‹ Étude sur l'harmonie moderneChapitre 2 sur 33 · DEUX OU PLUSIEURS QUINTES CONSÉCUTIVES · texte numérisé non relu

DEUX OU PLUSIEURS QUINTES CONSÉCUTIVES

par mouvement semblable et conjoint

Elles sont défendues, disent les traités d'harmonie actuellement en usage. On ne s'explique pas pourquoi un compositeur ne pourrait écrire deux ou plusieurs quintes consécutives par mouvement semblable et conjoint, si ces quintes répondent à une intention musicale qui ne peut se réaliser sans leur concours.

Il semble que le sentiment de repos évoqué par cet intervalle, qui n'exige rien après lui, doive lui assurer de se mouvoir très librement. Sans y attacher trop d'importance, il ne sera pas inutile de rappeler que la quinte est le son 3 des harmoniques. Or, une oreille un peu fine distingue assez nettement ce 3' harmonique, par conséquent, chaque fois qu'un compositeur fait entendre deux notes par degrés conjoints, il fait en même temps entendre deux quintes consécutives par mouvement semblable et conjoint :

■harr

3SL^ harm.

T 2^^ h&Hâ=

\i^ hicfVi

C'est une «indication » qui n'est pas sans valeur, relativement à la possibilité de faire des quintes avec la basse. Il ne faut pas confondre l'harmonique naturel dont nous parlons, avec les harmoniques artificiels des jeux de mutation.

D'ailleurs, on a toujours écrit des quintes :

Mélodie du mode dorien — Grèce ancienne —> accompagnée par la quinte aiguë-, Traita d'harmonie de Gevaert (Lemoine éditeur}.

Au Moyen-âge, tous les chants étaient accompagnés à la quinte ou à la quarte; les différentes combinaisons que l'on pouvait former étaient désignées sous le nom général d'organum. A ce sujet, Hucbald écrit avec enthousiasme : «Vous verrez naître de ce mélange un suave concert (*).»

a la 5— *-»

Nos qui vi - vi - mus be - ne - di - ci-mus Do - mi -num

9'PX ^H-<> P, 'J 'o' U 'o' '^ f'f p. »» p

a la 4i£ •'^ ■* *' ** o *»

Tu pa - tris sem - pi - ter - nus es fi - li - us

Peu à peu, les quintes consécutives furent abandonnées, et, au commencement du xiv' siècle, on les trouve défendues par Jean de Meurs (ou des Murs, ou encore de Mûris). Nous devons dire que Gevaert en attribue la première défense à Tinctoris, au XV* siècle. Jean de Meurs est cependant très explicite à l'égard des quintes successives.

Les maîtres de la période qui nous précède immédiatement, les ont soigneusement évitées. Cependant, il est peu d'auteurs cdiez lesquels on n'en rencontre quelques-unes.

(*) Histoire de la Musique moderne, Marcillac (Fischbacher).

(•*) Kiesewettef a contesté l'existence pratique de l'organum, n'y voyant qu'une aberration de théoricien. Gesckicfiïe der europaisch-abendliechen oder unsrer heutigen Musik. 2^ édition. Leipzig.) Il est de toute évidence quil s'est trompé^ et que les successions de quintes furent en honneur au Moyen-Age.

Dans ies églises de campagne, lorsque les fidèles chantent à l'unisson, il arrive souvent que quelques-uns d'entre eux accompagnent les voix de femmes à la quarte inférieure, et les voix d'hommes à la quinte supérieure: C'est le vieil organum. M. Lavignac l'a constaté comme nous, et fait justement observer (Z« Musique et les Musiciens, Delagrave) que la quinte et la quarte sont les inter-» valles qui ressemblent le plus à l'octave : octave %, quinte ij. quarte 4-

Il est probable que ces paysans sans éducation musicale, se figurent chanter à l'octave ou à l'unisson des autres voix.

Nous allons en citer des exemples :

ROSSINI. Guillaume Tell. («"le Acte) Andantino

sinorz.

BEETHOVEN. Symphonie héroïque . (içr Morceau)

IJ est intéressant de voir le soin que Beethoven a pris de laisser se perdre le souvenirdo chaque quinte, avant d'en attaquer une autre .

SCHUMANN. Op. 26 Fi?ial.

Voici maintenant quelques fragments d'œuvres modernes. Les successions de quintes y sont employées dans des conditions que l'on trouvera résumées à la fin de ce chapitre.

CLAUDE DEBUSSY. Chansons de Bilitis . (Promont, Bdit.)

Lent

La O^doublé'" procède par mouvemt'ut i;outrairo .

Lent

3 Plusieurs quiutes consécutives par mouvement

^*yl^^ ^Sm ^1 disjoint

Lent

\3^ dolce

wW

lË*

Voir les déductions , pa^ 49

CH.KŒCHLIN L'asire rouge . Op . 13

Andante o.^Q

"O-S-Tt

^^ Quintes entre

^1 les parties intermédiaires avec mouvement contraire de la

Les rêves morts. Op.l3,N?2 (Rouart et Lerolle, Edit J Moderato

Quintes entre les parties intermédi.aircs .

l^ J partie supé - -5- rieure.

ALEXANDRE GEORGES. Hymne au soleil . (Enoch, Edit.) .Allegro .^

|¥ p la J j) ii'^

Je t'of - fre oetor vi -vaut

le il

SAMUEL ROUSSEAU. La Cloche du Rhin. (1898)

Andantino '?^S" '''

3 Quintes par degrés chromatiques; Ja 3££ est commune aux deux accords.

(Chûudens,Edit.)

G. PAURE. Le secret.

Adagio

Prison. (J. Hamelle, EditJ

Quintes .iveo mouvement semblable duns toutes les parties.

Quintes aux parties extrAmes avec moiw vement semblable dans toutes les parties.

SAINT-SAENS.

AnaanTe

5e«f Concerto pour piano. (Durand, Edit.)

A l'exécution l'auditeur ne doit percevoir q-u\ane imitation des mstruraentsde percussion usités eu Orient.

Les organistes qui ont pris part aux exécutions des oratorios et cantates de Haendel et de Bach, sous la direction de Gevaert, savent que cet érudit musicien a\-ait interdit l'emploi des jeux de mutation,trouvant que ces harmoniques artificiels formaient conflit avec les harmoniques naturels de l'orchestre. L'emploi queii fait M. Saint- Saëus <au pianofsons 3 et 5) est h la foi*- original et piquant .

DEODAT de SEVERAC. Uji rêve .

Très calme

(Edition mutuelle)

en éteiarnant le son

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