propos d'un recueil où B. Dotti, victime du sort, soulage librement son cœur et n'exprime pas des sentiments dignes de Boèce. Le même Dotti chante un amour non chaste.

(6) Jugemens des scavans sur les principaux ouvrages des auteurs. Tome quatrième, quatrième partie. À Paris, chez Antoine Dezallier, MDCLXXX VI. Voir p. 182-183. N° 1404.

que les autres : car c’est un esprit évaporé qui s’abandonne si fort aux endroits brillans et agreables, dans (out son ouvrage, qu’il n’a, ce semble, aucun goust pour les solides » (1).

Mais il est à noter que la critique française censurait fort peu d'auteurs italiens du xvrr° siècle (2). Elle connaissait sans doute un très petit nombre d’entre eux, ou elle les dédaignait, pour la plupart, au point de ne pas vouloir perdre un instant à les juger. Autrement, elle ne les eût pas épargnés, elle si sévère, pour des écrivains plus dignes d’indulgence.

Impitoyable pour le dévergondage de Bembo (3), Baillet fustige aussi le cardinal della Casa (4) « quoique Dieu ait souffert que ce Ministre d’iniquité se soit glissé parmi les Princes de son Église ». Il déplore le libertinage de Louis Tansillo (5). Il rappelle que l’Aménta et le Pastor Fido ont servi de modèles à trop de pastorales nées en Italie depuis quatre-vingts ans, « avec tant de licence » (6). Sur la deuxième de ces pièces, 1l écrit : « On n’a point encore vù de Poëtes lascifs, ni d’Auteurs de Romans qui ayent sçù déguiser plus agréablement l’infamie des passions honteuses (7) ». Il qualifie la Æ2//2 di Sciro du comte Bonarelli, un piège dressé contre l'innocence et la pureté des mœurs (8).

Au Père Rapin (9), Armide, dans la Jérusalem délivrée semble « trop libertine et trop effrontée. »

Le Père Mambrun (10) blâme l’Arioste « d’avoir introduit trop indiserètement les Femmes dans les Armées ». La préface de la grammaire italienne de Port-Royal (11) signale que dans les

(4) Les Œuvres du P. Rapin, qui contiennent les Réflexions sur l'Éloquence, la Poétique, l'Histoire et la Philosophie. Avec le jugement qu'on doit faire des Auteurs qui se sont signalez dans ces quatre Parties des belles Lettres. Tome second. A Amsterdam chez Pierre Mortier MDCCIX. Voir Réfl. sur la Poëtique en particulier, p. 179.

(2) Jugemens des sçavans, tome IV, 4me partie. Fulvio Testi est blâmé pour son mauvais goût, (n° 1413).

(3) Jugemens des sçavans. T. IV, 3e partie, p. 223.

) Id., 3° partie, p. 251-252

5) Id., 32e partie, p. 400-401.

) Id. 4 4me partie, p.126, n° 1384.

) Id., 4e partie, p. 125.

3) Id., 4me partie, p. 110, n° 1378.

9) Réfl. sur la Poëtique en général, p.139.

(10) Dissertatio' de Carmine Epico, Paris, Cramoisy, 1652.

1) Sur l'Arioste, p. AIII-XIV de la Nouvelle méthode pour apprendre

œuvres du même poète, quelques endroits « peuvent blesser l'honnêteté ».

On n’épargnait pas Pétrarque « moins serupuleux à violer les règles de la pureté des mœurs... qu’à choquer celles de la pureté du langage (1) ».

Ce n’est pas toujours au nom de la morale qu’on s’en prenait aux auteurs italiens. Parlant du De Partu Virginis, on mentionnait que Balzac et Rapin n’ont jamais pu pardonner à Sannazar une déplorable faute de jugement. « Ge mélange qu’il a osé faire des fables du Paganisme avec les Mystères de notre Religion, a toüjours paru quelque chose de monstrueux aux personnes de bon sens (2) ».

Poètes peu judicieux aussi, l’Arioste et le Tasse. Le premier est « semblable à ces terres fertiles qui produisent des fleurs et des chardons tout ensemble ; il parle bien, mais il pense mal (3) »..….. « Il fait une partie de ses Fables de nos Mystères, et il se joüe de ce que nous adorons (4) ». Le second oublie quel ton grave convient au genre qu’iltraite dans la Jérusalem délivrée ; il mêle le «caractère badin avec le serieux, et toutela force et la Majesté de la Poësie heroïque à la délicatesse de l'Églogue et de la Poësie Lyrique (5) ».

facilement et en peu de temps la langue italienne. À Paris, chez Pierre Le Petit, MDCELX.

(1) Id., p. VI. — Avec quelle sévérité, d'autre part, Baillet (Jugemens des seavans, t. IV, partie 3e, p. 24), juge Pétrarque! « Toute imparfaite, et toute irreguliere qu'est son Afrique, quelque bas et quelque impur qu’en soit le stile, cet Ouvrage n’est point capable de luy produire devant les hommes sages, et moins encore devant Dieu une confusion pareille à celle dont ses pièces galantes luy ont couvert la face depuis son changement de vie jusqu à la fin de ses jours. » Il est vrai qu'il loue Pétrarque d’avoir enfin déploré les égarements de sa jeunesse.

(2) Jugemens des scavans, t. IV, 3%€ partie, p. 139. — Balzac rappelle et approuve le reproche adressé à Sannazar par Erasme. Voir p. 252-253 des Œuvres diverses du sieur de Balzac. Seconde édition. A Troyes, chez Nicolas Oudot MDCLVIIL. C’est dans la Dissertation sur une tragédie intitulée Herodes Infanticida. — Voir aussi Rapin : Réfl. sur la Poëtique, en partic. 2%e partie. Réfl. XIE.

(3) Rapin : Réfl. sur la Poëtique en particulier, p. 178.

(4) Jug. des Scavans, T. IV, 3%e partie, p. 159, où Baillet rapporte une partie d'un jugement de Balzac qui se trouve dans la Dissert. citée.

(5) Rapin. Réfl. sur la Poétique en partic. p. 173. Ménage fait un reproche du même genre au Tasse, p. 346 de l’Aminta, Favola Boscareccia di Torquato Tasso con le Annotazioni d'Egidio Menagio. In Venezia MDCCXXX.

D'ailleurs, avec la langue italienne, pouvait-on écrire aucune œuvre de caractère grave ? Ménage n’osait l’affirmer (1) et le P. Bouhours répondait non (2). Et Dante, dira-t-oni ? Sans doute, il avait su éviter le ton léger, mais pour être victime d'un autre écueil. Ses idées sont presque toujours si abstraites qu'il y a de l’art à les pénétrer ; Qil a l'air trop profond ».….. sa comédie « est d’une ordonnance triste et morne (3) ».

En somme, d’après certains critiques français, relève-t-on souvent des beautés solides dans les œuvres poétiques de FItalie ? Non, mais du clinquant, des pointes, de fausses pensées (4).

(4) I dit, p. 227 de l'Aminta. « Le Tragedie, nelle quali pure i nostri Corneli, Rotrü, Gombaldi, Durieri, Scuderi, Tristani, Meretti, Colletetti, ed altri, non dico agguagliano, ma di gran lunga avanzano tutti gl’ [taliani; o sia stata, come dice il Tassone, poca fortuna di questi, o imperfezione della Lingua Ilaliana nelle cose gravi. »

(2) Bouhours est fort dur pour la langue italienne. Voir en particulier p. 43, 62, 71 des Entretiens d'Ariste et d'Eugene. À Paris, chez Sebastien Mabre-Cramoisy, MDCLXXI. Nous citerons quelques phrases caractéristiques. « Y a-t-il rien de plus folastre que ces diminutifs qui luy sont si familiers? ne diroit-on pas qu’elle ait dessein de faire rire avec ces fanciulletto, fanciullino; bambino, bambinello, bambinelluccio.…. Ajoûtez à cela les mesmes terminaisons qui reviennent si souvent, et qui sont une rime perpétuelle dans la prose... Les Aliemans ont une langue rude et grossiere ; les Ilaliens en ont une molle et effeminée, selon le temperament et les mœurs de leur pais..…. La langue qu'on parle presentement en Italie est d'autant moins semblable à celle de l’ancienne Rome, qu’elle en est une corruption plus sensible; et si elle luy ressemble en quelque chose, ce n’est pas tant, comme une fille ressemble à sa mere, que comme les singes ressemblent à l'homme, sans avoir rien de ses qualitez ni de sa nature. »

(3) Rapin : Réfl. sur la Poëtique en part., p. 178.

(4) «Pour les Auteurs Italiens, ils sont toujours si remplis de pointes et de fausses pensées, qu'il semble qu'on doive leur passer ce stile, comme leur langue naturelle. Ils ne se contraignent nullement, quoiqu'ils fassent parler des Bergers, et ils n’en employent pas des figures moins hardies, ni moins outrées. … L’Aminte du Tasse est... ce que l'Italie a de meilleur dansle genre Pastoral... l'on doit être bien obligé à un Auteur Italien dene s'être pas davantage abandonné aux Pointes », p. 4118 des Œuvres diverses de M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise. Tome second. À La Haye, chez Gosse et Neaulme, MDCCXXVIIL. Discours sur la nature de l'Eglogue.

Boileau, dans la IX° satire, parle du clinquant du Tasse; et, dans l'Art Poétique, chant, il dit :

re laissons à l'Italie De tous ces faux brillants l'éclatante folie. »

Très nombreuses sont les pensées fausses que le Père Bouhours prétend relever chez les poètes italiens, dans le 3m dialogue de La manière de

bien penser dans les ouvrages de l'esprit. À Paris, chez Sébastien Cramoisv, MDCLXXX VII.

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