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CHAPITRE III

Observations chez l’homme

Le cancer est considéré depuis déjà longtemps comme une maladie héréditaire, et cette théorie a encore aujourd’hui de nombreux partisans.

Ceux-ci se basent pour la soutenir sur deux catégories d'arguments, les uns d’ordre clinique, les autres d'ordre expérimental.

Nous nous sommes proposés de passer en revue les uns et les autres, envisageant plus particulièrement un certain nombre de faits expérimentaux, qui n’ont jamais encore été inclus dans une étude d’ensemble.

L’étude clinique de l’hérédité du cancer présente de grandes difficultés, en plus des difficultés inhérentes à toute recherche d’hérédité mendélienne chez l’homme, comme nous l’avons montré dans le chapitre précédent.

C’est qu’en effet, nous n’avons presque jamais de

données exactes sur l’hérédité pathologique des indi-

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vidus examinés, Dans toutes les classes de la société indifféremment, il est très rare que les malades puissent indiquer exactement les causes de la mort de leurs ascendants. Certains ne reconnaissent que le diagnostic donné à la famille, qui peut pour de multiples raisons psychologiques, ne pas correspondre rigoureusement à la vérité. D’autres tenant le cancer pour une des maladies estimées dommageables à la réputation de la famille, n’avoueront jamais qu’il y a eu des cancéreux dans leur ascendance.

De plus, il y à encore quelques années, le départ entre tumeurs vraies, et néoformations inflammatoires ne se faisait pas toujours exactement, d’où une cause d'erreurs supplémentaires dans l'interprétation des faits de statistiques.

Malgré toutes ces considérations qui doivent montrer avec quelle prudence il faut avancer dans cette voie, l’hérédité du cancer a des partisans très convaincus, qui s'appuient sur des observations, dont quelques-unes sont impressionnantes.

Broca a publié une étude généalogique portant sur 4 générations d’une même famille :

1° génération : la mère meurt d’un cancer du sein.

29 génération : 4 filles qui meurent de cancer (deux

du foie, deux du sein).

39 génération : 18 enfants, dont dix meurent du

cancer.

ol —

Letulle a également donné le pedigree d’une famulle dont 5 membres, en l’espace de 3 générations succombèrent à un épithélioma de l’appareil génital.

On a une statistique de Jayle, qui porte sur 36 familles cancéreuses, parmi lesquelles il a pu observer 20 fois la transmission de la tumeur affectant la même localisation.

Auvray a communiqué à l’Académie de Médecine un certain nombre de cas intéressants.

19 Grand-mère morte à 70 ans : cancer du colon.

Père mort à 65 ans : cancer du rectum.

Fils mort à 54 ans : cancer du rectum.

20 Arrière Grand-mère, petite fille et arrière petite fille : cancers de l'ovaire.

30 Femme morte à 89 ans : cancer du corps de l'utérus.

Fille morte à 69 ans : cancer du corps de l’utérus. Petite-fille morte à 62 ans : cancer de l’utérus. Arrière petit-fils mort à 54ans:cancer du rectum.

De ces trois séries de faits, l’hérédité du cancer est manifeste, s’exerçant sur plusieurs générations successives, et frappant le même organe.

Cette conception a aussi des partisans hors de France.

En Angleterre, Roger Williams, qui la soutient, a fourni des statistiques d’allure très convaincante : Il

a observé 278 cas, dont 136 cas de cancers du sein,

et 142 cas de cancers de l’utérus. Pour les cancers du sein, il a trouvé une hérédité cancéreuse 33 fois, ce qui représente 28,2 % des cas. Pour les cancers de l’utérus envisagés dans cette statistique, la proportion est un peu plus faible : 19,7 %.

À l’Institut du cancer d'Amsterdam, W.F. et C.Ph. Wesselink ont publié des statistiques qui concluent également en faveur de l’hérédité du cancer. Ces statistiques portent sur 258 femmes, atteintes du cancer du sein, dont 76 auraient eu des parents cancèreux; et parmi ceux-ci il y aurait eu déjà 30 cancers du: sein. En poussant leurs investigations, ils affirment que, parmi les 30 familles, le cancer du sein

avait existé chez 40 autres membres :

— Grand-mères : 3 — Mères 0 — Tantes 10 — Sœurs LA — Cousines tel

W. F. Wesselink et Ch. P. Wesselink concluent donc à une hérédité supplémentaire de l’organe atteint.

Ils donnent comme autre exemple du même fait une statistique de 274 femmes soignées pour cancers de l’utérus, dont 66 avaient des parents cancéreux, parmi lesquels 42 femmes. Parmi ces 42 femmes, 24

avaient également un cancer de l’utérus,6,seulement,

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avaient un cancer de l’estomac, et À un cancer du sein. Par contre ces auteurs n’ont pas retrouvé cette hérédité de localisation pour les cancers de la bouche, où jouerait essentiellement le facteur irritation directe. Léo Loeb a conclu de ses recherches, que, chez l’homme, il y a probablement 1 ou plusieurs facteurs qui sont transmis héréditairement, et qui déterminent l'intensité de la tendance du développement du cancer. Dans bien des cas, cette tendance semble avoir été égalisée par les croisements entre races. Mais, en Norvêge, on trouve cependant des différences marquées entre les tendances au cancer des différentes races. Strong cite une famille à cancer, dont il a tracé le pedigree au cours de 6 générations. Il conclut que la transmission correspond à un caractère récessif, mais son raisonnement pourrait être repris.

Pearle a donné le cas d’une famille comprenant 8 cancéreux en 3 générations, représentant une fréquence 196 fois plus forte que la moyenne des statistiques. Il a examiné également 816 cas traités au Johns Hopkins hôpital de Baltimore, où l'existence de la tumeur maligne a été vérifiée par l’autopsie. Selon lui, le cancer serait plus fréquent chez les individus de couleur.

Manson a publié en 1928 un exemple très frappant de sarcome héréditaire. Une mère meurt d’un lym-

phadénome au côté gauche du cou, à l’âge de 29 ans.

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Son mari était normal. Sur les 3 fils, l’un (C) est mort à 16 ans d’un lymphadénome au côté gauche du cou, et un autre (T), à 19 ans après deux opérations pour un sarcome ayant la même localisation. La grand-mère paternelle avait deux sœurs qui moururent d’un cancer du sein à un âge avancé. On pourrait donc penser qu’il a en jeu deux facteurs, dont l’origine est différente. Cependant il y a des preuves cliniques, et miscroscopiques que l’affection était la même dans les 3 cas, la mère et les 2 fils. L'étude anatomique des tumeurs a montré la même structure histologique, et la même position.

C..., était né alors que sa mère était déjà atteinte T..., était beaucoup moins en rapport avec C..., (qui fut atteint avant lui) que n’importe quel autre membre de la famille, particulièrement le troisième frère, qui était constamment avec C.…., mais resta normal. La transmission directe semble donc tout à fait évidente ici.

Cette observation en rappelle quelques autres, déjà anciennes, où la transmission directe était aussi nette:

19 Une femme meurt de carcinomatose, quelques jours après son accouchement. L'enfant ne tarde pas à succomber. L’autopsie montre à l’intérieur de la cavité péritonéale du nourrisson des masses encéphaloïdes. (Lebert. ).

29 Un enfant de 3 ans meurt avec des signes de

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méningite. A l’autopsie, on trouve un sarcome du cervelet. La mère avait été opérée avant la naissance d’un sarcome au cou. (Peabody).

30 Une femme atteinte de carcinome généralisé, meurt après son accouchement. Le nouveau-né meurt bientôt, et il avait une tumeur du genou.

Nous nous proposons, dans un chapitre ultérieur, de faire l'étude critique de ces observations et statistiques, et de voir quelles conclusions on peut en tirer

dans l'esprit de la génétique moderne.

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