CHAPITRE I
PHYSIOLOGIE DE L'HYPOPHYSE
Ayant vu ce que l’anatomie et l’histologie nous apprennent sur la glande pituitaire, voyons maintenant ce que nous en dit la physiologie.
Tout d'abord, faisons remarquer ceci : l'histologie a montré le iobe antérieur, partie active de l’hypophyse, le lobe postérieur semblant dénué de toute fonction glandulaire ; ia physiologie, au contraire, prouve que toute l’activité ou presque est renfermée dans le lobe postérieur. Comment concilier les deux faits ? Il est actuellement impossible de le faire, et le problème demeure tout entier à résoudre.
L'étude des propriétés de l'hypophyse et de son rôle dans l’organisme présente des difficultés toutes particulières de par le fait même de sa situation.
En effet, quand les physiologistes cherchent à déterminer les fonctions d’un organe, ils commencent toujours par enlever ou détruire cet organe dans le but d'observer les troubles qui résultent de l'absence
ou de l'insuffisance de son fonctionnement. L’hypophyse n’a pas échappé à cette règle générale. Mais la difficulté de l’hypophysectomie, les dégâts qui s’ensuivent, le shock opératoire considérable qu'elle entraine, rendent diflicile l'interprétation de ses résultats et expliquent les opinions contradictoires des auteurs : pour les uns, la suppression totale des fonctions hypophysaires amène plus ou moins rapidement la mort de l’animal; alors que pour les autres, moins nombreux à la vérité, l’ablation ou la destruction de cet organe n’est pas suivi: de troubles notables de la santé.
L'hypophysectomie n'ayant pas donné de résultats, restaient pour nous éclairer sur le rôle de l’hypophyse, l'anatomie pathologique et l’expérimentation.
Les études analomo-pathologiques de l’hypophyse sont de date relativement récente. Elles ont montré que, d’une part, l’hypophyse réagissait aux injections et aux intoxications ; et que, d’autre part, elle était modifiée ou altérée dans nombre de maladies, souvent d’ailleurs en même temps que les autres glandes à sécrétion interne. Nous citerons comme exemple de ce dernier fait l’état de l’'hypophyse dans l’acromégalie et le gigantisme. Passer chaque cas en revue serait,en effet,sortir du cadre de notre sujet, et nous nous bornerons à signaler les modilications de l'hypophyse dans un état physiologique qui nous intéresse particulièrement, dans la grossesse.
Alors qu’au contraire on a décrit une atrophie
sénile de l'hypophyse, pour tous les auteurs cette glande s’hypertrophie pendant la grossesse, et est pendant toute la gestation en état manifeste d’hyperfonctionnement. Cet état cesse progressivement après l'accouchement, mais persiste plus longtemps chez les femmes qui allaitent, jusque vers le septième mois environ. Pour MM. Erdheim et Stumme, qui ont examiné 150 hypophyses de femme, l'hypertrophie de la glande se reproduit à chaque nouvelle grossesse, mais à un degré plus considérable, et les hypophyses les plus volumineuses se rencontrent chez les multipares.
L'expérimentation a mis en lumière quelques points qui semblent définitivement acquis, action sur le système cardio-vasculaire, le rein, les muscles, les autres glandes à sécrétion interne, Ce sont ces poinls que nous verrons tout d’abord. D’auires, en effet, demeurent obscurs, tels l’action sur la nutrition, le développement, ou quoique probables ne sont pas encore absolument prouvés, tel le rôle antitoxique.
L’hypophyse élabore des substances qui modifient et règlent le fonctionnement des vaisseaux et du cœur. Oliver et Schæfer, en 1895, auraient, les premiers, découvert que l’extrait pituitaire augmente la pression sanguine; trois ans après, Howell montrait que la substance qui élève la pression et ralentit le pouls était contenue dans le lobe postérieur. En 1899, MM. Schæfer et Swale Vincent émirent
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l'idée que ces substances seraient de deux sortes : il y aurait une hyperlensine et une hypotensine, cette dernière d'action éphémère. Le fait fut confirmé par Falta et Ivcovic qui prouvèrent que l'extrait du lobe antérieur et l’extrait du lobe postérieur exercent une action distincte, antagoniste. Falta, injectant à un chien une dose d'extrait de lobe antérieur suffisante put faire tomber la pression sanguine à 0. Au moment où la respiration et le cœur s’arrêtèrent, il injecta 2 centimètres cubes d’extrait du lobe postérieur et vit le cœur se remettre à fonctionner et la pression sanguine remonter à la normale. Enfin, pour M. Dunan, il y aurait même deux hypotensines : l’une, soluble dans l’alcool et l’éther, l’autre, insoluble dans l’éther, soluble dans l’eau distillée. Mais ce qui caractérise l'extrait d’hypophyse, c’est l'hypertensine dont l’action est nettement prédominante et c’est sur elle qu'ont insisté tous les auteurs.
Hougton et Merrill ont démontré que l’augmentation de pression sanguine, produite par l'extrait pituitaire, dure parfois une demi-heure et quelquefois même davantage. Klotz, chez un animal, après une forte saignée, vit, sous l’action d’uneinjection, la pression remonter de 20 millimètres et se maintenir ainsi pendant cinquante minutes, De ses multiples observations il conclut que l’injection d'extrait pituitaire augmente en moyenne la pression de 15 à 20 millimètres ; mais que la seconde injection a peu ow pas d'influence sur l’augmentation dela pression.
L’extrait d'hypophyse, en même temps qu’il élève la pression artérielle, diminue le nombre des battements cardiaques et augmente leur amplitude MM. Hebdom, Allen,Cleghom ont, en outre, constaté que l’extrait pituitaire agissant sur le cœur isolé renforçait les battements cardiaques et diminuait leur nombre.
Cette double action cardio-vasculaire semble être plus périphérique que centrale. Elle paraît s'exercer beaucoup plus sur la paroi vasculaire et la paroi cardiaque que sur les centres cardio-vasculaires. Elle s’accompagne, d’ailleurs, d’une vaso-constriction généralisée qui se prolonge sur le corps thyroïde, ainsi que l’ont constaté MM. Hallion et Carrion, Étienne et Parisot,
Cette constatation des propriétés hypertensives de l'extrait d'hypophyse conduisait tout naturellement à rapprocher son action de celle de l'extrait de capsules surrénales. Les deux extraits présentent d'ailleurs des caractères nettement distincts, Avec l'extrait hypophysaire, l’action hypertensive est moins intense et de plus longue durée. Comme l'adrénaline, l’extrait pituitaire exerce une action mydriatique sur la pupille, et Pal a pu établir que son action est identique à celle de l’adrénaline sur la carotide, l'artère mésentérique et l’artère fémorale du bœuf qu’elle contracte. Par contre, l'extrait hypothysaire contracte l'artère coronaire que l’adrénaline dilate, et ilexerce également une action contraire à
celle de l’adrénaline sur les artères rénales. Enfin,
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Borchardi a montré que l'extrait pituitaire ne donne pas, avec le perchlorure de fer, la coloration verte qui caractérise l'adrénaline, et qu’il ne donne non plus ni la réaction de Commessati par le sublimé ni la réaction par l'iode de Frænkel et Allers. Extrait hypophysaire et adrénaline sont donc bien 2 substances différentes : et, fait intéressant, l'extrait hypophysaire n'immunise pas l'organisme contre les effets de l’adrénaline ; fait d’autant plus intéressant que Howell a fait remarquer que les injections successives d’exirait pituitaire produisent une augmentation de plus en plus faible de la pression sanguine jusqu’au moment où elles ne produisent plus de réaction.
L'hypertension produite par l'injection d’extrait hypophysaire s'accompagne, ainsi que nous l’avons vu, d’une vaso-constriction générale de tous les organes. Mais au niveau du rein, à cette vaso-constriction fait suite une vaso-dilatation très accentuée. Est-ce à ce seul fait que l'extrait d'hypophyse doit son action diurétique ? Nous ne savons. Toujours est-il que l'extrait pituitaire jouit d’un pouvoir diurétique que certains auteurs qualifient de considérable. Et l'opinion de Schæfer et Herring, que l’extrail du lobe postérieur de l’hypophyse provoque une forte diurèse, a été confirmée par les expériences de Falta et de Pal. Pal endort un chien au curare, ce dernier produit arrêtant généralement la sécrétion urinaire ; il lui vide la vessie, et, après injection intra-veineuse de 2 centimètres cubes de pituitrine,
voit immédiatement la vessie se remplir rapidement.
L'action de l'extrait d'hypophyse sur les muscles à fibre lisse est non moins nette que son action cardiovasculaire, mais est de découverte plus récente. On connaît peu l'influence que l'hypophyse possède normalement sur la fibre musculaire, mais on savait que l'insuffisance hypophysaire expérimentale avait comme symptôme principal un affaiblissement musculaire considérable et progressif, surtout marqué au train postérieur. Pal et Bovis montrèrent sur des segments d’artère de bœuf que l'extrait pituitaire a la propriété de faire contracter par action directe les fibres musculaires lisses de ces vaisseaux. En 1908, W. Cramer fit voir que l'extrait de la glande pituitaire du bœuf produit la dilatation pupillaire sur l’œil énuclée de la grenouille, c'est-à-dire fait contracter les fibres lisses radiées de l'iris.
En 1909, Dale fit ressortir d'une série d'’expériences que l'extrait de glande pituitaire possède une action évidente sur les organes à musculature lisse, et que cette action est particulièrement frappante sur l’utérus.
Ultérieurement Franckl-Hochwart et Frœlich conclurent de leurs expériences que l'extrait du lobe postérieur de l'hypophyse, injecté dans le sang, chez la chatte, la chienne et la lapine, excite modérément la musculature de la vessie et considérablement celle de l’utérus.
Enfin. dans un mémoire sur la physiologie et la pathologie de l'hypophyse déposé à l’Académie de
Médecine en février 1910, J. Parisot et Lucien confirmèrent ces faits en relatant le résultat de leurs recherches.
Si on injecte àune lapine par voie intra-veineuse de l'extrait d'hypophyse total, (lobe antérieur et lobe postérieur),la vaso-constriction des principaux organes, qui accompagne l'élévation de pression artérielle et qui est particulièrement marquée au niveau du corps thyroïde, est également nette au niveau de l'utérus. En outre, cet organe présente dans quelques cas des fibrillations, des ondes musculaires plus ou moins
marquées allant de l'extrémité abdominale de la trompe vers le col utérin. Avec l'extrait de lobe postérieur seul, ces faits sont beaucoup plus nets. IL est même possible de constater soit sur l'utérus isolé, soit sur une anse intestinale disposée de façon à en étudier les mouvements, l'apparition de contractions et d'ondes musculaires sous l'influence de cet extrait. Et cette action excitatrice est, comme l’a montré Frankl-Hochwart, beaucoup plus marquée quand on agit chez une lapine en état de gestation, c’est-à-dire sur un utérus plus apte à se contracter. Nous verrons, dans la suite, toute l'importance de ces faits.
L'action de l'hypophyse, sur les autres glandes à sécrétion interne, a été prouvée d’autre façon. Et c’est en examinant l’état de l’hypophyse après la thyroïdectomie, la parathyroïdectomie, l’ablation des capsules surrénales et la castration, que l’on a vu que dans tous ces cas l’hypophyse s’hypertrophiait et entrait en hyperactivité. Il fut,en outre, constaté que
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l'extrait total d'hypophyse et l'extrait du lobe postérieur stimulent la sécrétion hypophysaire et surrénale, et mettent, au contraire, la glande thyroïde en état d’hypofonctionnement total ou partiel. L’extrait de lobe antérieur présente une action différente : il n'influence guère la surrénale, stimule légèrement la sécrélion hypophysaire et paraît favoriser l’élaboration de certains produits thyroïdiens. Il semble, d’ailleurs, que toutes les glandes à sécrétion interne ne sont pas indépendantesles unes des autres, mais qu’il y a au contraire une sorte de synergie entre elles.
Telles sont les propriétés de l’hypophyse que l’expérimentation a bien mises en lumière. D’autres, non moins importantes, sont encore mal connues.
L'action de l'hypophyse sur la natrition demeure obscure. Il semblerait que la glande pituitaire stimule les échanges de sels (Ca, P, Mg) et en élimine l’excès par voie intestinale. Pour M. Dunan, l'extrait hypophysaire provoque la diminution de l’azote éliminé et augmente la toxicité des urines.
Les auteurs ne sont pas plus d’accord sur la propriété qu'aurait l'extrait pituitaire de provoquer la glycosurie. MM. Borchardt, Dunan, signalent, après l'emploi de l'extrait pituitaire chez le lapin, une glycosurie passagère que M. Parisot et d’autres auteurs n’ont pas obtenue. MM. Claude et Beaudoin ont de même signalé la fréquence de la glycosurie chez les sujets traités par l'extrait d’hypophyse. Pour M. Dunan, la cause de la glycosurie d’origine hypophysairese trouve dans la partie insoluble de l’extrait.