LA PITUITRINE PENDANT LE TRAVAIL
(Lancet, 24 août 1912.)
Depuis longtemps les accoucheurs cherchent un médicament pour abréger, sans manœuvres instrumentales, un accouchement retardé par l’inertie utérine. L’ergot et ses extraits est à rejeter par crainte de la tétanisation utérine ; la quinine est trop souvent infidèle.
Avec la pituitrine on a un excellent moyen de renforcer les contractions et de hâter l’accouchement sans inconvénients fréquents tant pour l'enfant que pour la mère. La dose habituellementemployée est de 1 centimètrecuberépondant à 20 centigrammes de glande fraîche.
Le plus souvent cette dose suffit à provoquer, au bout de cinq à quinze minutes, une accélération et un renforcement
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marqué des contractions. Il n’en est ainsi que dans les grossesses à terme ou près du terme,et, si dans les premiers mois on peut constater une certaine action du médicament sur utérus, jamais cette action ne peut aller jusqu’à la provocation de l’avortement. On a pu quelquelois provoquer l'accouchement prématuré. La période de dilatation est accélérée, mais c’est surtout l'expulsion ‘qui se fait rapidement.
Quand la dose première ést insuflisante, quelques auteurs la répètent et même injectent jusqu’à 5 centimètres cubes de pituitrine. J'ai voulu savoir l'effet de pareilles quantités de médicament et j'en ai étudié les effets sur l'utérus par la méthode graphique avec l'appareil du professeur Wester= marks. 11 résulte de cette étude que, plus la dose est élevée, plus la contraction est longue et plus la période de repos entre chaque contraction est courte. Je crois donc qu’en forçant la dose, on risque, comme avec l’ergot, d'obtenir la tétanisation utérine et tous les dangers qu’elle comporte pour l'enfant.
En ce qui concerne la délivrance, on a obtenu de bons résultats, surtout comme moyen préventif des hémorragies par inertie utérine.
Sous les quelques réserves faites plus haut, la pituitrine est un excellent médicament qui permet de réduire considérablement la morbidité des suites de couches et de diminuer le nombre des applications de forceps.
E. Hauch et Léopold Meyer, de Copenhague, encouragés par les bons résultats obtenus par les auleurs précédents, ont employé la pituitrine dans
65 cas etn'ont pas observé d’effets accidentels fâcheux. Sur ces 65 observations, ils ont eu 19 échecs se répartissant ainsi : 7 avortements, 2 accouchements prématurés, 3 cas où il n’y avait pas de contractions utérines avant l'injection ; enfin un cas où des adhérences entre l’utérus et la paroi abdominale, produites par une laparotomie antérieure, furent vraisemblablement la cause de l'échec. Dans 6 cas, l'explication de l’échec leur échappe,mais comme cinq de ces cas se sont produits dans les deux derniers mois,ils croient possible une diminution de l'efficacité de la substance employée.« En résumé,nous pouvons dire que notre expérience nous a appris, conformément à l'observation des autres auteurs, que la pituitrine est d’autant moins efficace que l'accouchement est plus éloigné du terme ; que l'effet est beaucoup plus considérable si l'injection a été précédée par un bon et long travail, en autres termes que le médicament est plus efficace contre l'insuffisance des contractions utérines secondaires que contre l’inertie primordiale, et qu’elle ne peut pas du tout servir à provoquer l’accouchement. »
Suivent quelques observations, dont l’une particulièrement intéressante: chez une primipare, une procidence du cordon s'étant produite, la procidence fut réduite et une injection de o gr. 5 de pituitrine faite aussitôt. Quelques minutes après apparurent de fortes contractions, la tète descendit et empêcha la procidence de se renouveler. La pituitrine échoua, au contraire,dans un cas d’hémorragie
Le
de la délivrance. Outre l'emploi de l'extrait pituitaire dans les cas d’hémorragie par placenta prævia, cas déjà signalés, les auteurs indiquent encore l'emploi suivant :
» Comme quelques-uns des cas que nous avons rapportés le démontrent, on peut employer la pituitrine avec avantage dans les cas de souffrance fœtale. Les préparatifs pour une application de forceps demandent toujours quelque temps. Aussilôt qu’on a posé l'indication d’accouchement artificiel, on injecte la pituitrine et on commence les préparatifs pour l'application de forceps. Dans ces cas, l’accouchement se fera souvent spontanément. »
Weymeersch, de Bruxelles, se montre également favorable à l’emploi de l'extrait d'hypophyse comme agent ocylocique, et rapporte 5 observations d’injection de pituitrine au cours du travail.
OBSERVATION XXIV (Obs. II de Weymeersch.}
IIT-pare. 2 accouchements antérieurs ayant duré respectivement trois jours et trente-six heures, et terminés tous les deux par un forceps. Après onze heures de travail, deux heures de cessation de douleurs, la dilatation étant de 50 cen- . times, une injection de 1 eme. 5 de pituitrine détermine au bout d'un quart d'heure des contractions utérines très intenses, très régulières, très rapprochées, de cinq en cinq, puis de trois en trois minutes. Cinq heures après, expulsion
spontanée d’un enfant de 3.800 grammes.