‹ Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 EnvironChapitre 69 sur 77 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De l'influence et de la connaissance des lettres anciennes, en Italie, entre 1700 et 1750.

SOMMAIRE. — [. On fait des emprunts à la mythologie, pour étoffer des poèmes lyriques. On l’exclut, en général, de l'opéra, sauf dans les ballets. — Pour la connaitre, on n'avait pas besoin de recourir aux textes anciens, il suffisait de lire les poètes italiens des siècles précédents. — On peut en dire autant pour quelques thèmes traités d'abord par Théocrite.

Les odes pindariques; l'influence de Pindare ne s’y retrouve aucunement.

Anacréon est, de tous les anciens, le poète le plus imité. — En général, on ne retrouve pas son tour d'esprit chez ceux qui s'inspirent de lui.

Quelques traces d'influence de Sophocle et d’'Euripide, de Tibulle, d'Horace.

IL. On ignore la langue grecque : doléances de A. M. Salvini, M. A. Ricci, J. Pecci; — et la langue latine: plaintes de Muratori, Gravina, Facciolati, Vico, etc. Certains trouvent que l’on consacre encore trop de temps à l'étude du latin; ainsi, Vallisnieri. Celui-ci, ainsi que quetques autres, demande que les Italiens ne rédigent plus leurs ouvrages dans cette langue. C’est ce parti que l’on prend en général.

IT. On ne connaît guère non plus les anciens, sauf Anacréon, par des traductions. — Néanmoins, après 1725 environ, celles-ci deviennent un peu plus fréquentes.

Il est un élément de la poésie grecque et latine que les écrivains en vers du seicento avaient, malgré leur dédain pour les maîtres anciens, volontiers adopté : la mythologie surabonde dans leurs œuvres dramatiques ou lyriques. Contre cet usage, quelques protestations inspirées par un zèle religieux s'étaient élevées, au début du xvrre siècle (1). En 1686, Semenzi les renouvela dans la préface de son Hondo Creato (2). À son avis, quiconque appelle le Très-Haut Jupiter, insulte un Dieu qui, pour détruire le paganisme, mourut sur la croix. Qu'on réserve aux scélérats l'injure de se nommer Vénus, Flore, Mercure et Cupidon ! De même, on outrage le Créateur en disant la planète Mars, le Centaure. Pourquoi ne pas substituer à ces mots Abraham et Josué, par exemple ?

(4) Cf. E. Bertana: Intorno al sermone del Mont sulla mitologia, dans Giorn. stor. e lett. della Liguria, 1, 3-#.

C'est aussi par délicatesse de croyants que, dans le premier quart du xvunt siècle, Bottazoni et Tagliazucchi s’attaquèrent à la mythologie (1). Au contraire, l'abbé Conti la rejette simplement comme trop froide; il préfère le merveilleux chrétien (2). Menzini ne partage pas ce dédain. « Le plus beau sujet qui puisse tenter un poète, dit-il (3), ce sont les louanges de la cause première. Qu'on chante done des hymnes à Cérès, à Pomone, à Bacchus, au bienfaisant Apollon, qui font sortir les semences cachées dans le sein de la terre. Ne voit-on pas que, sous leurs noms, on célèbre Dieu lui-même ? » De même, Muratori (4) approu ve Talesse qui, dans un poème sacré, donne à deux démons les noms de Pluton et d’Alecto : la religion enseigne qu'il existe des esprits infernaux: libre aux écrivains de les désigner comme il leur plait. En revanche, on choquait l’auteur de la Perfetta Poesia, ainsi, d'ailleurs, que F. Redi (5) et le Père Bacchini (6), si, dans une seule et même œuvre, on introduisait, à côté du Dieu et des saints du christianisme, les divinités païennes. C’est la vraisemblance qui s'opposait à ce mélange.

La mythologie comprenait donc, parmi les critiques, à peu près autant de partisans que d’adversaires. Quant aux poètes, ils en firent, suivant le cas, un usage modéré ou excessif. D'une part, en effet, ils l'exclurent le plus souvent de l'opéra (7). Celui-ci s’écarta, en général, de ses habitudes premières. Autrefois, il transportait les dieux sur terre ou bien il entr'ouvrait aux spectateurs un coin du ciel, presque à chaque représentation. Désormais, ses héros furent, en principe, empruntés à l'histoire. Aux habitants de l'Olympe on ne réserva plus guère que les ballets.

Au contraire, les poètes lyriques étoffaient volontiers leurs

rose © Poesie, t. T, p. XLUI, dans la lettre de M. l'abbé Conti à

1) 2):P ne la Présid. Ferrant. & ) O ) )

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3) Opere di Benedetto Menzini. In Prato MDCCXCVIL, tome HE, p. 136.

Perferts Poesia, t. 1, p. 288 et suiv.

T. I, p. #40 des Lettere de Redi (3 juin 1685, à F. Nomi). (6) Voir Afro. Memorie degli scrittori Parmigiani, à propos du poète he Ravasino, t. |, p. 313.

1) C’est un fait connu qu'aux environs de 1642, l'opéra devint histo- VoirAngelo Solerti : Gli Albori del melodrdtnmas Torino, R. Sandron. Vol. [, p. 147-148.

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pièces avec des fables vieillottes. C’est une mine qu’exploitèrent les faiseurs de madrigaux et de compliments, où parfois les écrivains médisants. Une femme excelle à jouer de la harpe : son talent rappelle, dit-on, celui d’Amphion ou d'Orphée. Un magistrat entre en fonctions : Astrée ne tardera pas à ramener sur terre l’âge d’or. Les amoureux éconduits demandent pitié en évoquant le souvenir de Narcisse métarmophosé en fleur, pour avoir réduit au désespoir la nymphe Écho (1). Mais voici un changement de ton. La Îyre CHHAESS retentit dans les enfers. Énibeus de Pluton. Eh quoi! s’exposer à tant de périls pour sauver une femme ? Il faut punir le sot : qu’on lui permette d'emmener Eurydice. Mais le dieu se ravise : un chant si divin mérite une récompense ; qu'on délivre done l'artiste de son épouse retrouvée (2). — Enfin, on raconte fréquemment une légende dans une intention morale : la chute d'Icare, pour tenir en garde les gens téméraires ; la mort tragique d’Actéon, pour combattre la lubricité ; la victoire d’'Hercule sur des serpents, afin d'encourager le lecteur à réfréner ses mauvais instincts (3).

Lorsqu'ils voulaient se renseigner sur la mythologie, les

écrivains de notre période n'eurent même pas besoin de recourir aux sources grecques et latines; sur le Panthéon classique ils étaient suffisamment instruits par les œuvres de leurs. devanciers italiens. Là aussi, nous l'avons dit en parlant de la poésie pastorale, ils trouvèrent déjà traités des thèmes dérivés de Théocrite, de Virgile et d'Ovide.

Quant aux odes dites pindariques, l'influence directe ou non de l'antiquité ne nous y paraît aucunement sensible. Ce genre était un héritage légué par le xvi siècle au xvu° et au xvin°. Quand on relève et que l'on contrôle les jugements satiriques

(4) Rime d’alc. illustri aut. viventi, ouv. cité, pe 312, 423, 487, 520. Rime scelte di poeti illustri, ouv. cité, t. I, p. 175; €. Il, p. 23, 172, 264, 265. Rime dell avv. Zappi, ouv. cité, t. I, p. 227, 200 nt MD2215 275. Rime di B. Menzini. In Firenze, MDCCXXX, t. L DOS At PA2br

(2) Rime d’alc. ill. aut. viv. p. 456. Rime piacevoli di G. B. Fagiuoli, Bologna, MDCECCXXIN, t, [L, p. 22, 23,24 ; t. IL, p.167.

(3) Rime d'ale. il. aut viv. p. 306. Rime scelte di poeti ill., €. I, p. 266. Rime dell avv. Zappi, t. Il, p. 75. L’Arcadia del can° Crescimbeni, p. 92. Commentario e Canzoniere di Pierjacopo 1 Martello. In Roma, MDCCX. (P:187:)

auxquels il donna lieu (1), on retrouve vite la formule que tant d'auteurs se condamnèrent à suivre. Ayant décidé de chanter un guerrier victorieux, un magistrat sur le point d'entrer en charge, ou bien quelque événement d'importance le plus souvent locale, on s'efforce de trouver dans l'histoire, ou plus volontiers dans la mythologie, des faits ou des légendes n'offrant, de prime abord, rien de commun avec le sujet. On dévra s’ingénier à les y rattacher par un lien que personne ne saurait découvrir à première vue. Ne pas écrire une seule parole qui ne soit une métaphore et ne rende le vers sonore, tel est ensuite le but poursuivi. On emploie enfin des tours hors d'usage, on forge de nombreux mots composés, on tâche, en somme, d'émerveiller le lecteur. Mais quand, impartialement, ce dernier relit l'œuvre, pour en apprécier le fond, elle ne Jui apprend à peu près rien; le contenu est sans rapport avec la civilisation moderne et semble choquant dans des strophes consacrées à un contemporain.

S'ils nommaient leurs odes pindariques, les poètes d'une telle école ne considéraient même pas toujours le célèbre Thébain comme leur maitre. Ils jugeaient ses élans timides ; combien ils se sentaient plus ravis par les envolées audacieuses des prophètes hébreux ! Pour la même raison, ils refusaient d'admirer Chiabrera, celui de tous leurs compatriotes qui avait étudié Pindare de plus près, et réussi le mieux à donner l'illusion de sa.manière. C’est néanmoins aux ouvrages de cet auteur du seicento que Crescimbeni et Muratori renvoyaient les Italiens égarés dans la mauvaise voie. € Il a su, disait le premier, extraire de son modèle tout ce qu'il faut pour fonder une école pindarique. » Le second n’osait pas non plus recommander la lecture elle-même du texte grec, qu'il jugeait accessible à un trop petit nombre de gens. Il rappelait qu'en 1531 (2),

(1) Voir F. Foffano : Ricerche lett. p.16%, 276-280 ; — La Bellezza della Volgar Poesia di Gio. Mario Crescimbeni. In Roma, 1712. P. 201-202 ; — Muratori: Della Perfetta Poesia, t.1, p. 262, 327.

Comme exemples de pièces pindariques, à la fin du xvrr siècle et dans Ja 1°° moitié du xvim®, voir l’Arcadia de Crescimbeni, p. 260, 317; — Poesie d’Alessandro Guidi. Napoli, MDCCELXXX ; — Rime scelte, ouv cité, 12 parte, p. #4, 73, 76; — Poesie scelte dell’ ab. Carlo Innocenzo Frugoni. Brescia, MDCCLXXXII.

(2) Pindaro tradotto in Verso Toscano, e dichiarato da Alessandro Adimari Accademico Linceo. In Pisa, per Francesco Tanagli, 1631.

Adimari l'avait transporté en langue toscane, et il vantait en outre Chiabrera..

La fortune d'Anacréon fut beaucoup plus florissante. Il établit, on s’en souvient, un gracieux dialogue entre un homme et une colombe enchantée de vivre dans la familiarité d'un aimable poète. Il décrit son cœur comme un nid que les enfants d'Amour repeuplent sans cesse. Il raconte un songe où il s’apprêtait à embrasser des jeunes filles, quand il s’est éveillé. Il désire avoir les portraits de sa maitresse et de Bathylle, il engage un artiste à les peindre. Il représente le petit dieu piqué par une épine et se réfugiant en larmes auprès de sa mère. Tels sont, parmi ses thèmes, les seuls, semble-t-il, qu'entre 1670 et 1740, on ait suivis en Italie, au point d'en reproduire le cadre ou des détails caractéristiques. Encore n’avons-nous trouvé qu'une trentaine de ces imitations (1). On s’est inspiré avec beaucoup plus de hiberté, mais non plus souvent, de l'Amour mouillé et de ces odes où le vieillard, célèbrant le vin, développe une philosophie qu'on peut ainsi résumer : gloire à Bacchus, puisqu'il apporte l'oubli ; chantons, dansons, buvons, nous qui n'avons qu'un temps à vivre.

Rolli excelle dans les chansons à boire. Sans emprunter au poète grec une image ni un tour, il sait concilier avec un ton insouciant, une allure rapide et une verve brillante mais contenue : si bien qu’on croirait parfois lire un Anacréon tosean (2). Au contraire, la plupart de ses contemporains, en Italie, ne rappellent que de bien loin leur modèle. Quand ce dernier

(1) Bien que nous ayons parcouru tous les recueils indiqués plus haut, p. 321-2, etc., nous n'avons trouvé d'imitations de ces {hèmes que dansles passages suivants : Rime dell avv. Zappi, t.[, p. 35 et 291; Rime d'alcuni illustri aut. viventi, p. 107, 170, 350, 419, 692; Sselta di sonetti, 2 parte, p.125; Rime scelte di poeti illustri, t. Il, p. 87, 245, 415. — En outre, les, passages indiqués plus loin, p. 368; n. 1, 2, 3.

Sans doute, les canzoni anacreontiche abondent entre 1670 et 1750, mais on désigne sous ce nom des pièces répondant à trois conditions principales : elles sont écrites en vers très courts, et d’un nombre de syllabes fixé par le poète; il les groupe en strophes de brève étendue ; enfin, il n'y traite en principe aucun sujet grave et majestueux. Néanmoins, son inspiration ne se règle pas forcément sur celle d’Anacréon ; il s'en faut de beaucoup. Voir p. 155 du livre Il, du vol. If della Storia e della Ragione d’ogni poesia, de Quadrio.

(2) Poeti Erotici del secolo XVII, a cura di G. Carducci. Firenze, G. Barbèra, 1868. (P. 91 et suiv.)

done dépeignait un jeune garçon ou une jeune femme, sa description, complète et précise malgré sa brièveté, révélait, en outre, la sensualité de l’auteur. Au xvimr siècle, on évite limpudicité, mais, au lieu de détails significatifs, on multiplie les comparaisons mythologiques. Le lecteur achève la pièce sans se représenter une physionomie bien nette (1). Autre défaut : on semble disposer de ressources inépuisables pour varier certains thèmes; mais on pèche précisément par excès d'esprit. Ainsi, comment représente-t-on Amour? Qu'on en juge par l'exemple suivant. C'est un remouleur furieux de manquer d’eau et ne pouvant plus aiguiser ses traits sur la pierre desséchée. Alors Menzini, lui offrant son aide, pense à l’ingrate Cinthie et, de suite, ses pleurs forment une abondante source. Le dieu poursuit alors son ouvrage, mais, pour toute récompense, il frappe d’un dard pénétrant son courtois bienfaiteur (2). — On a beau donner à Cupidon, comme compagnons inséparables, la douleur, la ruine, le désespoir : quand lesprit peut trouver des inventions si ingénieuses, l'âme n'est pas la proie des tourments (3).

Lorsque nous aurons ajouté que plusieurs Italiens prirent comme modèles Sophocle ou Euripide (4), que, par intervalles, Tibulle inspira Roll (5), que l'idéal champêtre commun à: ce dernier avec Métastase et Frugoni (6) ressemble à celui d'Horace, nous saurons à quoi se réduit l'influence de l’antiquité sur le Parnasse de la péninsule, durant la première moitié du xvin° siècle. Elle fut peu considérable.

(1) Rime scelte di poeti illustri, 1° parte, p. 90, 246; 2 parte, p. 245, 330. Rime d’alc. ill. aut. viv. p. 460. Rime dell’ avv. Zappi, t. 1, p. 211.

(2) Rime di Benedetto Menzini. Tomo primo. In Firenze, MDCCXXX. (P: 26:)

(3) Sur différentes autres intentions trop ingénieuses dans des pièces d'inspiration anacréontique, voir aussi Fagiuoli, t. I, sonnets 5 et 9, dans l’éd. citée; Scelta di Sonetti, etc., ouv. cité, p. 7; Rime degli Arcadi, t. VI, p. 223; Rime dell’ avvocato Zappi, t. I, p. 89, 487, 190, 191; t: IT, p- 79.

(4) Voir Galletti: Le Teorie drammatiche e la tragedia in It., ouv. cité. chap. V0} +

(5) Voir E. Levi-Malvano : L'Elegia amorosa nel Settecento. S. Lattes e C. Editori. Torino, 1908. — M. Levi constate d’ailleurs que, dans ses élégies, : Rolli a pu s'inspirer bien des fois de Pétrarque et non des anciens.

(6) Voir plus haut, p. 319. Ils ont d'ailleurs pu concevoir un idéal voisin de celui d’Horace, sans rien lui devoir. L'imitation, dans les pièces indiquées, ne nous semble pas évidente.

Comment s'en étonner ? En général, on ne lisait pas les éeri-

vains grecs et latins. En 1710, le Giornale de’ Letterati déplorait qu’ on éditàt si rarement leurs œuvres en Italie (1). Ce

pays, dira-t-on peut-être, se fournissait à l'étranger. — Mais les imprimeurs n'auraient-ils pas montré plus de zèle pour ce genre de travaux, si, en les entreprenant, ils avaient cru plaire à un public assez nombreux ?

La vérité est que très peu de personnes étaient en état de comprendre les textes antiques. Le savant helléniste Antoine-Marie Salvini défendait éloquemment (2) la langue grecque, comme étant celle qui nous met en relations directes avec les penseurs les plus originaux des vieux âges. « Mais, lui répondait-on, les ouvrages que vous vantez avee tant d'enthousiasme ont été traduits. On peut donc les lire en italien; dès lors, pourquoi

apprendre le grec? — Une version ne vous fera jamais entrer dans l'intimité de l'écrivain; elle vous induira même souvent en erreur. — Eh bien! soit, nous aborderons cette

étude; mais sera-t-elle longue ? » Comme Salvini ne peut préciser, il perd son procès.

À Padoue, en 1711, Lazarini : à Florence, en 1714, Ricci ; à Sienne, en 1744, Pecci font entendre les mêmes doléances que Salvini (3).

Quant au latin, il n'était pas beaucoup plus florissant que le grec (4). Vico ne fut pas seul à constater combien on ignorait cet idiome. À son nom il convient d'ajouter ceux de Facciolati, Muratori, Gravina, Vallisnieri, Zambaldi, Lagomarsini (5). Les

(1) T. V, p. 381. « Non par già che le nostre stampe abbiano disimparalo il ereco e ‘I latino ? »

(2) Dei Discorsi Accademici di Anton-Maria Salvini. Vol. I (Discorso EV IL), Bologna, MDCCCXXL.

(3) Dominiei Lazarini de Murro Oratio prima pro Oplimis Studiis habita in Gy rmnasio Patavino Nonis Maii 1711, Venetiis. — Della necessità e facilità della lingua grecu. Ovazione del Dottore Angelomaria Ricci, detla da esso nell Accad. degli Apatisti il di 13 dic. 171#: — Giuseppe Pecci: Su à pregi della De greca. Prolusione. Siena, 1744-53.

(4) Voir, pour Gravina, De lingua latina es dans ses Opuscula, Romae, 1606 : ; — et plus haut p. 199 et la n.

(5) Aux nombreux Italiens qui combattent le latin au profit de la langue

deux premiers (1) rendent responsables de cette décadence les maîtres eux-mêmes, trop inhabiles pour intéresser leurs élèves dont ils punissent, d’ailleurs, les moindres solécismes par de sévères et décourageants pensums. La moitié au moins du temps passé au collège est consacrée aux règles les plus subtiles de la grammaire. On ne fournit pas assez aux jeunes gens l'occasion de lire des textes ou de transporter quelques pages d'italien dans la langue de Cicéron. Une fois connus les déclinaisons, les conjugaisons et quelques principes essentiels de syntaxe, on devrait, dit Facciolati, expliquer un écrivain classique, le traduire, lapprendre par cœur (2). Il faut, suivant Muratori, doter au plus tôt la mémoire des enfants d'un vaste vocabulaire, introduire les mots compris d'eux dans toute sorte d'exercices, sans trop blâmer, au début, les erreurs qui se corrigeront sans peine avec le temps.

Quoi qu'en disent ces deux écrivains, le médiocre talent pédagogique des professeurs ne suffisait pas pour expliquer l'ignorance qu'ils déplorent. Elle fut parfois fermement voulue par les parents et les éducateurs. Au témoignage de Vico, Amenta, Spinelli, à Naples, citadelle du cartésianisme, on méprisait les anciens; pourquoi aurait-on appris leurs langues ?

En Vénétie, loin de regretter cette décadence, deux autres personnages l’auraient souhaitée encore plus accentuée. Au latin, dit l’un, on consacre trop d'heures ; faute de temps, la géographie, l'histoire profane et sacrée, la géométrie, la littérature nationale restent ignorées. Or, ces connaissances qu'on doit exiger d'un Italien moderne, on ne peut les acquérir que

italienne, Lagomarsini répond dans Orationes duae, altera pro Lingua Latina, altera pro Scholis Publicis (surtout dans la 1"° qui est de 1737). Elles se trouvent dans la Raccolta d'Opuscoli scientifici e Filologici, tome XVI, ouv. cité.

(4) Voir Latina lingua non est ex Grammaticorum libris comparanda. Oratio Jacobi Facciolati. Patavii, 1713. — Delle Riflessioni sopra il Buon Gusto nelle scienze e nelle arti. Parte seconda, p. 249.

(2) La méthode consistant à faire apprendre le latin sans l’aide de l'italien fut ridiculisée par G. Gigli, dans son livre Del Collegio Petroniano. Siena, 1719. — Pour diverses critiques faites en Italie contre la grammaire du Père Emmanuel Alvarez, en usage chez les jésuites, voir l'art. consacré à ce religieux dans la Bibliographie de Sommervogel.

partiellement dans le commerce des anciens. Si encoré on recueillait le fruit de si grands sacrifices ! Mais il s’en faut de beaucoup. Posséder une langue morte, c’est être en état, quand on la lit, de concevoir juste les mêmes idées que ceux qui en usèrent naturellement. Combien peu de jeunes gens ou même d'hommes avancés en âge ont pu acquérir l’érudition que suppose cette habileté ! Mieux vaut donc abandonner le latin. Si toutefois l’on ne peut s’y résoudre, on attendra, pour en commencer l'étude, que lenfant atteigne au moins sa treizième année ; jusqu'alors, il faudra développer sa culture générale. En tout cas, on ne peut approuver les modernes qui rédigent dans cet idiome le résultat de leurs recherches. Ils sont condamnés à créer des termes barbares et à détourner souvent les mots de leur sens véritable : tant les progrès de la civilisation ou des sciences mettent de différence entre le tour d'esprit des anciens et le nôtre! | Tel est aussi l’avis du naturaliste Vallisnieri (1), mais il obéit en outre à une sorte d’amour-propre patriotique. On lui demande pourquoi un professeur aussi illustre que lui n'écrit jamais en latim. Cherche-t-il à s’épargner une fatigue, ou bien dédaigne-t-il les savants à qui l'italien est inconnu? Non, il veut sauvegarder Îles droits de son pays. Il marche sur les traces d’une ingénieuse et prudente nation voisine ; celle-ci traite toutes les sciences, tous les arts en français ; elle y a même transporté les meilleurs ouvrages des auteurs étrangers. Aussi ne pérd-elle pas un temps précieux, pour s'assimiler un vocabulaire et une syntaxe qui ne sont pas les siens. « Nous autres, ajoute Vallisnieri, si nous désirons connaitre les expériences et les observations qui se font à l’Académie Royale de Paris, comme aussi tant de problèmes relaufs à la philosophie, à la médecine, à l'histoire ecclésiastique, nous -sommes forcés de savoir le français. Rendons, nous aussi, notre langue nécessaire, en l’adoptant pour imprimer nos livres ; bon gré mal gré, les divers peuples seront contraints de lapprendre. »

(4) Opere Fisico-mediche stampate e manoscritte del Kavalier Antonio Vallisnieri, ece. Tome III, p. 254 et suiv. « Che ogni Italiano debba scrivere in Lingua purgata Italiana, o Toscana, per debito, per giustizia e per decoro della nostra Ilalia. »

Le Père jésuite Quadrio (1), les philosophes Pace (2) et Trevisani (3) développèrent des idées analogues. Leur désir fut en partie satisfait dès le deuxième quart du xvin siècle. Qu'on parcoure la collection du Giornale de’ Letterati d'Italia. Dans les tomes XXXIX et XL, parus en 1739 et 1740, les ouvrages écrits en latin ne manquent certes pas, mais ils sont visiblement moins nombreux qu'entre 1710 et 1715. Fait caractéristique, le mathématicien Guy Grandi qui, à une exception près, avait, dans sa jeunesse, toujours rédigé ses doctrines dans cette langue, se ravise à la fin de sa vie. Il décide de les publier, dorénavant, tout à la fois en latin, à l'usage des étrangers, et en ilalien, pour ses compatriotes (4).

On aurait pu dédaigner les langues anciennes, mais lire volontiers les traductions d'ouvrages grecs ou latins. En fait, on prisa beaucoup celles d'Anacréon, auteur connu et imité dans la péninsule dès le xvi° siècle (5). En 1670, on édita, à Venise, une paraphrase italienne de ses vers (6). Deux ans

(1) Tome [, p. 136-137 della Storia e della Ragione d'ogni poesia.

(2) La fisica de’ peripatetici, cartesiani ed atomisti, Venezia, 1729. (L'autore a chi legge.)

(3) Medilazioni filosofiche, ouv. cité (Lettore...). — L'abbé Antoine-Marie Salvini (t. X, Discorso CCXXI) montre moins d’optimisme. Il n’ignore pas les hommages flatteurs dont Milton, Ménage, Régnier-Desmarais ont gratifié la langue de son pays; néanmoins, comme elle ne circule pas, il conseille à ses compatriotes l'emploi du latin, dans les œuvres d'érudition et les travaux scientifiques.

(4) Voir le Gior. de’ Lett. d'Italia, t. XXV, au mot Grandi, p. 52; t. XXXIX, p.405; € XL, p. 353, 439:

(5) Voir S. Ferrari: Di alcune imitazioni e rifioriture delle Anacreontee in Italia nel seçcolo XVI, dans le Giorn. stor. della lett. ital., tome XX.

(6) Nous résumons ici la bibliographie des traductions italiennes d'Anacréon parues à l’époque étudiée. Liriche parafrasi di D. Francesco Antonio Cappone Accademico ozioso sopra tutte l'Ode d’Anacreonte, e sopra alcune altre poesie di diversi lirici Poeti Greci, secondo la preposta versione latina de’ lor più celebri traduttori. Venetia, MDCLXX.

Anacreonte..…. (radotlo in verso toscano da Bartolomeo Corsini. Parigi, 1672. (Il y en eut, en 1672, 2 éditions différentes à Paris.) — Autre édit. (avec texte grec et trad. latine), Neapoli, MDCC. |

On trouve diverses odes d'Anacréon traduites par Michel-Ange Torcigliani. Elles parurent, après sa mort (1679), dans le recueil de ses œuvres: l'Echo cortese. In Lucca, 1681-1683.

PART Us

plus tard, paraissaitla version de Barthélemy Corsini, grâce aux soins de l'abbé Régnier-Desmarais. Ce dernier la considéra simplement comme une belle infidèle, et il voulut voir par lui-même si les odes du poète grec pouvaient exactement passer en des vers: sciolti. Un essai, pourtant presque conduit à terme, lui déplut. Il réfléchit qu'Anacréon emploie deux sortes de mètres et qu'ils ont leurs correspondants italiens. Il décida de mettre à profit cette ressemblance ; son recueil fut imprimé en 1693; F. Redi le jugea excellent (1).

F. A. Capponi, A. Torcigliani, A. Marchetti, A. M. Salvini, P. Roll, l'abbé Conti traduisirent aussi, en totalité ou non, l'œuvre de l'aimable poète.

Mais, à cette époque, la fortune des autres écrivains de la Grèce et de Rome, Lucrèce excepté, ne fut en rien comparable à celle d'Anacréon (2). Notons seulement qu'après 1725 environ,

Le Poesie d'Anacreonte :tradotte in verso foscano e d'annotazioni illustrate. In Parigi, appresso Gio-Battista Coignard, anno MDCLXXXXIIL. — Le Poesie d'Anacreonte tradotte in verso toscano dal sig. Abate Regnier Desmarais. Firenze, nella stamp. di C. e F. Bindi, 1695. — Poesie toscane, ecc. del. Sig. Ab. R.-D. In Parigi, 1708.

Anacreonte tradotto.. da Anton-Maria Salvini. In Firenze, per Cesare Bindi, 1695. — L'autre traduction de Salvini fut publiée, en même temps que la première, et avec celles de Corsini et de Régnier, in Firenze, da Giuseppe Manni, 1723. — Ces quatre dernières traductions, plus celle de Marchetti, se trouvent dans Anacreonte tradotto in versi ilaliani da vari, con la giunta del testo Greco e della versione Latina di Giosuë Barnes. In Venezia, appresso Francesco Piacentino, MDCCXXXVI. La trad. de Marchetti avait déjà été imprimée à Florence, en 1707. Ces diverses trad. se trouvent aussi dans Le Ode di Anacreonte nuovamente da vari illustri poeti nella Italiana favella tradotte. In Milano, 1731.

Delle Ode d'Anacreonte… traduzione di Paolo Rolli. Londra, 1739. — Rime di P. Rolli. Nuova edizione. In Venezia, MDCCXLII. Appresso Giuseppe Corona.

On trouve plusieurs odes d'Anacréon traduites par l’abbé Conti, dans le t. I de ses Prose e Pocsie. In Venezia, 1739.

(4) Selon lui, on ne le dirait pas composé à Paris, « ma nel bel mezzo della Toscana, e da un uomo che non solamente abbia nativa la Lingua, ma che ne abbia apprese ancora con lungo studio le più gentili finezze dagli Autori piü riveriti del meglior secolo, e da’ Critici più severi ». T. I, p.137, des Lettere de F. Redi.

(2) Les moins oubliés, jusqu'aux environs de 1725, furent Homère, Ésope, Salluste, Ovide, Virgile, Sénèque. Parmi les plus dédaignés semblent avoir été Hésiode, Hérodote, Xénophon, Thucydide, Eschyle, Aristophane, Lysias, Isocrate, Cicéron, César, Cornelius Nepos, Tite-Live, Tacite, Properce, Tibulle. Entre 1725 et 1744, on publia, le plus souvent en partie, le Lexte original, et surtout la traduction, même d'œuvres précé-

plusieurs d’entre eux semblent sortir de l'oubli. Si on ne publie guère leurs textes originaux, on les transporte parfois en italien. Cette faveur ira croissant durant la deuxième moitié du siècle (1). Ainsi ne fut réalisé qu’un peu tard et en partie l’un des vœux des Gravina et des Muratori.

demment dédaignées. Ainsi, ce retour à l'antiquité favorisa, au moins une fois, Hésiode, Xénophon, Lysias, Cornelius Nepos, Tibulle; deux fois, César et Properce ; neuf fois, Cicéron.

Nous tirons ces renseignements des ouvr ages suivants : Degli Scrittori Greci e delle italiane versioni delle loro opere. Notizie raccolte dall’ ab. Fortunato Federici. In Padova, MDCCCXXVIIL — Lexicon Bibliographicum sive index editionum et interpretationum scriptorum graecorum tum sacrorum tum profanorum. Cura etstudio S. F. G. Hoffmann. Lipsiae, MDCCCXXXII-XXX VI. — A. Cipollini : Gli Idilli di Teocrito, Hæpli, 1887. On y trouve une bibliographie très soignée des éditions des idylles (texte ou trad.) faites en italie. — Degli Scrittori Latini e delle italiane versioni delle loro opere. Notizie raccolte dal! ab. Fortunato Federici. In Padova, MDCCCXL.

(4) Voir, outre les ouvrages indiqués dans la note précédente, E. Levi- Malvano : L'Elegia Amorosa nel Settecento, ouv. cité ; — S. Cardosi : La scuola Oraziana del ducato estense : contributo alla storia della letteratura italiana del sec. XVIII. Aosta, Marguerettaz, 1908.

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