OBSERVATION IV
Recueillie dans le service de M. le D’ Pollosson, professeur agrégé suppléant de M. Létiévant.
Em.-M.F... tisseur, âgé de 24 ans, occupe, à l'Hôtel-Dieu, le lit n° 98 de la salle St-Louis.
Ce malade nous dit qu’il s’est toujours bien porté ; pas d’antécédents, il a 4 sœurs et 2 frères bien portants ; il n’a jamais eu ni syphilis ni blennorrhagie.
Il a été opéré le 17 juillet 1883, par M. Létiévant d’une hydrocèle du côté droit, et traité par l'injection iodée. Il est parti au bout de 15 jours non guéri.
Aujourd'hui, il rentre à l'hôpital et lorsque nous l’interrogeons pour nous éclairer sur la pathogénie de son affection, il nie toute espèce de coups ou d'efforts ; il a seulement fait une longue marche, et il s’est senti très fatigué et « comme un poids » dans les bourses.
Le côté droit du scrotum est le siège d'une tumeur souple, régulière, donnant la sensation de la fluctuation franche.
Le testicule est parfaitement délimité en bas et en arrière.
Cette tumeur, qui ne présente plus de transparence aujourd'hui, a donné issue à un liquide hématique, rouge-noir, le 18 février 1884, jour de l’entrée du malade à l'hôpital, et où elle fut ponctionnée par M. Létiévant,.
Le diagnostic est donc ainsi porté : c’est une hydrohématocèle ou hématocèle consécutive à une hydrocèle.
Le 10 avril, c’est-à-dire près de deux mois, après cette ponction, M. Pollosson agrégé, se prépare à faire l’opération par l'incision de Julliard.
La peau incisée, M. Pollosson procède à la ponction de la tunique vaginale ; cette ponction donne un liquide citrin.
La tunique vaginale est léyèrement épaissie, mais elle ne présente pas de fausses membranes comme dans l’hématocèle.
La vaginale est réséquée sur une longueur de deux centimètres environ.
M. Pollosson fait placer deux petits drains dans l’intérieur de la cavité et il réunit par trois points de suture au catgut,.
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La peau est suturée en trois points par un fil métallique ; on y place un drain.
Le pansement est un pansement de Lister avec poudre d’iodoforme dans la plaie.
Le lendemain, le malade va bien.
Le 15 avril, on enlève 1: p nsement et on ne constate point de suppuration. :
Le 20 avril, on enlève les sutures et les drains.
De 24 avril, le malade quitte l'hôpital en voie de guérison.
Note : Nous regrettons de ne pas avoir pu revair ce malade, car, outre l'affection que nous venons de décrire, le côté gauche du scrotum était le siège d'une hydrocèle qui avait été ponctionnée le 15 mars par M. Létièvant et traitée par l'injection iodée. La guérison semblait complète au moment du départ du malade
Il résulte de ces faits que des épanchements ro toirement sanglants ont pu, l’un, guérir par la ponction simple (Cloquet), l’autre par ponction suivie d'injection iodée (Duplay); enfin que, pour les autres observations, un liquide franchement hématique ayant été évacué, c’est un liquide d’hydrocèle simple- qui s’est reproduit, et, dans ces cas, l’état de la vaginale caractérisé par l’absence de fausse membrane d’une part (obs. 4), d’autre part, par la présence d’une fausse membrane de la largeur seulement d’une pièce de 50 centimes (obs. 3), permettait d'espérer une guérison par l’injection iodée.
Nous serions donc disposé à admettre qu’il existe, d’une part, des hydrocèles simples et bien nettement caractérisées; d'autre part, des hématocèles typiques, mais que l’on peut rencontrer deux variétés intermé-
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daires : l’une à liquide citrin avec lésions prononcées de la tunique vaginale, l’autre à liquide hématique avec très peu de lésions de la séreuse. Avec Les auteurs que nous avons cités, nous serions d’avis de ranger la première de ces deux variétés dans les hématocèles, en raison de l’intervention chirurgicale qu’elle nécessite ; quant à la seconde variété, nous proposons de lui donner le nom d’hydrohématocèle, nous éloignant en cela de l’opinion de M. le professeur Gosselin, qui considère comme hydrohématocèles toutes les hématocèles, même typiques, consécutives à des hydrocèles. Pour cet auteur, en effet, « au début de leur organi- « sation, les fausses membranes ont des vaisseaux à « parois très minces, lesquelles se déchirent aisément « dans cette région très mobile, et versent du sang « dans la cavité vaginale, d’où hydrohématocèle lors- « que le sang se mêle à de la sérosité préexistante, et « hématocèle pure lorsque cette dernière condition « n'existe pas. » (1).
Pour justifier la dénomination d’hydrohématocèle que nous proposons pour cette affection, nous allons essayer d'établir qu’il existe, dans les cas qui nous
occupent, une symptomatologie permettant de diag-
nostiquer d’avance l’hydrohématocèle telle que nous la comprenons, et nous tâcherons d’en déduire des conclusions relatives à son traitement.
(1) Gosselin. — Clin. chirurg., t. 11, p. 663.
De l’hydrohématocèle.
D'après ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent, nous définirons lPhydrohématocèle : une affection caractérisée par l’'épanchement dans la tunique vaginale d’un liquide sanglant, avec intégrité de cette tunique autant que dans l’hydrocèle habituelle.
Quelle peut être la cause d’un semblable épanchement?
Il est bien évident qu’il s’agit d’une rupture vasculaire et, en particulier, des vaisseaux néo-formés dans la tunique vaginale.
Dans les cas que nous avons pu observer, il y avait hydrocèle préexistante, et, à ce point de vne, nous rentrons dans l’idée de M. le professeur Gosselin : la tunique vaginale avait, dans un cas, subi une transformation néo-membraneuse, et la néo-membrane avait la largeur d’une pièce de cinquante centimes ; le malade, dans cette observation, accuse un effort comme ayant amené l’augmentation de volume et la disparition de la transparence qu’il avait lui-même constatée.
Cette production de l’hémorrhagie par effort simple est connue, néanmoins elle est rare ; c’est ainsi qu’on peut lire dans Nélaton (1) : « Parmi les causes, on a « signalé les efforts musculaires; cela est fort rare. »
(1) Nélaton. — Vol. 5 bis, p. 635.